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Au Pakistan, symptôme d’une contradiction stratégique essentielle, Pékin, fait toujours face au terrorisme aveugle des Baloutches

Le terrorisme des séparatistes Baloutches ne faiblit pas et continue de prendre en otage la sécurité des Chinois au Pakistan. Mais en dépit de la fréquence des attaques créant un malaise dans la relation entre Islamabad et Pékin les intérêts stratégiques chinois dans la région sont tels que les projets développés par les compagnies chinoises ne faibliront pas.


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Le 6 octobre, deux ressortissants chinois ont été tués et un autre blessé dans un attentat suicide près de l’aéroport international de Karachi. Selon les secours sur place, au moins sept autres personnes ont été blessées par l’explosion.

L’attentat a été revendiqué par l’Armée de Libération Baloutche (BLA). Le lendemain de l’attaque, en pleine période de fête nationale chinoise, alors que le Waijiaobu n’avait pas encore réagi, l’ambassade de Chine à Islamabad révélait que la cible de l’attaque avait clairement été un convoi transportant des investisseurs et des ingénieurs chinois d’une compagnie d’électricité au moment même où ils quittaient l’aéroport.

L’Ambassade appelait aussi le Pakistan à « prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger la sécurité des citoyens et des projets chinois au Pakistan ».

L’appel des diplomates chinois suivait le message publié sur « X », du Premier ministre pakistanais Shehbaz qui « condamnait fermement » l’incident et présentait « ses sincères condoléances aux dirigeants et au peuple chinois ». (…) Dans la foulée, il assurait que « le Pakistan ne ménagerait aucun effort pour assurer la sécurité et le bien-être de ses amis chinois ».

Facteur d’inquiétude supplémentaire, l’agression a eu lieu alors qu’à Islamabad se tiennent actuellement les réunions de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) qui culmineront les 15 et 16 octobre prochains.

A ces dates le Pakistan accueillera les chefs d’État ou leurs représentants de la Chine, de l’Inde, de l’Iran de la Russie, de quatre des cinq pays d’Asie Centrale, ainsi que ceux de 9 autres dits « observateurs » ou de « dialogue », associés à l’OCS [1].

L’attentat de l’aéroport était le dernier d’une longue série d’attaques brutales contre les intérêts chinois dans le pays où Pékin a investi des plus de 40 milliards de $, dans le « Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC) », un des projets phares des « Nouvelles Routes de la Soie ».

Lancé en 2015, il relie la région occidentale du Xinjiang au port pakistanais de Gwadar sur la mer d’Arabie par un réseau de routes, de chemins de fer, de pipelines et de centrales électriques. Lire : Le Pakistan, premier souci stratégique de Pékin. Les faces cachées de l’alliance.

Alors que les autorités chinoises s’efforcent de maintenir les liens avec Islamabad, notamment en 2015 par les visites successives du Président Xi Jinping en avril (lire : Le Pakistan, premier souci stratégique de Pékin. Les faces cachées de l’alliance) et du Ministre de la défense en novembre (lire : Fan Changlong n°1 de l’APL au Pakistan), suivies de celle du MAE Wang Yi en 2019, les menaces qui pèsent sur la présence chinoise n’ont pas de cesse.

Elles se sont récemment concrétisées à la fois au nord du pays et contre le port de Gwadar au sud (lire : Le défi de la sécurité des Chinois au Pakistan et Au Pakistan, des Chinois à nouveau victimes des terroristes).

Au Pakistan, Pékin navigue dans les eaux inconfortables d’une contradiction stratégique.

La photo publiée par le ministère de l’information pakistanais et reprise par Xinhua, montre le Premier ministre Muhammad Shehbaz Sharif le 1er avril 2024, serrant les mains des ouvriers chinois du chantier hydroélectrique de Dasu dans la province de Kàyber après l’attentat terroriste du 26 mars qui avait couté la vie à cinq de leurs compagnons du chantier.

En Juin dernier, le même Shehbaz signait à Pékin un protocole d’accord visant à renforcer la coopération entre le Pakistan et la Chine dans les domaines des panneaux solaires, de la fabrication et la livraison au Pakistan de tracteurs agricoles chinois YTO et la poursuite développement du corridor économique Chine-Pakistan (CPEC).


