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Coopération nucléaire franco-chinoise : une page se tourne

NOTE DE CONTEXTE et RAPPELS

Photo : Un des 2 réacteurs EPR de 1700 MW chacun, construits à Taishan à 130 km de Hong Kong par AREVA/EDF en JV avec China General Nuclear.

A l’heure de la rédaction de cette note, la Chine compte 21 réacteurs nucléaires opérationnels et 27 en construction et autant en projet.

Vers la 3e génération pour plus de sécurité.

Depuis l’accident du Fukushima la proportion des réacteurs dotés de technologies 3e génération avec un fort accent mis sur la sécurité est en nette augmentation. En 2020 les autorités chinoises prévoient une capacité nucléaire électrique de 58 GWe et 150 GWe en 2030, ce qui suppose une nette accélération du rythme de construction des centrales durant le 13e Plan (2016 – 2020) qui passera de 8 à 10 par an. Les principales motivations de cet effort sont le souci écologique et la volonté de réduire le nombre de centrales au charbon.

Aujourd’hui la Chine a acquis une assez large autonomie dans la technologie nucléaire civile et dans la construction des réacteurs à partir de coopérations avec la France, les Etats-Unis, la Russie et le Canada. Ces coopérations ont favorisé les captations de technologies et des savoir-faire utilisés et améliorés par les ingénieurs chinois pour fabriquer des séries portant le label chinois débarrassé des contraintes du droit de propriété et capables de conquérir d’importantes parts du marché global. Cette projection sur le marché mondial s’accompagne de transferts de technologies y compris pour la fabrication des composants lourds des centrales.

Au départ, la prévalence française.

A l’origine, le développement de l’industrie nucléaire chinoise a reposé sur les coopérations avec la France, le Canada et la Russie, avec la coopération franco-chinoise au cœur du développement du premier réseau de centrales chinoises dans le milieu des années 80 qui virent la construction de deux centrales à Daya Bay dans la province de Canton, à proximité de Hong Kong, opérationnelles en 1994.

En dépit des crispations franco-chinoises suite à la répression de Tian An Men (1989) et à la décision française de vendre des avions et des navires de combat à Taïwan (1992), la coopération s’est poursuivie à Lingao phases 1 et 2, répliques améliorées et sinisées des unités de Daya Bay. AREVA y a développé le réacteur M.130, origine des réacteurs chinois CPR – 1000 d’une puissance de 1037 MWe par le truchement d’une sinisation à 50% sur Lingao 1 et 70% sur Lingao 2, dont la cuve a été fabriquée par Donfang Heavy Machinery.

Diversification des coopérations 3e génération.

En 2006, la Chine a diversifié ses sources technologiques pour les réacteurs de 3e génération en décidant la construction de 4 unités AP 1000 de Westinghouse sur les sites de Sanmen et Haiyang, avec au moins 8 autres unités prévues, appelées à servir de base à la transition vers la 3e génération, tandis qu’en 2007, 2 EP3 proposés par AREVA furent planifiés à Taishan. Après la livraison des deux premiers EP3 (prévue en 2014 et 2015), 2 autres unités sont encore envisagées dans le cadre de la coopération franco-chinoise. Compte tenu de la préférence accordée à Westinghouse – Toshiba et de la sinisation progressive du parc, il est probable qu’elles seront les dernières.

Deux raisons présidèrent au choix chinois de privilégier le groupe sino-japonais au Français pour servir d’épine dorsale technologique à sa transition vers la 3e génération. La première est sans doute la décision de Westinghouse – Toshiba rendue publique en 2007 et confirmée en 2011 de procéder de manière planifiée au transfert des technologies, tandis que, dans le même temps, les concurrents français EDF et AREVA dont la cohésion fut perturbée par des querelles franco-françaises, ne parvinrent pas à articuler une stratégie claire de coopération technologique et de transferts.

Une deuxième raison court dans le milieu des experts de la filière. Après l’accident de Fukushima les ingénieurs chinois auraient préféré le système de sécurité passive de l’AP 1000 à celui de l’EPR.

Perspectives d’exportations.

La première destination d’export probable du nouveau réacteur chinois sera le Pakistan où, à Chasma (200 km au sud d’Islamabad), la Chine a déjà construit 2 unités du type CNP – 300, 2 autres étant en construction. Un exemplaire de Hualong 1 pourrait être construit à Karachi. L’Argentine et la Roumanie où la Chine a, en 2014, déjà signé des contrats pour la construction de réacteurs dotés de la technologie canadienne CANDU, pourraient être des clients futurs. Mais après le Pakistan, c’est l’Afrique du Sud qui sera la cible privilégiée des exportateurs chinois. En 2012 l’OCDE y avait bloqué la vente par la Chine d’une centrale dotée de technologies françaises soumises aux limitations du droit de propriété. Tout indique que Pékin voudra revenir en Afrique du sud, cette fois en toute liberté, débarrassée des contraintes françaises.

L’avenir dira si, au-delà de ces destinations privilégiées, les espoirs d’exportations chinoises se concrétiseront. Le 2 février 2013, un article du China Daily où était cité un chercheur de l’université de Xiamen, doutait à la fois que Westinghouse – Toshiba ait transféré à la Chine la totalité des technologies et que le CAP 1400 qui n’a pas encore fait ses preuves en Chine, puisse concurrencer à l’export des équipements fonctionnant déjà depuis plusieurs années. L’article concluait notamment qu’il faudra d’abord construire une dizaine de réacteurs CAP 1400 en Chine avant que cet équipement soit crédible à l’international.

Lire notre article : Nucléaire, transferts de technologies et guerre commerciale.

En complément :
- L’extraordinaire défi du nucléaire en Chine.
- Le nucléaire chinois fait face à ses défis de sécurité.


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