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›› Chronique

En Corée, la Chine inquiète des risques de guerre et excédée par Pyongyang, tente de revenir dans le jeu par Séoul

Naissance d’un sentiment d’urgence.

Le 12 décembre lors du forum sur la Corée du nord de « l’Atlantic Council » Rex Tillerson a laissé planer l’idée d’une négociation avec la Corée du nord avant de confirmer quelques jours plus tard que Pyongyang devait d’abord s’abstenir durablement de nouvelles provocations. La département d’État rajoutait que les pressions sur la Corée du nord seraient poursuivies jusqu’à la dénucléarisation de la péninsule.


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Quel que soit l’angle de vue, la puissance des positions arc-boutées produisant un cul-de-sac, l’importance des zones d’ombre et l’opacité du régime nord-coréen dont les intentions et la situation ne sont pas connues, justifient le nouveau climat international propice au lancement d’un dialogue, non pas pour ne parler que « du temps qu’il fait » selon la boutade de Tillerson, mais, à tout le moins, pour réduire l’épaisseur des ténèbres.

Pour les promoteurs d’une rencontre Pyongyang et Washington, le but initial, en dehors de tout objectif stratégique concernant les programmes nord-coréens, serait en effet de réduire les incompréhensions pour tenter de sortir de l’enchaînement toxique et hautement dangereux des provocations – sanctions – échanges de menaces ponctués de tests balistiques et nucléaires à quoi répondent les « bruits de ferraille » américains accumulant sur la péninsule d’innombrables risques d’incidents qui sont autant d’explosifs pouvant, par contagion, dégénérer en un conflit direct.

Tel était le sens de l’intervention de Tillerson le 12 décembre au forum de l’Atlantic Council. Si lui aussi ne perd pas de vue la dénucléarisation dont il faut répéter qu’elle est aussi l’objectif de Pékin, il estime qu’il est urgent de dépasser les blocages empêchant même d’entretenir des canaux de contacts.

Le 15 décembre à l’ONU, il a clarifié ce point après avoir rappelé que Washington ne se laisserait pas imposer par d’autres – comprendre Pékin – les conditions d’un dialogue avec Pyongyang qui, de son côté, « doit » a t-il précisé « durablement cesser ses provocations » (…) « nos canaux restent ouverts, les Nord-coréens les connaissent ; ils peuvent les contacter quand ils le souhaitent ».

A quoi la porte-parole du Département d’État a ajouté que la communication entre Pyongyang et Washington « à ne pas confondre avec une négociation », était d’autant plus cruciale qu’elle servait à « mesurer l’effet des sanctions et à éviter toute erreur de jugement ».

En même temps, Antonio Guterres, secrétaire général des NU a considéré la situation en Corée du Nord comme la crise la plus dangereuse de la planète et, sans nommer Washington, mis en garde contre les risques des « rhétoriques agressives » insistant lui aussi sur la nécessité d’ouvrir des « canaux de communication avec Pyongyang », condition essentielle pour « tenir à distance les dangers d’escalade fatale ».

L’intervention du Secrétaire Général venait après la mission conduite à Pyongyang au début novembre par l’Américain Jeffrey Feltman, diplomate de carrière, ancien ambassadeur au Liban et ancien assistant de Hillary Clinton, devenu Secrétaire général adjoint pour les affaires politiques à l’ONU.

Première mission officielle des Nations Unies depuis 2011, le voyage qui dura 4 jours et demi dans la capitale nord-coréenne, donna lieu à de longs échanges – 15 heures de réunion selon Feltman - avec le ministre des Affaires étrangères Ri Yong-ho. Selon Feltman, elle a avant tout révélé les risques de malentendus et de dérapage militaire dus à une grande défiance et à l’absence totale de communication.

« Le soupçon et la crainte », dit Feltman, font que, « dans leur esprit, à court terme, leur seule solution de sécurité est la dissuasion, plutôt que la diplomatie ». Cette remarque recoupe une déclaration faite à CNN en octobre dernier par un officiel nord-coréen pour qui « l’arme nucléaire, témoin de la capacité de riposte de Pyongyang, était le préalable indispensable à la diplomatie ».

Les hésitations de Washington.

Début novembre, l’Américain Jeffrey Feltman, Secrétaire général adjoint pour les affaires politiques à l’ONU a effectué une mission d’enquête à Pyongyang où il a rencontré le ministre des Affaires étrangères Ri Yong-ho. Il en est revenu avec 1) le sentiment que Pyongyang était attentif à ses arguments ; 2) l’impression de vastes malentendus et incompréhensions qui sous tendent l’obsession du nucléaire militaire d’un régime craignant pour sa sécurité ; 3) l’urgence d’ouvrir un dialogue direct.


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Pour Washington, c’est là que le bât blesse. La condition des négociations serait que la Corée du Nord fasse la preuve de sa bonne foi et parvienne à rassurer les Américains sur un sujet et par un moyen dont on voit bien qu’aujourd’hui dans l’exécutif américain les contours ne sont plus très clairs.

Dès lors que le régime refuse de négocier son arme nucléaire à laquelle il est précisément parvenu en dissimulant ses programmes aux inspecteurs de l’AEIA tout en acceptant les programmes d’aide pour un nucléaire civil [3] les uns s’interrogent sur l’utilité d’une négociation et, partant, les moyens d’un retour de confiance.

Les autres, tels Tillerson qui sont sur la même ligne que le Secrétaire Général Guterres et Feltman, considèrent que, sans préjuger de la suite d’un dialogue, l’urgence immédiate pour éviter un malentendu et une escalade catastrophiques est d’établir un contact pour dissiper les ténèbres et les dissentiments.

Donnant une interview à Christiane Amanpour de CNN, Feltman a cependant voulu exprimer un optimisme mesuré en signalant que les Nord-coréens avaient, lors des rencontres, été attentifs, concentrés et apparemment préoccupés de comprendre l’état d’esprit du monde à leur égard. « j’ignore s’ils accepteront quoi que ce soit, mais ils ont écouté avec attention les raisons pour lesquelles la communauté internationale était si inquiète ».

A Pékin, en dépit de l’habituelle placidité des porte-paroles prolongeant l’apparente sérénité du ministre des Affaires étrangères Wang Yi cherchant à donner l’impression que la Chine peut jouer les médiateurs, l’état d’esprit n’est clairement plus à l’optimisme.

Examinant les hésitations américaines sur les solutions à la crise exposées plus haut, le sentiment qui domine est l’inquiétude, en même temps que celui d’avoir perdu le contrôle de la situation.

Notes :

[3A partir de 1995 la Korean Energie Development Organization (KEDO) financé par la communauté internationale avait entrepris la construction de deux réacteurs nucléaires à eau légère de 1000 mégawatts. En 2002, Washington avait gelé sa participation en accusant Pyongyang de développer un programme clandestin d’enrichissement d’uranium. En 2003 Pyongyang quittait le traité de non prolifération. Un an plus tard le projet était mis en sommeil puis définitivement arrêté en mai 2006. Le premier test nucléaire eut lieu le 9 octobre 2006. L’année suivante Pyongyang affirmait son statut de puissance nucléaire.


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