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Pour la Chine, le Pakistan, pièce essentielle de son dispositif stratégique de contrepoids à l’Inde, ayant un accès direct à la mer d’Arabie, est un allié stratégique de première grandeur.

Depuis les années cinquante, les deux développent des liens de toutes natures, notamment dans le secteur du nucléaire civil (lire : La Chine améliore sa maîtrise du nucléaire civil et affirme ses ambitions commerciales et dans celui des équipements militaires avec la construction en commun du chasseur de combat J-F 17 – avec cependant la nuance que l’appareil, fabriqué à prix réduit à partir du MIG-17, n’a pas été jugé assez performant par l’armée de l’air chinoise qui n’en a pas commandé -.

Situé au cœur du monde islamique de l’Asie du Sud, traversé par des mouvements irrédentistes proches des mouvances djihadistes, Islamabad est pour Pékin un élément clé de la stabilisation de sa frontière sud et de la sécurité de sa province occidentale du Xinjiang peuplée de musulmans Ouïghour.

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En haussant l’analyse d’un étage on perçoit que, sur ce théâtre, Pékin est confronté à un paradoxe essentiel qui n’aura pas de cesse.

D’un côté, le mouvement irrédentiste Baloutche aux racines iraniennes dont le territoire au sud du Pakistan borde à la fois l’Iran et l’Afghanistan, instrumentalise par le terrorisme aveugle l’hostilité aux projets chinois des populations locales ;

De l’autre, l’inflexible constance des stratégies de Pékin aux côtés d’Islamabad dont Jean-Paul Yacine avait décrit les cinq objectifs en 2015, lors de la visite officielle au Pakistan - citée plus haut - huit mois après celle de Xi Jinping, du Vice-Président de la Commission Militaire Centrale Fan Chanlong, 范长龙 , alors premier militaire du Pays.

1) Dans un contexte compliqué par l’irrédentisme baloutche, traversé par les transes de l’Islam radical, assurer la stabilité et la sécurité des provinces occidentales et le long des frontières avec l’Asie du sud et l’Asie Centrale ;

2) Insérer les provinces occidentales chinoises dans un environnement transfrontalier propice au commerce et au développement économique ;

3) Simultanément développer le couloir économique entre la mer d’Arabie et le Xinjiang avec, pour objectif premier, de raccourcir des lignes de communication logistiques acheminant les hydrocarbures vers la Chine  ;

4 ) Opposer un contrepoids stratégique à l’Inde en contrôlant son influence en Asie du Sud et du Sud-est ainsi qu’en Afghanistan – où Islamabad est toujours le point d’entrée de Pékin - ;

5) Freiner l’intrusion en Asie du Sud d’acteurs plus favorables à l’Inde qu’à la Chine.

Note(s) :

[1Créée en 2001, par la Chine, la Russie et 4 pays d’Asie Centrale, avec comme objectif géopolitique de stabiliser l’Asie Centrale aux prises avec des mouvement fondamentalistes et séparatistes soutenus par Washington, l’OCS compte 4 puissances nucléaires et représente 44% de la population mondiale.

Elle est progressivement devenue une nébuleuse hétéroclite dont l’obédience stratégique couvre un vaste éventail de nuances allant de l’opposition radicale à l’Occident par le groupe Pékin, Moscou et Téhéran aux réticences exprimées contre les réminiscences des influences concurrentes chinoise et russe (lire : A Samarkand, les hiatus de la réunion de l’OCS), en passant par la posture ambiguë de l’Inde.

Élargie à l’Inde et au Pakistan en 2017, et, sous l’influence de Pékin à l’Iran en 2023, elle compte aujourd’hui huit membres de plein droit : Chine, Inde, Iran, Pakistan, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Ouzbékistan ; Trois observateurs : Afghanistan, Biélorussie, Mongolie ; et six partenaires de dialogue : Arménie, Azerbaïdjan, Cambodge, Népal , Sri Lanka, Turquie.


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