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Explosion de violences anti-chinoises au Vietnam

La « ligne en 9 traits » et le grignotage de la mer de Chine

A l’origine, la revendication globale sur la quasi totalité de la mer de Chine exprimée par la « ligne de base en 9 traits » de Pékin dont l’origine remonte à 1947, mais qu’aucune instance juridique internationale n’a jamais reconnue et que plusieurs pays riverains ont rejetée, y compris l’Indonésie qui pourtant n’a aucun litige territorial avec la Chine. A quoi s’ajoutent l’appropriation rampante des îles Paracel dès 1947, achevée par une action de vive force de la marine chinoise en 1974, suivie en 1988 de la conquête militaire qui coûta la vie à 64 marins vietnamiens, des Îlots Johnson dans l’archipel des Spratly également revendiqué par Taïwan, les Philippines, la Malaisie et Brunei.

Alors que Hanoï n’a jamais reconnu la souveraineté chinoise sur les îles Paracel et nie que leurs abords où CNOOC a déployé sa plateforme, puissent être contrôlés par Pékin, la Chine a récemment accéléré sa stratégie de « grignotage » par les « zones contigües » autour des îlots sur lesquels elle affirme sa souveraineté. En janvier 2014 l’administration de Haïnan a en effet publié une nouvelle régulation sur les pêches vivement rejetée par le Vietnam, appliquée à une zone qui couvre une superficie voisine de 2 millions de km2, soit près de 60% de la surface de la mer de Chine du sud.

« L’étage supérieur » de la rivalité sino-américaine

Mais ces guérillas territoriales à l’œuvre depuis plus de 30 ans s’inscrivent aussi dans la rivalité sino-américaine de l’étage supérieur exacerbée depuis la décision américaine de basculer son épicentre stratégique vers le Pacifique Ouest, que Pékin interprète comme un défi public à son influence dans la zone. Dès lors, l’incident de la plateforme pétrolière agitée comme un chiffon rouge sous le nez de Hanoï, pourrait avoir été imaginé comme une réponse aux mises en garde américaines de plus en plus musclées.

Déclenchée après la visite en Chine du Secrétaire d’État américain à la défense Chuck Hagel qui donna lieu à des mises au point sans nuance et très martiales du ministre chinois Chang Wanquan, la provocation chinoise, mise en scène par le truchement du n°1 chinois offshore - dont le Waijiaobu explique qu’il se livrait à une opération de routine dans des eaux chinoises -, suivait immédiatement la tournée en Asie de Barack Obama.

En réponse aux postures guerrières du Pentagone avec les Philippines et le Japon, le message chinois semble dire en substance que Pékin ne cèdera pas aux menaces et que la Chine passera outre ce qu’elle considère comme une tentative pour freiner sa montée en puissance et limiter son influence dans la zone.

Les militaires américains et l’US Navy indésirables dans la zone

Dans la rivalité d’influence sino-américaine qui se joue en Asie, Pékin met l’administration Obama et son discours de neutralité à propos des querelles territoriales au pied du mur. En substance : « puisque vous dites que seule la liberté de navigation vous importe, la querelle à propos des Paracel qui est un conflit territorial, ne vous concerne pas ».

Plus généralement, la provocation s’inscrit dans la stratégie chinoise de marginalisation des États-Unis dans la zone et - ce qui n’est pas sans risque - obligera la Maison Blanche à imaginer une réaction pour ménager sa crédibilité auprès des pays de l’ASEAN qui, mis à part Manille et Hanoï, se tiennent dans une prudente expectative.

A l’appui de l’hypothèse d’une manœuvre chinoise dirigée contre Washington, d’abord évoquée par Carl Tayer dans un article publié dans « The Diplomat » du 12 mai [1], Peter Lee chroniqueur des affaires stratégiques qui analyse régulièrement les trajectoires conflictuelles entre Pékin et Washington pour Asia Times, examine les réactions du porte parole du Waijiaobu les 12 et 13 mai derniers.

Tout en affirmant la volonté de Pékin de négocier et d’adopter un code de conduite en mer de Chine du sud avec les pays riverains, Hua Chunying rappelle que les querelles territoriales doivent être réglées par des négociations bilatérales entre les pays concernés, sans intervention de l’ASEAN ou des Etats-Unis. Et quand la Chine est accusée de « provocation », il répond que les tensions se nourrissent d’abord des initiatives américaines qui incitent les pays riverains à se durcir contre Pékin.

Photo Une usine taïwanaise de cycles incendiée le 14 mai dans la ville de Di An Town, province de Binh Duong. Les intérêts taïwanais que les émeutiers ont confondu avec ceux de Chine, ont payé un lourd tribut

Notes :

[1Dans le même article Tayer cite - révélées par des diplomates en poste à Pékin - les réactions initiales de CNOOC très hostiles à la manoeuvre de la plateforme, techniquement inutile et financièrement très coûteuse. S’ils étaient exacts ces témoignages contrediraient la thèse d’une opération de routine et confirmeraient celle de la provocation.


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