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Pékin – Pyongyang
Mépris réciproque et intérêts stratégiques bien compris.
Mais Parry note que Victor Cha donne dans son livre « l’une des analyses les plus fines » des relations entre Pékin et Pyongyang. L’ancien conseiller de Bush montre en effet que compter sur Pékin pour faire plier le régime nord-coréen afin d’alléger les souffrances des populations, « est un vœu pieux ».
Pour l’ancien conseiller de G.W. Bush, les déclarations grandiloquentes des dirigeants chinois sur l’alliance indéfectible entre Pyongyang et Pékin aussi solidaires que « les lèvres et les dents 唇齿相依 - chunchi xiangyi - »,« ne reflètent pas la réalité des relations ». Celles-ci ont au contraire toujours été fondées sur « le mépris mutuel, corrigé par l’intérêt stratégique bien compris ».
Ce fut vrai pendant la guerre froide où Kim Il Sung a joué avec cynisme de la rivalité entre Pékin et Moscou ; et quand la Chine fit le bilan de la guerre de Corée qui détourna Mao de la reconquête de Taïwan, elle constata avec amertume non seulement que le conflit fut pour elle un marché de dupes stratégique, mais que les Coréens du Nord ne reconnaissaient même pas l’apport décisif des « volontaires chinois » qui évita à Kil IL Sung une catastrophe majeure. Victor Cha raconte aussi que lors des pourparlers à six, il a surpris les délégations chinoise et coréennes en train de s’invectiver copieusement à huis clos.
Pourtant, en dépit des méfiances réciproques et des rancœurs, la Chine n’a pas coupé le cordon ombilical qui maintient le régime en vie. Pour Cha, à côté des soucis de frontières qui, en cas d’effondrement de la machine nord-coréenne seraient submergées par des flots massifs de réfugiés, les Chinois ont des intentions pratiques et concrètes : Le commerce transfrontalier et l’extraction des ressources minières nord-coréennes à des conditions avantageuses, où la santé des mineurs est encore moins qu’ailleurs la préoccupation des investisseurs chinois. Cette manne vaut bien quelques envois de céréales et de carburant pour que la Corée ne s’effondre pas.
Parry note que Pyongyang et Pékin détestent cette situation qui les lie indéfectiblement l’un à l’autre. Tout « châtiment » que Washington ne cesse de réclamer à Pékin en stigmatisant le cynisme chinois qui n’a cure des souffrances du peuple coréen, signifierait la chute du régime que Pékin ne veut à aucun prix. C’est pourquoi, conclut Victor Cha, une coopération décisive de la Chine sur la question nucléaire est improbable. Quant à la Corée du Nord, sa vulnérabilité est aussi son assurance vie payée par la Chine. « Dans ces conditions, le dialogue à six ou toute forme de négociation qui concède à la Chine un rôle majeur relève de la perte de temps ».
La question coréenne homothétique du dilemme iranien.
Pour élargir le débat sur la vanité dangereuse des menaces militaires, Parry aligne quelques réflexions qui nous renvoient à la situation iranienne : Quelle raison aurait Pyongyang d’abandonner son programme nucléaire ? Chaque démonstration de force ou menace de sanctions, armes principales de la mouvance conservatrice à tendance belliqueuse qui, soit dit en passant, prédit la chute du régime Kim depuis 20 ans, est au contraire un argument supplémentaire pour se doter de la bombe nucléaire. Lors des pourparlers à Six, les négociateurs nord-coréens, moins fous qu’on le dit l’ont rappelé à Cha : « Vous avez attaqué L’Irak et l’Afghanistan parce qu’ils n’avaient pas l’arme nucléaire. Vous ne nous attaquerez pas et vous n’attaquerez pas l’Iran ».
Dès lors que ni la force, ni la diplomatie, ni la Chine ne sont en mesure d’apporter la solution capable de mettre in terme au régime carcéral et paranoïaque de Pyongyang, il ne reste plus qu’à s’en remettre à la stratégie imaginée par Kim Dae Jung que Washington n’a cessé de brocarder. Celle du temps long, des intentions cachées, des manœuvres obliques, des approches culturelles et commerciales, qui jour après jour sèment les graines de la liberté dans l’esprit du peuple.

