Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Chine - monde

Effervescences nationalistes aux approches de la Chine

Main basse sur un minéralier

Le 19 avril, dans le port de Majishan (Zhejiang), suite à un conflit juridique vieux de 50 ans, et conformément au jugement d’un tribunal de Shanghai, les autorités portuaires chinoises ont ordonné la saisie du minéralier japonais Baosteel Emotion propriété de l’armateur Mitsui OSK Lines Ltd. Mais l’affaire qui n’est pas un litige ordinaire, renvoie à la deuxième guerre mondiale et, de ce fait, elle exhume des rancoeurs anciennes qui se trouvent à la source sulfureuse des querelles entre Tokyo et Pékin.

La genèse de l’incident remonte à 1936 quand l’armateur japonais Daido Kaiun prédécesseur de Mitsui avait réquisitionné deux navires appartenant à la compagnie chinoise Chung Wei qui furent ensuite perdus en mer. 28 ans plus tard, Chung (ou Zhong) Wei avait tenté d’obtenir réparation en portant sans succès l’affaire devant un tribunal japonais.

En 1980, Zhong Wei obtint gain de cause devant une juridiction chinoise, tandis que Mitsui se défendait en affirmant que la Chine avait renoncé à ses droits à réparation lors du rétablissement des relations diplomatiques en 1972. Pourtant en 2007, un tribunal de Shanghai condamnait Mitsui à payer 28,3 millions de $, tandis que les recours en appel des Japonais étaient systématiquement rejetés.

Visant peut-être à forcer un assouplissement de la position japonaise sur la question des Diaoyutai (Senkaku) et à riposter contre la visite de Shinzo Abe au temple Yasukuni le 26 décembre dernier, la manœuvre qui, en contradiction avec les accords de 1972, consiste à raviver les dommages de guerre pour faire pression sur les intérêts économiques Japonais en Chine est une première. Elle fait peser une inconfortable menace sur les nombreuses compagnies nippones qui, parmi les 23 000 opérant sur le sol chinois sont héritières de la guerre. Mais il est évident que la stratégie de harcèlement est à double tranchant.

Les autres attaques légales envisagées (contre un autre armateur, pour les mêmes raisons et contre une série de sociétés dont le géant Mitsubishi, toutes accusées d’avoir exploité des enfants pendant la guerre) pourraient en effet gêner les relations d’affaires bilatérales - plus de 300 Mds d’échanges commerciaux annuel - et, du coup, par ricochet heurter les intérêts chinois. La Chine de son côté nie toute manœuvre oblique, affirme respecter les accords de 1972, mais rappelle qu’elle « défendra ses intérêts chaque fois que nécessaire ».

Pour Qin Gang, porte parole du Waijiaobu, l’affaire n’était qu’un simple différend commercial. Pour l’instant l’armateur chinois a obtenu gain de cause. Mitsui a payé 28 millions de $ et le Baosteel Emotion a été autorisé à reprendre la mer le 24 avril, 5 jours après sa saisie. Mais l’affaire n’est peut-être pas close.

La partie chinoise dit avoir été mal compensée et souhaite qu’on prenne en compte les intérêts qui courent depuis la fin des années 30, tandis que les activistes espèrent d’autres compensations. Les Japonais ont réagi en précisant que la somme payée représentait près de 50% de la valeur du minéralier (65 millions de $).

A Tokyo, l’affaire, considérée comme un précédent fâcheux est prise très au sérieux. 9 parlementaires avec à leur tête Masahiko Komura ancien ministre des Affaires étrangères et vice-président du Parti libéral démocrate au pouvoir, effectuaient une visite de bons offices dans la semaine du 5 au 9 mais au cours de laquelle ils se sont entretenus avec Tang Jiaxuan, ancien ministre des AE et furent reçus par Zhang Dejiang, président de l’Assemblée nationale et n°3 du régime, puis par Yu Zhengsheng, le n°4, président de l’Assemblée Consultative du Peuple Chinois. Selon le South China Morning Post, il s’agissait de préparer une rencontre entre Xi Jinping et Shinzo Abe lors du sommet de l’APEC les 10 et 11 novembre prochains à Pékin.

Postures martiales américaines à Tokyo et Manille

Quatre jours à peine après la mise sous séquestre du minéralier japonais à Majishan, le président des États-Unis entamait une tournée en Asie dont les arrières pensées semblaient clairement sous-tendues par la volonté de faire pièce aux intimidations chinoises contre Tokyo et ses alliés de l’ASEAN.

Arrivé à Tokyo le 23 avril, en pleine polémique sur les compensations de guerre réclamées à Mitsui OSK Lines Ltd, le chef de la Maison Blanche réaffirmait lors d’une conférence de presse tenue le lendemain avec Shinzo Abe que la querelle des îles Senkaku entrerait dans le domaine des accords de sécurité entre Tokyo et Washington si un conflit éclatait avec la Chine. Auparavant il avait tout de même pris soin de préciser que l’escalade militaire serait une grave erreur.

Le 28 avril, le président américain était à Manille, dernière étape de son voyage où les controverses avec la Chine ont pris un tour sévère. Après avoir rappelé l’accord de sécurité de 1951 qui garantit une protection américaine contre une agression extérieure, Obama et Begnino Aquino ont signé le jour même de l’arrivée du président des États-Unis un amendement qui autorise pendant 10 années la présence renforcée d’unités militaires américaines dans l’archipel. L’étape a donné lieu à des échanges acrimonieux entre Pékin et Washington et soulevé des protestations des opposants philippins à la présence américaine dans l’archipel.

Raidissement chinois

Aux mises en garde de la Maison Blanche contre l’usage de la force en Mer de Chine du sud, la direction chinoise a vertement répondu par un éditorial du China Daily publié le 29 avril, par lequel l’auteur accusait les États-Unis d’hostilité anti-chinoise visant à contenir l’influence de la Chine dans la région. Critiquant le double langage des promesses séduisantes non tenues par Washington, il qualifiait la réalité géopolitique de « menaçante », tandis que la conclusion exprimait l’une des diatribes les plus sérieuses et les plus claires exprimées récemment contre la Maison Blanche : « en renforçant son alliance avec des perturbateurs, les États-Unis deviennent eux-mêmes une menace pour la Chine ».

Photo : Le minéralier japonais Baosteel Emotion. 226000 tonnes, longueur 320 m. Saisi par les autorités chinoises du 19 au 24 avril 2014. Libéré le 24, contre un paiement de 28 Millions de $.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

Chine – États-Unis. Postures, escarmouches et guerre de tranchées. Genèse des contrefeux antichinois

« Nouvelles routes de la soie ». Point de situation

Face à Pékin, la solidarité hésitante de l’Europe

Mohammed Ben Salman, la Chine, l’ONU, Masood Azhar, l’Asie du sud et l’Iran

Les longues stratégies chinoises dans l’Arctique