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Chronique de la « France en Chine » : A Shanghai Emmanuel Macron mise sur le « soft power » français du Centre Pompidou

La diplomatie des musées, projets et pressions chinoises.

Le 5 novembre, le Président Macron et Serge Lasvignes ont inauguré le centre Pompidou de Shanghai. Situé dans un quartier à l’ouest du Huangpu en pleine rénovation où se côtoient le Long Museum 龙美术馆, plus grand musée d’art privé de Chine, le Yuz Museum 余德耀美术馆, vitrine de l’art contemporain asiatique, fondée en 2014 par l’entrepreneur sino-indonésien Budi Tek, cette première antenne du Centre Pompidou hors d’Europe a l’ambition de diffuser en Chine, l’excellence du « soft power » chinois. Le projet dont l’idée avait été lancée en 2006 a, selon le Journal des arts, longtemps été retardé par les désaccords sur le contrôle de la programmation dont Pékin refusait qu’il soit seulement exercé par Paris.


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Faisant de Shanghai le point d’orgue de la visite plutôt que Pékin, le président Macron a inauguré au bord du fleuve Huangpu, sur l’ancien site industriel rénové du district de Xuhui, l’antenne chinoise du Centre Pompidou, construite en coopération avec la compagnie de construction « West Bund group », point focal d’un projet d’échanges artistiques et culturels programmés sur 5 ans.

Qualifié par le New-York Times de « diplomatie des musées », le projet fait en effet suite à celui du Louvre Abu Dabbi (accord de 30 ans entre les Émirats et Paris) et à celui dont il est plus proche du Centre Pompidou de Malaga inauguré en 2015.

Premier exemplaire hors d’Europe de l’ambition d’exprimer comme le dit Pierre Hasky un « soft power » culturel français, le bâtiment de 27 000 m2, assez modeste, se compose de trois salles d’exposition revêtues d’un verre aux reflets de jade et reliées par un atrium central où seront exposées des collections prêtées par le Centre Pompidou.

En échange le groupe West Bund couvrira les coûts de gestion et d’entretien en versant 2,75 millions d’€ annuels. A l’issue des 5 années les deux partenaires choisiront de mettre fin au projet ou de le prolonger.

Dans un contexte où les échanges commerciaux franco-chinois ont atteint 43,1 milliards d’euros au cours des trois premiers trimestres de 2019, soit une croissance de 5% sur un an, avec cependant toujours un déficit commercial de près de 30 Mds d’€ et, l’année dernière, une baisse de 15% des ventes des produits agricoles (lait, viande, vin [1]), la communication officielle française sur le voyage présidentiel met l’accent sur le « Plan d’action pour les relations franco-chinoises » publié à Pékin le 6 novembre.

Évitant soigneusement les sujets de controverses mentionnés sans insistance, le plan énumère 6 objectifs :

1) Le renforcement du dialogue politique et de la confiance ; 2) La protection de la planète ; 3) La promotion des liens entre l’Europe, la Chine et l’Asie qui mentionne « les nouvelles routes de la soie », sans cependant confirmer l’adhésion française au projet, mais attirant précisément l’attention sur la nécessité de vérifier la durabilité et la transparence des projets, points sensibles le plus souvent soulevés par les critiques des « nouvelles routes de la soie », accusées d’aggraver par la surenchère de projets grandiloquents, la dette des pays déjà insolvables ;

4) et 5) La promotion des liens bilatéraux et des investissements réciproques objets d’une longue suite d’échanges croisés, y compris sur les sujets difficiles du droit et de la justice, dont la communication publique de l’Élysée a cependant très peu parlé.

Dans le domaine industriel (notamment dans les secteurs émergents de l’aéronautique, de l’espace et du nucléaire), outre les échanges d’experts, notons le projet toujours en attente depuis 10 ans, objet cette fois d’un accord d’intention, pour la construction d’une usine pouvant traiter et recycler 800 tonnes/an de combustibles nucléaires usagés.

En dépit des difficultés, une coopération électronucléaire est toujours envisagée au Royaume Uni pour la construction des deux réacteurs EPR à Hinkley Point et aider à la certification par les autorités britanniques du réacteur purement chinois UK-HPR1000 « Hualong 1 ».

Lire :
- Fragilités d’EDF et d’AREVA. Le nucléaire franco-chinois menacé par les écologistes et l’après Brexit.
et
- Coopération nucléaire franco-chinoise : une page se tourne.

6) La promotion des échanges culturels et humains. Ce § qui mentionne sans s’attarder, la protection des droits des individus, sérieusement malmenés en Chine quand on les juge à l’aune des démocraties, exprime le souhait de « faire du sport un élément important de la relation bilatérale, avec notamment les échanges de jeunes sportifs, le développement d’infrastructures sportives et le partage d’expertise en matière d’industrie du sport ».

En ligne de mire, l’organisation des JO par la France en 2022 et des jeux paralympiques par la Chine en 2024.

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Au total 13,6 Mds d’€ de contrats ou projets ont été signés lors de la visite. Ils couvrent les secteurs de l’aéronautique (commande de 290 A.320 et 10 A.350) ; le développement d’un terminal de stockage GNL à Tianjin avec une canalisation de 230 km le reliant à Pékin (coopération entre Engie et Beijing Gas Group) ; un projet éolien offshore pour 1 Md d’€, à Dongtai (Jiangsu, au nord de Shanghai), objet d’une coopération entre EDF et China Energy Investment Corporation ;

D’une valeur de 105 millions d’€, un accord d’investissement entre, d’une part, le Port de Marseille et « Provence promotion » et, d’autre part, Quechen silicon chemical international development (déjà en projet depuis le printemps 2018) pour la construction à Fos-sur-Mer d’une d’usine de production de silice destinée à l’industrie pneumatique européenne. Ce site d’une capacité de production évaluée à 400 000 tonnes/an devrait créer plus d’une centaine d’emplois.

Dans le secteur agricole, en réaction à la crise du porc, et après la décision de stopper les importations américaines, l’autorisation d’exporter en Chine de semences porcines ; et la confirmation de la levée du vieil embargo datant de 2001 sur la viande bovine, suite au protocole d’accord signé lors la visite en Chine du Premier Ministre Édouard Philippe en juin 2018.

Note(s) :

[1Vers la France, la Chine exporte principalement des machines de chantier, des équipements industriels, des produits sidérurgiques, de l’électronique, des textiles, des vêtements et des appareils ménagers. Les entreprises françaises sont présentes dans l’automobile, le tourisme, l’aéronautique, le luxe, le traitement de l’eau et les produits pharmaceutiques.


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