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A Hong Kong, Pékin impose le patriotisme électoral et éteint la mèche démocratique allumée par Chris Patten

Répression.

La photo date du 22 décembre 2016, elle montre Leung Kwok-hung, 55 ans au centre, avec ses trois collègues députés, Nathan Law, 28 ans à gauche, aujourd’hui en exil, Lau Si Lai, 45 ans, à sa gauche et Edward Yiu, à droite, 57 ans, suivant leur prestation de serment volontairement bâclée au Legco après leur élection. L’année suivante, le tribunal avait annulé leur élection pour offense.

Deux autres députés élus Yao Wai-Ching 27 ans et Leung Sixtus Baggio 32 ans avaient également perdu leur siège pour avoir manqué de faire allégeance à Pékin et, au contraire, déclaré leur fidélité à la « Nation Hongkongaise ».

Notons que la mode de serments d’allégeance bâclés offensant Pékin avait été lancée en 2004 par Leung Kwok-hung, lui-même. Le 6 octobre 2004, élu des Nouveaux Territoires, il s’était présenté à la cérémonie de serment en levant le poing, demandant que Pékin s’excuse pour le massacre des étudiants le 4 juin 1989 après quoi il s’écria « Vive le peuple, Vive la démocratie ». Mais le plus remarquable est qu’à l’époque, - mais c’était 12 ans avant les activistes proto-indépendance de Démosito - il n’avait pas été inquiété. Selon un témoin député, la présidente du Legco Rita Fan, pourtant membre du Comité de l’ANP à Pékin semblait plus préoccupée par la tenue de Leung que par ses positions politiques.


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Alors que l’appareil met la dernière main à l’élimination du schéma « Un pays deux systèmes » dont il a, en 2019 et 2020 constaté qu’il portait le risque d’un déraillement politique insupportable vers une rupture avec le Continent, 47 activistes pro-démocratie (30 hommes et 8 femmes âgés de 23 à 64 ans) arrêtés en janvier ont, aux termes de la nouvelle loi sur la sécurité nationale, été accusés de subversion.

Pour l’instant libérés sous caution, ils risquent la prison à vie. Depuis le début des troubles une centaine d’activistes ont été incarcérés. Parmi eux Jimmy Lai 73 ans est le plus connu.

Arrêté une première en août 2020, puis libéré sous caution, il est à nouveau en prison depuis décembre. Cette fois, il est resté sous les verrous. Les autres démocrates connus sont le député aux cheveux Leung Kwok-hung, 65 ans et Benny Tai 57 ans, professeur de droit à l’Université de Hong Kong et Tous deux sont depuis longtemps dans le collimateur de la sécurité d’État chinoise.

Le premier connu par la police secrète de Pékin, est une figure insolite dans le paysage politique de la cité des affaires. Député du Legco depuis 2004, se disant trotskyste et portant des tricots à l’effigie de Che Gevara, il arbore une queue de cheval – on l’appelle « Long Hair » - qu’il promet de ne couper que quand le parti aura présenté ses excuses pour la répression sanglante de Tian An Men.

Dénonçant à la fois la répression de juin 1989, la cupidité capitaliste du régime de Pékin, la corruption des fonctionnaires et son action à Hong Kong, il est à l’origine d’un groupe baptisé « Action du 5 avril » en mémoire des manifestations qui eurent lieu sur le Continent, les 3, 4 et 5 avril 1976 lors du décès de Zhou Enlai.

A ce titre, près de vingt ans avant la rétrocession, mais pressentant que, sur le Continent, l’ouverture politique ne suivrait pas la libéralisation économique, il s’était associé à Hong Kong à une manifestation pour la libération de Wei Jingsheng. Déjà le régime colonial de Londres l’avait incarcéré pendant quelques semaines pour « manifestation illégale ».

Destruction des ferments démocratiques.

Arrêté le 28 février 2021 et accusé de conspiration en vue d’une subversion avec 46 autres activistes, Benny Tai risque une lourde peine de prison. L’appareil a réagi à l’organisation de primaires en juillet 2019, en amont des législatives du 6 septembre suivant. Alors que le scrutin réel avait été supprimé pour cause de pandémie, la simulation avait été une humiliation pour le mouvance pro-Pékin qui ne remporta que 58 sièges sur 488 contre 452 aux démocrates.


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Benny Tai fut le principal organisateur du mouvement « Occupy Central » en 2014 dont Pékin sait qu’il fut financièrement appuyé par le National Democratic Institute (NDI) centre de recherche directement lié au parti démocrate américain.

Dédiant son action à la promotion de la démocratie dans le monde, il est notamment connu depuis les révélations de Wikileaks pour avoir financé l’opposition à Hugo Chavez au Venezuela. Sur Occupy Central et les liens avec les États-Unis, lire : Hong Kong : Pékin se cabre.

Mais il y a pire. En plus de ses liens avec l’Amérique, Benny Tai, professeur de droit, est l’un des opposants à la Chine qui, à Hong Kong, porte avec le plus d’efficacité l’idée démocratique de la prévalence absolue des élections. En prévision des élections législatives, initialement prévues le 6 septembre 2019, mais annulées pour cause de pandémie, Benny Tai avait, les 11 et 12 juillet 2019 organisé des primaires dont les résultats ont sonné le tocsin pour l’appareil.

La simulation très suivie par le public donna 488 sièges sur 452 à la mouvance démocrate (92%) et seulement 58 à la mouvance pro-Pékin. Plus encore, parmi les élus on comptait nombre de jeunes activistes tentés par l’idée séparatiste dont l’idée est un insupportable chiffon rouge pour Pékin. Peu après, l’assemblée nationale pesa sur la Gouverneure Carrie Lam pour leur interdire de se présenter aux élections au prétexte de sédition.

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Un quart de siècle après la rétrocession, le schéma « Un pays deux systèmes » imaginé par Deng Xiaoping pour assurer un retour apaisé de la colonie britannique dans le giron chinois après un siècle et-demi de règle coloniale pratiquement immuable durant laquelle, rappelons-le, les Hongkongais n’eurent jamais la parole, est mort. L’opposition démocratique dont les figures les plus actives sont accusées de sédition, est soit exilée soit en prison.

Deng Xiaoping l’avait rappelé à Margaret Thatcher en préparant les accords de la rétrocession signés en 1984, la souveraineté, aujourd’hui au cœur des « caractéristiques chinoises » de Xi Jinping, est la priorité absolue du régime.

Il avait notamment prévenu que si, au cours des cinquante années des « Deux systèmes », de 1997 à 2047, la rétrocession de la R.A.S à la Chine était menacée, aucune considération, qu’il s’agisse de l’environnement des affaires ou de la réputation internationale de la Chine, ne prendrait le pas sur la détermination de Pékin à affirmer sa souveraineté sur la R.A.S.


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