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Aung San Suu Kyi à Pékin. Retour au principe de réalité

La Chine et le Myanmar, une relation difficile et obligée.


Pour répondre au rejet des populations locales (en haut), les compagnies chinoises au Myanmar diffusent actuellement une vidéo ventant la proximité des agents chinois avec les Birmans. (en bas)

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Entre Pékin et Naypyidaw, les racines des discordes potentielles vont des investissements chinois parfois peu vertueux dans les zones frontières du nord-est transformées en bases de pouvoir pour une myriade d’affaires légales et illégales, jusqu’aux gigantesques projets hydroélectriques et miniers ayant attisé le mécontentement des populations locales excédées par la dimension envahissante des travaux et le manque d’égards des groupes chinois pour les populations locales.

Au point d’avoir poussé la junte à arrêter plusieurs projets miniers, à suspendre les travaux du barrage géant de Myitsone (septembre 2011) et à céder aux appels à l’ouverture politique de Washington, avec, pour les Birmans, la motivation tactique initiale de tenir à distance les pressions chinoises.

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Preuve que le bureau politique juge l’affaire primordiale, Pékin s’ingénie depuis plusieurs années à corriger les effets néfastes de sa présence massive ayant contribué à pousser la Birmanie dans les bras des Occidentaux.

Deux semaines seulement après le passage, le 2 décembre 2011, de Hillary Clinton, premier secrétaire d’État américain à visiter le Myanmar en un demi-siècle, l’ambassadeur chinois à Naypyidow brisait le tabou du Waijiaobu normalement réticent à rencontrer les opposants politiques aux régimes alliés et recevait Aung San Suu Kyi. Trois jours plus tard, c’est Dai Bingguo n°1 des Affaires étrangères pour les questions stratégiques, dont le rang est supérieur à celui du ministre de l’époque Yang Jiechi, qui rencontrait les autorités birmanes.

Plus encore, pour désarmer les protestations locales contre les deux artères logistiques de gaz et de pétrole citées plus haut, Pékin a promis de verser 53 milliards de $ pendant 30 ans au gouvernement birman, tandis que 25 millions de $ étaient investis dans des projets éducatifs dans les zones occupées par des factions armées liées à la Chine et bêtes noires de l’armée birmane qui tente de les réduire depuis des lustres.

Enfin, en avril cette année le Ministre des Affaires étrangères Wang Yi dépêché par le politburo fut le premier étranger de haut niveau à rendre visite aux nouvelles autorités de Naypyidaw à qui il a promis l’appui de la Chine pour développer les infrastructures du pays. L’espoir de Pékin est que la figure emblématique d’Aung San Suu Kyi très populaire dans son pays pourrait contribuer à réduire les ressentiments anti-chinois. Car ces derniers persistent dans les zones des grands travaux en dépit des efforts entrepris par Pékin depuis 5 ans.

Sur la sellette, la compagnie minière Wanbao qui exploite le gisement de cuivre de Monywa au centre du pays à 150 km au nord de la capitale dont la production a repris au milieu des protestations des riverains.

Autre cible de la vindicte anti-chinoise le groupe public CITIC qui construit un port en eau profonde sur la côte ouest près de la Zone économique spéciale de Kyaukphyu dans une ambiance sociale semi hostile où la population locale proteste contre le faible niveau des compensassions après les réquisitions de terres.

Le troisième bouc émissaire des ressentiments est la China Power Investment Corporation, maître d’œuvre des travaux du barrage de Myitsone arrêtés en 2011 sous la pression des locaux, de diverses associations de protection de la nature et des communautés potentiellement affectées par la dimension exceptionnelle de la retenue envisagée.

Aung San Suu Kyi et les affres du pouvoir.

Le barrage contesté de Myitsone sur L’Irrawaddy dans la province de Kachin, à 400 km de la frontière chinoise est essentiellement destiné à alimenter le Yunnan. S’il est mené à bien, le projet sera le 15e plus grand barrage de la planète. Avec un lac de retenue de 447 km2, il aurait une puissance installée de 6000 mégawatts soit 25% de celle du barrage des Trois Gorges. La construction a été arrêtée par une décision du gouvernement en date du 30 septembre 2011. Au milieu de la carte en noir, le tracé des conduites de gaz et de pétrole qui relient la zone de Kyaukphyu à Kunming.

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Pékin fait pression pour la reprise des travaux et Aung San Suu Kyi, Conseillère spéciale du gouvernement, porte-parole de la présidence et ministre des Affaires étrangères [1] devra trancher ce dossier où se croisent des intérêts divergents.

D’abord ceux de son audience populaire écornée par son soutien aux projets chinois, ensuite ceux de l’environnement menacé par la dimension du barrage et, enfin, ceux de la relation avec la Chine, incontournable voisin que l’annulation pure et simple du barrage mettrait dans de très mauvaises dispositions à l’égard du nouveau pouvoir birman.

Le principe de réalité, arrière plan incontournable du pouvoir politique, a aussi rattrapé la militante Aung San Suu kyi dont l’image pourtant flamboyante et idéalisée est attaquée par les nostalgiques de l’absolu, à la fois trop pressés et peu disposés aux compromis idéologiques pourtant indispensables en politique, surtout dans un pays culturellement et politiquement tiraillé par de nombreux contraires.

Quoi qu’en disent les adeptes des grands principes détachés des réalités, la souplesse politique est d’autant plus nécessaire que le pays est à peine sorti d’un demi siècle d’une dictature de fer infligée au pays par les militaires dont il est illusoire de croire qu’ils abandonneront leur pouvoir pour se conformer au sacro-saint principe de l’idéal démocratique imposant aux armées de rester neutres dans les conflits politiques internes.

Les donneurs de leçons de morale non seulement critiquent Aung San Suu Kyi pour son soutien aux projets chinois, mais également pour la faiblesse de ses réactions lors des violents incidents ethniques dans l’État de Rakhine entre Bouddhistes et Musulmans Rohingyas dont le nombre atteint 800 000 considérés par la majorité des Birmans comme des immigrants illégaux transfuges du Bangladesh. (voir la note de contexte),

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Notes :

[1Selon la constitution de 2008, Aung San Suu Kyi, mariée à l’ethnologue anglais Michael Aris décédé en 1999, ne peut pas être le chef de l’État birman. Le poste est occupé par Htin Kyaw un intellectuel et activiste proche de sa mouvance politique. Après avoir cumulé plusieurs postes, Aung San Suu Kyi est aujourd’hui Conseillère spéciale du gouvernement, ministre des Affaires étrangères et porte parole du gouvernement.


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