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›› Editorial

Dialogue de sourds à Singapour

Les intentions d’annexion et la sécurité de la Chine.

Le montage montre un châssis de missiles mobiles anti-aériens HQ-9 (HQ pour Hong Qi 红旗 – Drapeau rouge -), similaire au S.300 russe. L’installation des HQ-9 et l’atterrissage le 22 mai sur l’îlot Woody dans les Paracel d’un bombardier stratégique HK-6 fonde l’accusation américaine de militarisation des îlots. Selon Mattis, ces déploiements contredisent la promesse de Xi Jinping faite à D.Trump de ne pas installer des équipements militaires significatifs en mer de Chine du sud.


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S’il est vrai que les déclarations chinoises omettent de mentionner l’intention d’annexer toute la mer de Chine du sud exprimée par la « Ligne en 9 traits » que la plupart des pays de la région, à l’exception du Cambodge et du Laos considèrent comme une menace latente [3], l’argument de Lan Lianxing, ajoutant le critère de sécurité aux anciens prétextes culturels et historiques, mérite attention.

S’il est légitime de considérer comme l’a fait Florence Parly lors de son discours à Singapour, le 2 juin dernier, que le « fait accompli est inacceptable », il est également important de considérer que les positions chinoises sur les îlots se renforcent et qu’il est improbable que les missions de l’US Navy autour des îlots dans lesquelles Washington cherche à impliquer ses alliés, aient le moindre effet sur la détermination de Pékin.

Dans ce contexte, il faut s’interroger sur la pertinence de démonstrations de force à l’efficacité aléatoire dont la répétition risque de conduire à un incident militaire direct entre les marines américaine et chinoise.

Vanité de la force sans la diplomatie.

Depuis 2016, la marine américaine envoie ses navires de combat dans les eaux adjacentes des îlots élargis que Pékin considère, contre le droit de la mer, comme ses eaux territoriales. Croisant à l’intérieur de la limite des 12 nautiques, en vertu du « droit de passage innocent », les navires arborant un vaste drapeau américain exécutent une mission baptisée « Freedom of Navigation Operation – FONOP » - dont le général Mattis précise qu’elle est au profit de la communauté internationale pour affirmer le respect du droit de la mer. Aux États-Unis des voix, dont celles de l’Amiral D. Blair, ancien CINPAC, se sont élevées pour dénoncer la vanité de ces initiatives et mettre en garde contre les risques de dérapages.


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Au printemps 2015, QC analysait à ce sujet les réflexions et propositions de l’Amiral Dennis Blair (71 ans), ancien chef du « Pacific Command » au Pentagone (déjà mentionné plus haut : Mer de Chine du sud : au jeu de « Tape la taupe », la tension monte.).

Tout en affirmant que les Chinois prendraient un risque considérable en engageant le combat avec l’US Navy, l’Amiral Blair n’en jugeait pas moins irrationnelles les actuelles ripostes américaines consistant à systématiquement survoler les îlots des Spratly ou à croiser dans les espaces maritimes adjacents à mesure que Pékin modifie la structure des archipels pour définir les zones contigües et leurs abords aériens comme des espaces de souveraineté nationale.

Conscient que, plus que des travaux d’agrandissement des îles, les tensions dans la région se nourrissent du projet final, matérialisé par la « Ligne en 9 traits », d’annexion par Pékin de toute la mer de Chine du sud, l’Amiral Blair conseillait aux États-Unis de cesser de réagir ponctuellement à chaque nouvel élargissement au risque de provoquer un grave incident militaire.

Au lieu de quoi, il suggérait une vaste action politique militant pour une solution négociée avec tous les pays de l’ASEAN. Celle-ci prévoirait le partage des ressources, des accords sur les zones de pêche et la démilitarisation complète des archipels.

Compte tenu des positions arc-boutées du dialogue de sourds, adossé à un féroce nationalisme, posant lui-même un sérieux risque d’engrenage militaire, une telle évolution paraît aujourd’hui d’autant plus improbable que Pékin n’accepterait un dialogue qu’à la condition de négocier en bilatéral avec chaque État de la zone et sans l’intrusion de Washington. C’est bien dans ce type de cul-de-sac où menace la guerre que les diplomates devraient, parallèlement à la fermeté militaire, redoubler d’ingéniosité.

A cet effet ils devraient se souvenir que la culture de la zone privilégie souvent les apparences à la réalité et la fermeté de posture à des fins de politique intérieure ; que la longue mémoire de la Chine n’a pas oublié les humiliations infligées par l’Occident et le Japon au XIXe siècle ; qu’en Asie du Sud-est, les communautés chinoises ayant souvent apporté capitaux et agilité commerciale ont parfois suscité des rejets dans un contexte général, où pourtant, point commun de toute la zone, dominent le pragmatisme et la souplesse.

Songeant à cet environnement complexe et mouvant, les diplomates chargés de démêler les fils de l’écheveau pourraient se souvenir de la réflexion abrupte et laconique du Général De Gaulle quand, en 1963, alors qu’il préparait la reconnaissance de la Chine l’année suivante, il fut confronté au refus du Bundestag allemand de donner un sens d’indépendance stratégique franco-allemande au traité de l’Elysée : « Quand les Allemands disent non c’est non. Quand les Chinois disent non, ça commence ».

Notes :

[3Depuis le printemps 2016, inquiet des implications pour sa souveraineté autour du gisement de gaz de l’archipel des Natuna (272 îles, 100 000 habitant) posées par la « ligne en 9 traits » chinoise, Djakarta a abandonné sa traditionnelle prudence par laquelle elle se tenait éloignée des querelle territoriales avec la Chine.

Les actions les plus visibles furent le vote d’un budget de 34 millions de $ pour augmenter le nombre de troupes stationnées sur zone et améliorer les infrastructures de l’archipel afin d’accueillir des chasseurs de combat et des navires de guerre.

Le 18 juillet 2017, agacé par les réclamations chinoises affirmant que la « ligne en 9 traits » empiétait sur la ZEE indonésienne, Djakarta avait, entraînant les protestations de Pékin, rebaptisé sa zone économique exclusive, « Mer de Natuna septentrionale - North Natuna Sea -).

La décision s’appuyait sur le jugement de la Cour d’arbitrage de La Haye qui, en juillet 2016 avait statué qu’il n’existait aucune base juridique ou historique justifiant le réclamation chinoise sur toute la mer de Chine du sud. QC avait évoqué l’épisode. A Singapour le ministre indonésien de la défense n’a pas manqué de rappeler l’importance pour Djakarta des eaux autour de l’archipel des Natuna.


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