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La « politique d’embellie » de Kim Dae Jung vandalisée
Alors que la succession des vaines bravade militaires factices alimente les tensions en confortant le régime, dans l’histoire récente, seul Kim Dae Jung, prix Nobel de la paix, président de la Corée du Sud de 1998 à 2003 eut la vision qu’une politique d’apaisement avec Pyongyang menée sur le long terme, ouvrant graduellement les esprits du peuple nord-coréen aux bienfaits de la liberté et de l’économie graduellement libérée pourrait venir à bout de la dictature.
Hélas, sans cesse présentée comme une faiblesse par les conservateurs qui ne voyaient ni la stratégie du long terme, ni la puissance d’ébranlement des ferments semés par l’ouverture et la main tendue, la « politique d’embellie - Sunshine policy » prônée par Kim Dae Jung et poursuivie par son successeur Roh Moo-hyun, tomba en désuétude, discréditée par les adeptes de la fermeté intransigeante et noyée par le scandale financier qui poussa Roh au suicide en mai 2009.
En 2000, l’année où G.W. Bush le mentor de Victor Cha, méfiant à l’égard de l’ouverture vers la Corée du Nord, arrivait au pouvoir, Kim Dae Jung se rendait à Pyongyang pour rencontrer Kim Jong Il, le fils de Kim Il Sung. Cette main tendue faisait suite à plus de 6 années de négociations qui aboutirent à l’accord cadre nommé KEDO (Korean Energy Development Organization) pour désigner un consortium international qui s’engageait à fournir des réacteurs nucléaires non proliférants à la Corée du Nord assortis de livraisons de carburant et d’une aide économique.
Mais explique Richard Parry, en quelques mois les conservateurs américains et Bush « vandalisèrent la “sunshine policy“ ». Lorsqu’en 2001, après les attentats du 11 septembre, la Corée du Nord qui n’y était pour rien fut associée à « l’axe du mal » et désignée comme une des cibles potentielles d’une attaque préventive aux côtés de l’Irak et de l’Iran, la cause était entendue.
Kim Dae Jung que l’administration Bush détestait, serait désormais seul à tendre la main à Pyongyang. Les États-Unis tournant le dos à la politique Clinton mise en œuvre par Madeleine Albright, reprirent leur posture intransigeante assortie de sanctions et de menaces de représailles militaires, dont l’un des effets a toujours été de perpétuer le régime.
C’est qu’une politique d’ouverture destinée à éveiller la conscience du peuple dont le but ultime est de fragiliser le pouvoir et, in fine, de provoquer sa chute présente deux graves inconvénients. Compte tenu de sa vertu subversive par la lente inoculation à la population du virus de la liberté, il est impossible de l’expliciter clairement. Ce qui permet aux conservateurs de la taxer de naïveté, puisqu’en apparence elle semble faire des concessions à un « État voyou ».
L’autre inconvénient est qu’elle ne s’accommode pas de l’impétuosité ni de la précipitation puisqu’elle ne produit des effets qu’à terme, qui plus est seulement dans l’esprit des populations mises en contact avec le « virus », lesquelles se gardent bien de trop s’épancher sur les effets dans cette ambiance claquemurée et quadrillée.
Puisque la solution du dilemme nord-coréen ne peut venir ni d’une action de force militaire, on l’a vu peu probable car aussi dangereuse pour la cible que pour les tireurs ; puisqu’elle ne sera pas non plus le fruit d’un apaisement nord-sud alors que les conservateurs américains et sud-coréens à l’aise dans la succession des crispations qui figent la situation à leur profit, n’ont ni la patience, ni la générosité, ni la hauteur de vue du long terme, il resterait l’entremise de la Chine, sur qui les conservateurs ne cessent de faire pression pour qu’elle ferme les robinets logistiques, qui tiennent le régime sous perfusion.
Note : La photo montre un bombardier stratégique furtif B2 envoyé depuis les États-Unis survoler la péninsule coréenne le 28 mars 2013, lors de l’exercice annuel des forces conjointes baptisé « Fol Eagle ».

