›› Chronique
Réminiscences historiques et tensions avec Londres.
Tout juste sous la surface de ces développements ayant enseveli la démocratie sous le souverainisme chinois, a resurgi l’ancestrale rancœur entre Pékin et Londres. Xi Jinping et les Chinois n’ont pas oublié que le territoire fut arraché à la dynastie Qing malade à la faveur des victoires militaires et des « traités inégaux » de 1848 et 1860, stigmates des défaites des « guerres de l’opium ».
Officiellement déclarées au prétexte de forcer la Chine à commercer librement, les guerres furent en réalité déclenchées pour pérenniser en Chine le vaste trafic de drogue clandestin développé depuis Calcutta par les marchands anglais à partir de la fin du XVIIIe siècle. Destinée à redresser les comptes déficitaires de la Compagnie Britannique des Indes Orientales l’insistance britannique, déboucha sur d’irrémédiable tensions et un conflit.
La dispute qui couvait depuis longtemps, prit un tour incandescent le 3 juin 1839 quand l’Empereur Xuanzong 8e souverain de la dynastie Qing piqué au vif défia la couronne britannique en faisant saisir et brûler à Canton 11 tonnes d’opium par son envoyé Lin Zexu arrivé dans la métropole du sud trois mois avant.
Les tensions entre Londres et Pékin se sont récemment exacerbées en dépit des efforts déployés il y a cinq ans par David Cameron (lire : Lune de miel entre Londres et Pékin. Le faste monarchique au service du pragmatisme). Depuis cette période, les relations se sont aigries.
Après le rejet par Londres de la candidature Huawei pour ses infrastructures de la 5G, Pékin menace les Britanniques de représailles sur son marché intérieur ; simultanément, effet collatéral de la querelle ciblant directement les intérêts d’EDF, l’opposition travailliste dénonce les « bombes à retardement » des projets nucléaires franco-chinois en critiquant la part excessive des investissements chinois dans des projets stratégiques.
Par-dessus tout, Pékin ne pardonne pas à Londres dont l’histoire dans la colonie n’avait laissé aucune trace politique libérale, de lui avoir malgré tout légué en héritage par le truchement du dernier gouverneur Chris Patten, le ferment démocratique de la promesse de l’élection du gouverneur au suffrage universel.
Il est exact que la règle britannique avait haussé la colonie de son statut accessoire de commerce d’entrepôt en 1945 à celui de puissante place financière et de plus riche des quatre dragons asiatiques, dont la population est une des plus éduquées d’Asie.
En revanche, Pékin n’ignore pas que jusqu’en 1997, jamais la Couronne britannique n’avait cédé une part de sa souveraineté au peuple de Hong Kong.
C’est pourquoi l’appareil ne décolère pas que les activistes démocrates trouvent refuge à Londres alors même que certains « localistes » comme Nathan Law, symbole brûlant de la révolte des jeunes depuis 2019 réfugié au Royaume Uni, est un des fondateurs du mouvement « Demosito ». Aujourd’hui dissout par Pékin, il était le symbole porteur d’une pensée de rupture avec le Continent.
Restés en Chine, ses camarades « localistes » Joshua Wong et Agnes Chow ont eu moins de chance. En décembre 2020, ils ont été respectivement condamnés à 13 et 10 mois de prison ferme pour organisation de regroupements illégaux.
Enfin, il reste à prouver qu’en éliminant la mouvance démocrate au prétexte qu’elle ne serait pas « patriote », le Parti parviendra, comme il le dit, à tenir à distance les désordres. En favorisant clairement et sans nuance l’accès au pouvoir du parti pro-Pékin dont l’audience dans la R.A.S s’est affaiblie, il crée au contraire les conditions d’une opposition souterraine.
