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›› Taiwan

Au milieu des gesticulations militaires, l’Île est à nouveau au cœur des rivalités sino-américaines

Photo diffusée par l’armée de l’air chinoise d’un bombardier stratégique H-6K au-dessus du détroit de Taïwan. Construit à Xian, dérivé des Tupolev russes, mais considérablement modernisé grâce à l’utilisation de matériaux composites et l’adjonction de systèmes de combat informatiques intégrés, le Xian H-6K est un bombardier stratégique entré en service en 2009.
Ayant une capacité nucléaire et un rayon d’action de 3500 km il est aussi doté d’une remarquable capacité d’emport de missiles classiques autorisant des tirs de saturation pouvant aller jusqu’à 100 missiles de tous types. Alors qu’il est toujours équipé de moteurs russes Soloviev, les ingénieurs de Xian travaillent à la mise au point d’un moteur chinois WS-18.


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Le 18 décembre, le South China Morning Post, reprenant les commentaires d’Antony Wong Dong analyste basé à Macau, publiait une note alarmante sur les intentions supposées de la Chine d’attaquer Taïwan.

L’article appuyait ses mises en garde sur la recrudescence des patrouilles de reconnaissance aérienne autour de l’Île et documentées par deux vidéos de l’APL rendues publiques à la mi-décembre montrant des avions de transport Y-8 transformés en avions de reconnaissance -, des bombardiers H-6K et des chasseurs Su-30 évoluant à proximité de l’Île.

Taïwan au cœur des crispations sino-américaines.

Tsai Ing-wen s’adresse à l’armée de terre au cours d’un exercice.


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Alors que la question des relations de l’Île avec le Continent reste l’un des plus sérieux points de tensions potentielles entre Washington et Pékin, l’inquiétude est à mettre en perspective avec l’ambiance crispée entourant la récente publication de la revue stratégique du congrès américain. Lire : La puissance explosive des nationalismes chinois et américain.

Reprise par Donald Trump, dans son discours sur la sécurité nationale du 18 décembre, l’analyse spéculait sur les intentions de Pékin de tirer profit « d’une fenêtre d’opportunité » pour reconquérir l’Île. Pour autant, l’alarme ne se fonde pas seulement sur les hyperboles américaines de la menace chinoise, mais également sur les discours de Xi Jinping prononcés le 1er août lors de l’anniversaire de l’APL et le 18 octobre à l’ouverture du 19e Congrès.

Alors que Pékin a décrété un embargo sur les relations officielles dans le Détroit, le ton employé par le secrétaire général, chef des armées ne laissait aucun doute sur les intentions belliqueuses donnant de la crédibilité à la revue stratégique des parlementaires américains. Destinées à augmenter la pression sur Tsai Ing-wen, elles visaient directement son refus de reconnaître la « politique d’une seule Chine », considérable irritant pour le Parti communiste chinois. Lire : Puissance nationaliste chinoise et désarroi démocratique taïwanais.

L’exaspération est d’autant plus aigüe que la présence au pouvoir dans l’Île d’une force politique à tendance séparatiste portée au pouvoir par un vote démocratique perturbe l’éclatante vision du « rêve chinois » articulée à une conception historique et culturelle de la Chine où l’exception politique taïwanaise apparaît comme une incongruité.

En un mot comme en mille, pour les élites politiques du Continent, la « nouvelle ère chinoise » annoncée par Xi Jinping perd de son sens dès lors qu’une partie du « territoire national » se réclame d’un autre système politique tout en se plaçant, de surcroît, sous la protection du rival américain.

Les tensions étant exacerbées par le schisme politique aggravé par le sentiment d’urgence et d’inconfort exprimé par le régime, l’Île devient plus que jamais le symbole d’une rivalité entre Pékin et Washington avec, en arrière plan, la crainte jamais éteinte qu’un jour, une force politique taïwanaise inflige au régime chinois l’inacceptable camouflet d’une déclaration d’indépendance.

Bien que très improbable – au moins dans un avenir prévisible - , cette hantise fonde la nervosité chinoise et la réactivité hostile du régime attentif au moindre signe d’émancipation de Taipei. En arrière plan couvent toujours les braises de la rancune contre Washington accusé de faire obstacle à la montée en puissance de la Chine.

Marqué par les promesses américaines de protéger l’Île en réponse aux crispations nationalistes chinoises, tandis que la puissance montante de la Chine et l’enchevêtrement des relations sino-américaines exigent que Washington et Pékin cherchent sans cesse les moyens de contenir leurs tensions bilatérales, ce schéma de relations à trois entre Taïwan, le Continent et les États-Unis, est à l’œuvre depuis 1979, année de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et l’Amérique, trois ans après la mort de Mao.


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