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Chronique de la « France en Chine » : A Shanghai Emmanuel Macron mise sur le « soft power » français du Centre Pompidou

La tentation de la force.

Ayant abandonné la stratégie de prudence oblique et ambigüe de Deng Xiaoping, exprimée par le fameux 韬光养晦 (littéralement « cachez vos “brillances“ et cultivez l’ombre »), Xi Jinping attise à l’extrême le nationalisme chinois. Sur la scène internationale les stratégies chinoises s’expriment de plus en plus souvent par des pressions exercées sur les partenaires de Pékin, non seulement à propos de la mer de chine du sud, de Hong Kong ou de Taïwan, mais également par la promotion planétaire de la norme chinoise de contrôle politique sur un vaste éventail de sujets allant du droit commercial en passant par l’organisation sociale juridique et parlementaire des États.

Les visites - en préparation au moment de la rédaction de cette note - de Xi Jinping d’abord en Grèce du 10 au 12 novembre où Cosco avait sauvé le port du Pirée de la faillite alors que Bruxelles confit dans ses normes, tardait à aider Athènes, puis dans la foulée au Brésil du 13 au 14 novembre pour le 11e sommet des BRICS relanceront la polémique de la « menace systémique chinoise ».


*

Alors que le rapport de forces entre la Chine et la France a dramatiquement évolué depuis une vingtaine d’années (en 2002 le PIB chinois était équivalent à celui de la France. Aujourd’hui, il est 5 fois supérieur = 14 172 Mds de $ contre 2844 Mds de $), la relation franco-chinoise ne peut plus se prévaloir de l’exceptionnalité de la reconnaissance gaullienne en 1964.

Rentrée dans le rang des puissances moyennes, face à Pékin, la France qui souffre de la disproportion, est devenue plus vulnérable aux pressions. A l’occasion, celles-ci s’exercent sans surprise en faisant peser la menace de restrictions sur le marché chinois.

La situation contrainte bride la liberté de parole politique française, au point que durant le séjour du président français, les sujets des droits des individus, de liberté politique, ceux de l’oppression de la minorité Ouïghour tout comme la bouteille à l’encre des émeutes à Hong Kong, point aveugle démocratique du régime chinois, n’ont guère été abordés si ce n’est en comité restreint, ce qui, chacun peut le voir, ne produit aucun effet face à la Chine qui affiche un nationalisme sourcilleux opposé aux valeurs de la démocratie occidentale.

Au contraire, pour Pékin, la tentation de jouer du déséquilibre de puissance n’est jamais loin.

Interviewé par France 5, Wang Yi le MAE qui, sans expliquer pourquoi, laissait entendre que la Chine était mal traitée par l’Europe, rappelait que sans accord de libre-échange précisément bloqué par l’UE pour défaut de réciprocité, les produits européens souffriraient sur le marché chinois.

Récemment, à propos de Hong Kong, le nouvel ambassadeur de Chine à Paris a traité par le mépris la position du Quai d’Orsay alignée sur celle de Bruxelles qu’il accusait d’hypocrisie. Lire : Lu Shaye, nouvel Ambassadeur de Chine à Paris fustige les médias français. Regards sur la rigidité du pouvoir chinois.

Les mêmes pressions se sont exercées quand la France a refusé d’extrader l’épouse de l’ancien Directeur d’Interpol Meng Hongwei tombé pour corruption, puis dans l’affaire de la Banque de Chine qui court depuis plus de deux ans, soulevant l’ire de Pékin.

D’abord objet d’une enquête préliminaire pour soupçons de blanchiment d’argent portant sur 40 millions d’€, la PBOC est, malgré d’intenses pressions politiques, aujourd’hui officiellement mise examen à la suite d’une décision de la chambre d’instruction de la Cour d’appel de Paris.

Mais, écrit Le Monde, « la PBOC et ses relais institutionnels du ministère des AE et de la justice manifestent leur “incompréhension“ et accusent les Français de déloyauté et de trahison, après que la justice française ait, pour mettre en examen la banque, utilisé les documents officiels de la banque transmis par le MAE chinois. » (...)

« Pour la direction chinoise, poursuit Le Monde, ces documents confidentiels n’avaient pas vocation à être transmis à la justice pour prendre en défaut la banque chinoise. » Vu de Pékin où la justice ne se conçoit qu’en référence au pouvoir politique qui la contrôle, l’incident révèle un sérieux contraste culturel.

Même le projet emblématique de l’antenne chinoise du Centre Pompidou inauguré le 5 novembre après 10 années de difficiles négociations, par le président Macron accompagné par Jean-Michel Jarre, sa compagne Gong Li et Guillaume Canet, a déjà subi les pressions de la censure politique dont Paris devra s’accommoder s’il veut poursuivre son projet de coopération culturelle.

La première des trois expositions semi-permanentes baptisée « The Shape of Time » - 100 tableaux d’introduction à l’histoire du XXe siècle - présentant à la fois des œuvres de Picasso, Brancusi, Pollock, Mondrian ou Kandinsky et celles d’artistes chinois adeptes de l’art contemporain comme Zhang Huan et Zao Wou-ki, a dû, à l’injonction de la police politique, décrocher certains tableaux, dont une œuvre de l’artiste chinoise Cao Fei.

Serge Lasvignes directeur du Centre Pompidou, remarquant lui-même « qu’il est peut-être naïf » estime que, malgré les contraintes de la censure, le jeu en vaut la chandelle et que les causes de la liberté et de la démocratie sont mieux servies en venant en Chine qu’en l’ignorant.

Pesant à quel point le pari recèle un potentiel de déception, on ne peut, en dépit de l’abîme qui sépare les deux hommes et leurs trajectoires, manquer de faire le parallèle avec le récent discours de Mike Pompeo exprimant la déconvenue américaine après les efforts consentis par l’Amérique au profit de la Chine.

« Nous avons réduit notre relation avec Taïwan en souhaitant une réunification pacifique ; encouragé l’entrée de la Chine à l’OMC ; hésité à défendre nos amis – Philippins et Vietnamiens – contre les pressions de Pékin en mer de Chine du sud » (…)

« Franchement, nous avons fait énormément pour accompagner la montée en puissance de la Chine dans l’espoir qu’elle devienne plus libre, plus attentive aux règles du marché et, en fin de compte, plus démocratique. En pure perte. Trop souvent Pékin n’a pas suivi ».


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