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›› Editorial

Dialogue de sourds à Singapour

Le discours du premier ministre indien Modi était empreint de poésie et de sagesse mettant l’accent sur le dialogue. Sa remarque sur la résolution par la négociation des conflits de frontières sur l’Himalaya a été appréciée par Pékin. Mais Modi a également fortement insisté sur le respect du droit international, critique directe adressée à Pékin.


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Ignoré par les médias nationaux, le samedi 2 juin dernier à Singapour, à l’occasion du « dialogue de Shangri-La » organisé par l’Institut International d’Etudes Stratégiques (IISS), le Général Ryamizard Ryaculu, ministre de la défense de Djakarta qui s’exprimait dans un Anglais hésitant, coloré d’un très lourd accent « bahasa indonesia » se lamentait sans comprendre - « It makes no sens » répétait-il sans cesse – à propos des récents attentats aveugles ayant secoué son pays dont le plus terrifiant fut celui du 13 mai, quand une famille de Surabaya à l’Est de Java, se fit exploser dans 3 églises, le père dans la première, deux fils de 18 et 16 ans dans une 2e et la mère et ses 2 filles de 9 et 11ans dans la 3e, tuant au total 12 fidèles et en blessant 41 autres.

La menace terroriste encore mal identifiée.

Le 13 mai 3 églises de Surabaya ont été victimes d’attaques terroristes suicides, perpétrées par un couple de fanatiques musulmans et ses 4 enfants.


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Pourtant, bien que les risques de terroristes pèsent sur toute la région, articulés aux mêmes causes – le 22 mai un article du New-York Times attribuait entre autres la flambée indonésienne aux réactions locales des partisans de l’Etat Islamique vaincu au Moyen Orient – le discours du ministre indonésien fut le seul à aborder la lutte contre le terrorisme de cette manière douloureuse et concrète, stigmatisant les égarements incohérents des Islamistes.

S’il est vrai que Florence Parly, ministre de la Défense français, rappelant les agressions contre la France depuis novembre 2015, souleva à propos de l’Afghanistan le rôle de commanditaires extérieurs à la région, la vérité est qu’à Singapour, la question terroriste fut en général évoquée par le biais de généralités abstraites.

Uniquement articulées à la solidarité obligée à propos de laquelle tout de monde est d’accord, elles étaient en tous cas éloignées du réalisme opérationnel d’où était absente toute allusion au développement dans la région des réseaux islamistes connectés au Moyen Orient ou aux effets des prêches extrémistes sur l’intolérance religieuse des esprits faibles dans une région qui compte - Inde comprise - plus d’un milliard de pratiquants de la religion de Mahomet soit 62% des Musulmans du Monde.

Question Chine avait rappelé ces réalités à l’occasion d’un article sur les sommets de l’APEC et de l’ASEAN à Kuala Lumpur en novembre 2015. Lire : Le poids de la menace terroriste.

En réalité, la 17e session du « Shangri-La dialogue » – où fait exceptionnel – en plus du Premier Ministre Indien Narendra Modi, seul chef de gouvernement présent avec Halimah Yacob, président de Singapour, on comptait 17 ministres de la défense en exercice [1] fut, plus que les années précédentes, le théâtre de la rivalité sino-américaine exacerbée par les deux foyers de tensions que sont la Corée du Nord et la Mer de Chine du Sud.

Au paroxysme de la rivalité sino-américaine.

La ministre française Florence Parly a noté que contrairement au titre de la conférence qui spéculait sur le dialogue, « rising the bar of regional security » la région présentait au contraire les symptômes d’une féroce compétition entre la Chine et les États-Unis. Alignée sur les positions de Washington défendant le droit international en mer de Chine du sud, elle s’est élevée contre le « fait accompli ». Sans la citer, elle a accusé la Chine ne de pas mettre en œuvre les sanctions contre Pyongyang avec rigueur. Elle s’est également interrogée sur les intentions cachées de la double invitation de Kim Jong-un en Chine après le dégel Washington-Pyongyang.


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A dix jours de la rencontre dans la Cité État entre D. Trump et Kim Jong-Un, l’arrière-plan de l’apaisement recèle plus que jamais sont lot d’intentions cachées et de crispations. Certaines d’entre elles ont été rappelées par Florence Parly dont le discours - aligné sur la position américaine de respect du droit international et de rejet du fait accompli en mer de Chine du sud -, a souligné sans nommer personne, les ambiguïtés chinoises bien connues dans l’application des sanctions contre Pyongyang (« il semble que des bateaux citernes nord-coréens ont des rendez-vous nocturnes avec des “tankers“ d’un pays inconnu »).

La Ministre française a aussi stigmatisé ceux qui, des deux côtés du Pacifique, attisent les flammes des tensions, tout en se réjouissant des contributions de ceux qui les apaisent. Et, toujours, sans nommer personne, elle s’est interrogée sur la part d’intentions cachées dans le ballet diplomatique entre Pyongyang et Pékin après le premier dégel entre D. Trump et Kim Jong Un du mois de mars.

Sur la question de la péninsule coréenne, le général Mattis secrétaire d’État américain, a clairement éventé les intentions chinoises de lier l’apaisement et la dénucléarisation au retrait des troupes américaines. « La présence militaire entretenue par Washington en Corée du sud, a t-il martelé, était le résultat d’un accord avec Séoul et ne saurait en aucun cas être lié aux négociations avec Pyongyang. »

Enfin, le sujet sur lequel la position américaine a, avec plus ou moins de force, reçu l’appui de plusieurs pays de la région – dont la France, la GB, le Vietnam, les Philippines, et surtout le premier ministre indien qui, émaillant son discours de proverbes en Hindi articulés à la longue sagesse indienne pour promouvoir le dialogue sur la question des frontières contestées avec la Chine, y compris sur les hauteurs de l’Himalaya, fut celui du respect du droit international et de la Convention de Montego Bay que Pékin ignore, militarisant les îlots contestés de la Mer de Chine du sud, après les avoir bétonnés et élargis.

Notes :

[1Dans l’ordre des interventions : Général James Mattis, États-Unis, Song Youngmoo, Corée du Sud, Itsunori Onodera, Japon, Harjit Singh Sajjan, Canada, Général Ngo Xuan Lich, Vietnam, Général Ryamizard Ryacudu, Indonesie, Dr Ng Eng Hen, Singapour, Dr Khalid bin Mohammed Al Attiyah, Qatar, Major General Delfin Lorenzana, Philippines, Dr Ursula von der Leyen, Allemagne, Florence Parly, France, Gavin Williamson, Royaume Uni.


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