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Chine-Myanmar : le dilemme birman

Quand on s’interroge sur les motivations et les contraintes du Parti Communiste Chinois face à Naypyidaw, son allié de longue date qui pourrait montrer quelques velléités d’émancipation, il n’est pas inutile de rappeler que les dissidences larvées avaient été mises sous le boisseau et tenues en respect grâce à l’entremise de Deng Xiaoping lui-même, après sa décision de couper les vivres et le soutien aux guérillas communistes d’Asie du Sud-est.

L’arrangement promettait également un accès facile aux investissements chinois dans les régions frontalières et devait permettre plus tard l’ouverture d’un point d’appui portuaire sur le Golfe du Bengale et le passage d’un oléoduc vers le Yunnan.

En échange, la Chine s’engageait à armer massivement la Junte et à lui apporter son appui politique. Le pragmatisme froid du patriarche, dont le pouvoir chinois s’inspire encore aujourd’hui, était passé par là : gel des situations sous couvert de non ingérence, avantages économiques, contre un appui politique inconditionnel.

Aujourd’hui, Pékin craint que l’incursion des militaires birmans dans les zones rebelles ne détruise ce bel ordonnancement et ne mette le feu aux poudres.

Certaines zones, comme celles des Wa, possèdent une armée forte de 20 000 hommes (United Wa States Army), commandée par des barons de la drogue et des seigneurs de la guerre de pure tradition chinoise. Le souhait le plus vif de la Chine serait de calmer le jeu pour éviter de graves troubles sur ses marches méridionales et, si possible, perpétuer les vieilles habitudes, dont elle tire largement profit. C’est pourquoi elle propose ses bons offices pour tenter de revenir aux équilibres mis en place sous l’égide de Deng.

L’armée birmane ne l’entend évidemment pas de cette oreille. Son objectif, que Pékin cherchera à contrecarrer, n’est pas aisé, mais il a le mérite d’être clair : mettre fin aux incongruités d’une situation de semi anarchie sur ses frontières Nord et Est, qui foule aux pieds l’autorité de Naypyidaw.

Si, en dépit des pressions chinoises et des risques, la Junte décidait de poursuivre son action, il est probable qu’elle prendra le prétexte tout trouvé de la lutte contre les narcotrafiquants. Pour Pékin, qui s’inquiète de la stabilité du sud Yunnan, les conséquences pourraient être dramatiques avec un nouvel afflux de réfugiés et des risques importants de pertes civiles sur la frontière.

On rappelle à Pékin, que la Chine est proche des milices Wa, très militarisées, qui sont peut-être le prochain objectif de la Junte. Ce qui complique lourdement l’équation du Bureau Politique, écartelé entre ses anciennes traditions de soutien aux minorités chinoises et leurs trafics éparpillés sur la frontière.

Les projets de Pékin d’aide à la junte heurtent bien sûr son principe de non ingérence, déjà largement bafoué en sous main par les unités frontalières chinoises parties aux commerces illicites poumon économique des « rebelles ».

Mais ils visent les avantages économiques de l’ouverture du Sud-ouest de la Chine vers la mer, et ses intérêts stratégiques supérieurs que sont les facilités portuaires birmanes dans le Golfe du Bengale et l’oléoduc vers le Yunnan.

Sans compter que, condamner Naypyidaw pour son action visant à renforcer l’autorité centrale dans les provinces excentrées, serait en contradiction directe avec la politique chinoise qui, au Xinjiang et au Tibet, s’inspire du même principe centralisateur.

Dans ce contexte politique où la « raison d’État », protégée par le principe chinois de non ingérence et l’alliance avec Naypidaw, dérape vers nombre de violations du droit des individus ; où les réminiscences de l’histoire et l’enchevêtrement des facteurs locaux et ethniques, sur fond de trafics frontaliers plus ou moins licites, compliquent encore la donne, on voit bien que la marge de manœuvre de la Chine est étroite.

Elle l’est d’autant plus que la Junte semble vouloir s’émanciper de son mentor et se rapprocher de Washington.

Mais les équilibres stratégiques de la région ne basculeront pas aussi facilement et il coulera encore de l’eau sous les ponts de l’Irrawaddy avant que les États-Unis s’affichent ouvertement aux côtés des dictateurs birmans.

Mais le fait est que, récemment, Rangoon avait déroulé le tapis rouge et réservé une réception de Chef d’Etat au Sénateur américain Jim Webb, en tournée en Asie du Sud-est.

Au même moment, le Myanmar Times publiait un article sur la venue du Dalai Lama à Taïwan. Les spécialistes de la Birmanie interrogés par « Asia Times » observaient que c’était la première fois depuis 20 ans que la presse birmane, étroitement contrôlée par la Junte, faisait allusion au Chef religieux tibétain en exil. Il est certain que cette rupture de l’omerta sur la question bouddhiste par la Junte n’était pas fortuite.


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