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›› Chronique

En Corée, la Chine inquiète des risques de guerre et excédée par Pyongyang, tente de revenir dans le jeu par Séoul

L’inquiétude affichée de Pékin.

Des discussions seraient en cours à la demande de Moon Jae-in pour retarder les exercices conjoints du printemps après le 18 mars, date de la fin des JO d’hiver. Si la manœuvre réussissait ce serait une petite victoire pour la Chine qui milite pour un moratoire des manœuvres. Son succès dépend cependant des réactions de la mouvance conservatrice à Séoul et Washington.


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Le 14 décembre, Xinhua, revenant sur l’ouverture exprimée par Tillerson du 12 décembre, donnant le sentiment d’une divergence entre le Secrétaire d’État et le Président, approuvait la condition exprimée par Tillerson qu’un dialogue ne pourrait s’engager que si Pyongyang cessait ses tests.

Analysant les tâtonnements américains, l’agence de presse chinoise reprenait les deux hypothèses de Dan Mahafee, vice-président et directeur politique du Centre d’études sur la Présidence et le Congrès : « au pire il s’agit d’une rupture fondamentale entre Tillerson et le Président, au mieux nous sommes en face de la stratégie du “bon et du mauvais flic“ par laquelle le Département d’État poursuit ses efforts pour aboutir à un dialogue pour sortir pacifiquement de la crise, tandis que la Maison Blanche augmente ses pressions sur Pyongyang ».

Dans sa conclusion, Xinhua, voulant faire preuve d’optimisme, reprenait l’appréciation de Dan Mahafee spéculant plus sur l’hypothèse optimiste d’une stratégie concertée de l’exécutif américain, où dit-il « nombreux sont ceux au sein de l’équipe de sécurité du président conscients de la puissance destructive d’un conflit avec Pyongyang ».

Il reste que, rapporté par le South China Morning Post, le fond du pessimisme chinois est exprimé par plusieurs chercheurs et militaires à la retraite qui, constatant les impasses entre Washington et Pyongyang, commencent à exprimer clairement leur crainte d’un conflit.

Le 16 décembre, parlant à une conférence sur la crise coréenne, Wang Hongguang, ancien commandant en second de la région militaire de Nankin mettait en garde contre les risques d’une guerre imminente sur la péninsule, alors que l’alliance conjointe sino-coréenne préparait à nouveau ses grandes manœuvres annuelles en mars prochain.

Shi Yinhong, chercheur à Renmin et conseiller du gouvernement, renchérissait en expliquant que les risques de guerre n’avaient jamais été plus élevés depuis l’armistice. Il regrettait que l’éventualité de la guerre ou de la paix repose uniquement sur Donald Trump et Kim Jong-un.

Yang Xiyu, membre éminent de l’Institut Chinois des relations internationales (中国 国际 问题 研究所) du ministère des Affaires étrangères, constatait que dans le face à face entre Washington et Pyongyang, Pékin qui n’avait aucune influence sur la situation, n’avait même plus voix au chapitre. A l’université de Nankin encore, le professeur Zhu Feng accusait l’exécutif chinois de « faire l’autruche » et d’ignorer les risques de guerre. « Dans un contexte où Pékin avait perdu son influence – ce qui affaiblissait son statut international - et où, par ailleurs, Kim Jong-un avait humilié Pékin en refusant de recevoir l’envoyé du parti communiste Song Tao », il était urgent de se ressaisir.

Si dans l’opacité des tractations entre Pékin et Pyongyang, il est difficile d’apprécier la réalité de l’impuissance chinoise, l’inquiétude en revanche, s’exprime par le branle-bas décidé par le régime dans le nord-est, par les provinces limitrophes de la Corée du Nord. Il y a une semaine, le Quotidien du Jilin 吉林日报 publiait en pleine page des consignes à la population en cas d’attaque nucléaire.

Pékin manoeuvre au sud de la péninsule.

Article paru dans le quotidien du Jilin édité par le Parti. A droite le titre 核武器常识 及其 防护 propose des notions de base sur les armes nucléaires et les moyens de s’en protéger. A gauche, la planche de dessins rappelle les mesures à prendre pour évier une contamination radiologique. Fermer hermétiquement les issues ; porter un masque ; boire de l’eau filtrée.


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Dans cette situation de fortes angoisses où monte la crainte d’un conflit dont Kim Jong-un dit qu’il sera nucléaire, vient cependant de s’allumer une fragile lueur d’espoir.

Faisant suite aux pressions militaires exercées par Washington, elle est née du sentiment d’urgence s’emparant de quelques grands acteurs y compris à Washington et à l’ONU qu’un dialogue sans conditions préalables ne préjugeant pas des objectifs de la négociation, mais uniquement destiné à purger les scories des malentendus et des méfiances, est devenu absolument nécessaire.

Autre indice poussant à un optimisme mesuré, probable résultat des conversations entre Xi Jinping et Moo Jae-in, Séoul et Washington discutent aujourd’hui à la demande sud-coréenne du possible report des grandes manœuvres de leur alliance conjointe prévues au printemps prochain.

Si le report était décidé, les exercices Key Resolve - exercice de cadres sur informatique - et Fol Eagle - déploiements réels d’unités venant des États-Unis avec celles stationnées dans la péninsule rassemblant au total plus de 300 000 hommes et des moyens militaires de dernière génération tels les chasseurs furtifs et le porte-avions Carl Vinson), auraient lieu après les jeux olympiques d’hiver organisés à Pyongcheang en Corée du sud du 9 février au 18 mars, date de clôture des jeux paralympiques.

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En réalité, en Corée du Sud, la présidence aux prises avec les lobbies pro-américains et liés au complexe militaro-industriel soucieux de ne jamais donner le sentiment d’une capitulation face à Pyongyang, avance, sous l’influence de Pékin, sur une piste très étroite face à une opinion publique partagée entre la ferme volonté de se défendre contre les provocations nord-coréennes et la peur d’un conflit.

Tel est le contexte acrobatique où l’héritier de Kim Dae-jung, espérant tirer profit de la trêve olympique, tente de relancer la politique d’embellie étouffée en 2003 par la sortie de Pyongyang du traité de non prolifération. L’épisode signale aussi la manœuvre de Pékin qui, ayant peut-être perdu son influence sur Pyongyang, tente de revenir dans le jeu par le biais de Séoul. Les craintes ambiantes d’un malentendu né de l’accumulation des forces militaires autour de la Corée du nord pouvant pousser Pyongyang à la faute d’une agression directe, préventive jouent en faveur du président coréen.

Mais rien n’est gagné. Il a en face de lui la très puissante vieille garde de l’alliance et des militaires, dont les représentants sont présents dans les exécutifs de Washington et de Séoul, arc-boutés non sans raison à la réalité de la menace. Même s’ils acceptent un moratoire pour la durée des jeux, leur intention est que, contrairement à l’idée chinoise et peut-être à celle de Moon, les exercices conjoints reprennent le plus vite possible.

Pour les optimistes dont il a été question tout au long cette analyse, la « fenêtre » est donc étroite. La bonne nouvelle est qu’elle existe.


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