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A Johannesburg, Xi Jinping parie sur l’Afrique

NOTE de CONTEXTE

Unités de combat chinoises chez les casques bleus.

Le 25 mai 2015, à Juba au Sud Soudan, le bataillon d’infanterie chinois, sous les ordres du colonel Wang Zhen au premier plan. Ses missions officielles : patrouilles en ville, protection des réfugiés, et protection des ouvriers chinois et des installations pétrolières de CNPC.

Publiée en octobre dernier par le site E-INTERNATIONAL RELATIONS STUDENTS, une étude intitulée « Crouching Tiger, Blue Helmet, Chinese combat troops in peace keeping operations » (« Tigre à l’affut et casques bleus : les unités de combat chinoises dans les opérations de maintien de la paix ») propose une synthèse utile de l’engagement militaire de Pékin dans le monde à travers les NU.

Alors que dans les années 70, immédiatement après son adhésion à l’ONU en 1971, Pékin usait de son influence pour critiquer les opérations de maintien de la paix, considérées d’abord comme des « instruments de l’intrusion impérialiste dans les affaires internes des États souverains, créant un risque pour la “coexistence pacifique“ » et plus tard, comme le moyen utilisé par Moscou et Washington pour « élargir leur sphère d’influence », la rupture avec l’attitude de refus idéologique survint 5 ans après la mort de Mao en 1981, quand Pékin approuva l’opération de maintien de la paix à Chypre.

7 années plus tard, la Chine acceptait de faire partie de la Commission spéciale des NU pour les opérations de maintien de la paix, et en 1992, elle envoyait pour la première fois de son histoire un bataillon de transport participer à l’opération des NU au Cambodge, déclenchée par l’ONU après les accords de Paris de 1991.

Après la fin des années 90, le discours officiel chinois sur les opérations de maintien de la paix devint plus souple au point d’appeler l’ONU à « intervenir plus vite et plus fermement », selon les termes de l’ambassadeur chinois de l’époque à New-York Zhang Yishan. Une autre évolution marquante eut lieu en 2000, quand Pékin accepta de déployer un contingent de « Police civile – civpol » au Timor oriental. Par la suite la contribution chinoise en unités du génie, équipes médicales et police civile s’accéléra sur les théâtres bosniaque, afghan et ceux de la République du Congo, en Haïti, au Darfour et au Liban.

A partir de cette époque, les unités chinoises, toutes non combattantes, furent confrontées à des risques importants.

En 2006, au cours de la guerre menée par Israël au Liban le commandant chinois Du Zhaoyu, observateur militaire, fut tué par une frappe aérienne israélienne. La prise en compte des nouveaux défis se traduisit par l’augmentation de la coopération internationale sur le sujet du maintien de la paix et la création au sein des appareils de sécurité et de défense chinois de centres d’entraînement pour les unités de « civpol » et les militaires. (NDLR : au total à la date du 31 octobre 2015, les pertes chinoises en opérations de maintien de la paix sont de 15 tués).

Simultanément Pékin augmenta sa contribution financière aux opérations de maintien de la paix, qui passa de 0,9% dans les années 90 à 6,64% pour la période 2013 – 2015, se rapprochant des contributions du Japon (10,83%) de la France (7,22%), de l’Allemagne (7,14%) du Royaume Uni (6,68%), mais loin derrière les États-Unis (28,38%).

En 2016, la contribution de la Chine augmentera comme celle des autres membres permanents à la requête de l’ONU et dépassera 10%. En même temps, avec plus de 2000 hommes engagés en permanence, la Chine est de loin le plus gros contributeur en effectifs des 5 membres permanents.

Aujourd’hui, alors que la Chine commence à participer dans certaines zones aux opérations de maintien de la paix avec des unités de combat, la question se pose de la validité de la doctrine de non ingérence qui sous tend toujours le discours officiel chinois, notamment à propos de la question syrienne.

*

S’il ne fait aucun doute que les contributions militaires chinoises ont jusqu’à présent favorisé la construction d’une image internationale de Pékin respectueuse du multilatéralisme et de l’autorité des NU, en appui de sa volonté de s’affirmer en puissance raisonnable et pacifique opposée aux aventures militaires et attaché à la souveraineté des États, la montée de nouveaux défis de sécurité transnationaux qui touchent directement les intérêts chinois, en liaison avec de fortes tensions de sécurité interne, oblige désormais Pékin à considérer encore plus la situation sous l’aspect de la protection directe de ses ressortissants et de ses intérêts.

Le document évoque une série de questions posées par l’implication d’unités de combat chinoises dans les opérations à risques sous mandat de l’article 7 (imposition de la paix par la force) qui obligerait, par exemple, à reconsidérer l’ouverture du feu autrement que dans les cas de légitime défense ce qui changerait l’image d’une nation neutre et pacifique que Pékin cherche à donner.

Enfin, le dernier paragraphe passe en revue quelques options à la disposition de Pékin pour augmenter son implication dans des engagements de combat plus durs, telles que la participation à l’état-major onusien de planification des opérations, une coopération directe avec la force de stabilité africaine de l’OUA ou une plus grande proximité avec les forces armées nationales des pays africains, portant cependant le risque de se mettre en porte-à-faux vis-à-vis des oppositions africaines et d’hypothéquer l’avenir.

C’est précisément ce qui est plusieurs fois arrivé à la France, d’abord en Côte d’Ivoire où Paris avait, contre Alassane Ouattara devenu chef de l’État, soutenu le président Laurent Bagbo aujourd’hui incarcéré par la Cour Pénale Internationale ; ensuite en Tunisie où le Quai d’Orsay soutenait Ben Ali, contre son opposition et une grande majorité du peuple tunisien.

Mais au fond, l’envoi par la Chine d’unités de combat dans des zones sensibles ne changera pas son principe auquel elle ne dérogera pas, d’un engagement nécessairement légitimé par un mandat officiel du Conseil de sécurité, calculant soigneusement l’envoi de ses troupes au cas par cas en fonction de ses intérêts. De la même manière Pékin ne renoncera pas à son droit de veto pour s’opposer à une intervention militaire si elle ne la juge pas conforme à ses stratégies.


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