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›› Taiwan

Au milieu des gesticulations militaires, l’Île est à nouveau au cœur des rivalités sino-américaines

La longue histoire des tensions et des crises.

Le 14 mars 2005, l’Assemblée Nationale Populaire a adopté la Loi anti-sécession, sur même mode légaliste que le Taïwan Relation Act. Elle était une réponse à l’élection de l’indépendantiste Chen Shuibian à la présidence, en 2004.


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En 1978, le Taïwan Relations Act, fondement des engagements officieux rémanents de Washington dans l’île, établissait une obligation de droit interne votée par les 2 chambres et signée du Président Carter. Ayant d’abord pour but d’empêcher que, dans son nouvel élan prochinois, la Maison Blanche tourne complètement le dos à Taïwan, le décret promettait de livrer à l’Île des équipements et de lui proposer des services de coopération militaire nécessaires à sa défense dont la nature et l’ampleur n’était cependant pas précisée.

Surtout, résonnant directement avec la situation actuelle marquée par la montée des nervosités dans le Détroit et la nouvelle impatience chinoise, la législation stipulait que « toute action destinée à définir le futur de Taïwan autrement que par des moyens pacifiques, y compris de mesures de boycott et d’embargos, serait considérée par les États-Unis comme une menace pour la paix et la sécurité du Pacifique occidental et, à ce titre, comme une « préoccupation majeure – grave concern - » du Congrès.

Mais, articulée à l’idée « d’ambiguïté stratégique », la résolution visant à empêcher la Chine de rattacher l’Île au Continent par la force, prenait aussi soin de dissuader Taipei de déclarer unilatéralement l’indépendance.

En 1982, après 8 mois de négociations, répondant aux irritations chinoises que la relation entre Washington et Taipei ait gardé la même ampleur, le Communiqué conjoint du 17 août, promettait de réduire progressivement les livraisons d’armes américaines à l’Île, en échange de la promesse renouvelée de Pékin que la réunification serait pacifique.

En 1996, quand la Chine, inquiète de l’évolution démocratique de l’Île accompagnant une rupture politique historique ponctuée par l’élection au suffrage universel du président Li Deng Hui, organisa des manœuvres militaires dans le Détroit, appuyée par la gesticulation de tirs balistiques inertes dans les parages de Taïwan, le Pentagone dépêcha 2 porte-avions dans la zone.

Moins de 5 ans plus tard, les tensions qui s’étaient apaisées, resurgirent avec l’arrivée au pouvoir dans l’Île de l’indépendantiste radical Chen Shuibian, avocat de profession, vainqueur de la présidentielle avec 39% des voix à la suite de dissensions internes au Guomindang provoquées par James Soong.

Réélu en 2004, placé sous la double pression de Washington et de Pékin, il avait, au milieu de scandales de corruption, adouci son discours séparatiste catégorique en prônant la stratégie des « 4 refus et d’une impossibilité – 四不一没有- si bu yi mei you – pas de déclaration d’indépendance, pas de changement de nom de l’Île en « République de Taïwan », pas de modification de la constitution pour y inclure « les relation d’État à État » dans le Détroit, pas de référendum sur l’indépendance de l’Île.

A ces « 4 non », Chen rajoutait l’impossibilité (没有) que son administration supprime le Conseil National pour la réunification et modifie le statuquo dans le Détroit. Toutefois, le fait que durant son administration, le Conseil ne se soit réuni qu’une seule fois attisa l’inquiétude de Pékin qui, le 14 mars 2005, promulgua une « Loi anti-sécession – 反分裂国家法- fan fenlie guojia fa ».

A plus de 25 ans de distance, réplique « légale » du Taïwan Relation Act », voulue sinon votée par le peuple chinois tout entier représenté par son Congrès, la Loi définit la riposte militaire à une tentative d’indépendance comme une « nécessité nationale », avec laquelle il est juridiquement - donc rationnellement - impossible de transiger.

Tout comme le congrès, l’ANP chinoise enjoint au pouvoir de ne pas rester inerte en cas de dérive indépendantiste et autorise l’utilisation des « moyens non pacifiques – 非和平方法 - » (dont la teneur n’est pas précisée). La référence légale, réaffirmée tout au long de la session du Congrès national populaire de mars 2005, était évidente.

Par la suite, la période d’abord plus apaisée de Ma Ying-jeou élu en 2008, finit tout de même par se crisper avec, en point d’orgue au printemps 2014, première protestation claire – dite des « tournesol » - de la rue taïwanaise, des ONG, des étudiants et des universitaires contre la stratégie de réunification pacifique de la Chine qui, dans l’esprit de Pékin, devait par le truchement des rapprochements économiques et commerciaux, conduire les deux rives vers un dialogue politique, puis à la réunification pacifique.

Lire à ce sujet : Taïwan : Craquements politiques dans l’accord cadre. Les stratégies chinoises en question.


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