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Chine – Europe. La guerre de l’acier et le statut d’économie de marché

Protestation de Pékin et marasme des aciéristes chinois.

Selon les chiffres officiels, les surplus de l’industrie de l’acier chinoise atteignent plus de 150 millions de tonnes (mais la réalité des surplus pourrait approcher les 350 millions de tonne, soit le double de la production européenne) pour une production de 800 millions de tonnes (48% de la production mondiale) et une capacité totale de production d’un milliard de tonnes dont une partie a été générée lors de la relance en 2008 – 2009.

Les réactions européennes ont provoqué une riposte du ministre du commerce chinois exprimant son souci que Bruxelles « se conforme strictement aux règles de l’OMC et fasse preuve de prudence et de mesure ». Mais en arrière plan pèse la mauvaise situation de l’acier en Chine. Le 16 février dernier le magazine Caixin publiait un long article sur la survie d’un secteur confronté au freinage de l’économie.

A l’origine, la faiblesse de la demande interne et les efforts du pouvoir chinois pour limiter la pollution. Résultat, en 2015, plus de 50% des aciéristes ont fait état de pertes évaluées à 64,5 Mds de Yuan (9 Mds d’€). Au Henan, le groupe public Anyang Iron (安阳 铁) cité en exemple dont la production atteint 10 millions de tonnes, accuse des pertes depuis 2012.

En janvier, rencontrant les officiels du Shanxi et les PDG du secteur à Taiyuan, Li Keqiang a répété la nécessité de réduire les surproductions, un des objectifs prioritaires énoncés par la conférence économique centrale de décembre et le 13e plan approuvé lors du 5e plenum en octobre. Les chiffres parlent d’eux-mêmes et balisent un avenir heurté à moyen terme, en même temps qu’ils expliquent la priorité chinoise accordée aux projets des nouvelles « routes de la soie » destinés à projeter les surproductions des grands groupes à l’extérieur.

En 2015, la production chinoise d’acier brut a atteint 800 millions de tonnes (48% de la production mondiale), mais dont seulement 664 millions de tonnes ont été consommés par le marché intérieur, la capacité totale de production du secteur dépassant le chiffre astronomique d’un milliard de tonnes.

Plus alarmant encore, Li Chuangxin, Directeur du centre de recherche des industries métallurgiques prévoit que d’ici 2030, la consommation interne chutera de 24% pour stagner à 500 millions de tonnes. Viennent ensuite les contradictions qui dessinent également les limites de la réforme de structures des vieilles industries lourdes traditionnelles. Le groupe Anyang qui compte 30 000 employés, ce qui le classe dans la catégorie des aciéries de taille moyenne dont les comptes sont plombés par un ratio de dettes de 80%, n’a pas ralenti sa production ni réduit ses effectifs espérant toujours un rebond du marché.

Mais tout indique que ce dernier ne se produira pas dans un paysage plombé par les excès de dettes (le ratio est de 70 % pour plus 2 aciéristes sur 3 et de 80% pour 20% des groupes), à quoi s’ajoutent des profits en chute libre. En 2015, Anyang a enregistré 1,28 Mds de Yuan pertes (176 millions d’€).

Il n’est pas le seul. 70% des aciéristes ont accusé des pertes en 2015, tandis que le total de dettes du secteur atteint 300 Mds de Yuans (41 Mds d’€). Mais le marasme est entretenu par le dumping des prix pratiqués par certains qui, pour se tailler une part du marché dans la jungle de la concurrence domestique commercialisent leur production à perte, tandis que les administrations locales tiennent la tête des groupes mal gérés hors de l’eau par des subventions.

Dans ce contexte morose, la conquête des marchés européens et américains par les mêmes pratiques de dumping apparaît comme une porte de sortie à certains qui renâclent à se restructurer ou à se regrouper avec d’autres pour des économies d’échelle. Mais la stratégie, forcément à court terme, porte en elle le risque d’attiser des tensions politiques avec l’Europe.

La bonne nouvelle est que, début février, le gouvernement a annoncé son intention de réduire sa production de 150 millions de tonnes dans les 5 années qui viennent.

Controverses au sein de l’UE.

Cette note ne serait pas complète si elle ne faisait pas le point des controverses internes à l’UE où, au milieu du raidissement des aciéristes et du parlement européen, d’autres voix - notamment à la Commission, favorable à un compromis, en Allemagne et en Grande Bretagne tous les deux fortement engagés sur le marché chinois -, sont favorables à l’attribution rapide du statut d’économie de marché à la Chine.

Enfin, par dessus les désaccords, surnage un puissant malentendu lié à l’interprétation des conditions d’accès de la Chine à l’OMC en 2001. Selon les juristes de la Commission, dont l’interprétation est la même que celle de la Chine, la section 15 du protocole d’accès à l’OMC stipulerait qu’à compter du 11 décembre 2016, Pékin devrait pouvoir bénéficier automatiquement du statut d’économie de marché.

Mais cette lecture du texte est contestée par un large éventail d’acteurs en Europe, aux États-Unis, au Canada au Moyen Orient qui réfutent l’automaticité et continuent à soumettre l’attribution du statut à la Chine aux critères suivants qu’à l’évidence la Chine ne remplit pas :

1) Une faible intervention de l’État dans l’allocation des ressources et dans les décisions des entreprises ; 2) une claire transparence des opérations des entreprises privées ; 3) l’existence de règles de gestion des entreprises avec un rôle réel des conseils d’administration ; 4) l’existence de lois garantissant le fonctionnement libre du marché (lois sur les faillites, sur la protection des droits de propriété, sur les monopoles) ; 5) l’existence d’un secteur financier transparent (indépendance de la bourse, autonomie commerciale des banques et libre concurrence entre elles).

Le débat s’est bruyamment invité au parlement européen à la session plénière de février et reviendra à la surface lors de la session des 8 et 9 mars prochains à Strasbourg. En lice, les aciéristes et les députés européens favorables à un attitude intraitable pour contrer le dumping chinois, face à la Commission appuyée par Londres et Berlin, tous trois réticents à créer des tensions avec la Chine et adeptes d’une démarche politique plus souple.

Quoi qu’il en soit, toute décision dans laquelle la Commission n’aura qu’un rôle consultatif, sera soumise à l’approbation du parlement et des États membres. Pour l’heure, les principaux appuis de la Chine sont la Commission, Londres et Berlin. Mais l’approche des élections fédérales de 2017 en Allemagne et le referendum britannique sur la sortie de l’UE sont de nature à exercer une pression contraires sur la décision, dans un contexte de politique intérieure où un appui direct à la Chine par les pouvoirs publics sera plus difficile.

Une autre carte sauvage est celle de Washington qui, fin décembre, s’est invité dans le débat en mettant en garde Bruxelles contre l’afflux des produits chinois bon marché. Suspectant la Commission et certains européens de rechercher les faveurs politiques de Pékin pour attirer des investissements, l’administration américaine a prévenu l’EU que l’accès libre de l’acier chinois au marché européen reviendrait à baisser dangereusement la garde contre une offensive commerciale illégale.


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