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Explosion de violences anti-chinoises au Vietnam

Le Pentagone « fauteur de troubles »

Cette partition a été rejouée le 15 mai à Washington lors de la visite du général Fang Fenghui, chef de l’état-major général de l’APL, 4e plus haut gradé de l’APL, venu rencontrer le général Dempsey, à la tête du comité des chefs d’état-major américain. Commentant le déploiement de la plateforme par CNOOC, Fang a rejeté la responsabilité des incidents sur Hanoï et répété que la Chine n’était pas prête à céder un pouce de son territoire, avant d’expliquer que la bascule stratégique américaine vers l’Asie décidée par l’administration Obama avait encouragé le Japon, les Philippines et le Vietnam à affronter Pékin.

Le 17 mai, Xinhua publiait une dépêche faisant état de pourparlers avec des émissaires vietnamiens à Pékin. Mais la position chinoise sur la souveraineté et les responsabilités de Hanoï restait inchangée. La plateforme se trouvait dans les eaux chinoises à 17 nautiques des Paracel et à 150 nautiques à l’est des côtes du Vietnam et il appartenait au Vietnam de contrôler les violences de sa population.

Les effets imprévus de la provocation chinoise

Il reste que la provocation chinoise dont Pékin n’avait probablement pas anticipé les conséquences brutales aggravées par un lourd bilan humain qui mettent aussi le Vietnam en porte à faux vis à vis des donneurs d’ordres industriels et des pays d’Asie touchés par les émeutes, ont placé les relations sino-vietnamiennes à un niveau catastrophique jamais vu depuis 1979. La violence de la réaction vietnamienne qui suit celle de Manille au tribunal du droit de la mer, constitue peut-être un sérieux obstacle à la stratégie de grignotage chinoise.

Le 11 mai, 48 heures avant le début des pillages au Vietnam, les ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN réunis à Naypyidow au Myanmar avaient, dans un rare communiqué commun séparé de la déclaration finale, appelé à la mesure et exhorté les protagonistes à ne pas prendre d’initiatives pouvant menacer la paix.

La suite des réunions de l’ASEAN notamment celles sur la sécurité prévues au mois de mai (des ministres de la défense à Naypyidow au Myanmar du 19 au 21 mai ; et de l’ARF (ASEAN Regional Forum)- sur la sécurité maritime les 22 – 23 mai en Indonésie et les 28 – 29 mai à Manille) permettront de mesurer l’évolution de la situation et les perspectives d’apaisement. Le 25e sommet de l’ASEAN + 3 (Chine, Japon, Corée du Sud) avec les Etats-Unis, l’Australie et l’Inde aura lieu 9 au 11 novembre au Myanmar, en même temps que le sommet des ministres de la défense.

Une certitude : les violents dérapages observés au Vietnam obligeront chacun à ajuster ses positions. Les futures réunions de l’ASEAN et de l’ARF permettront de prendre la mesure des progrès. Il est cependant impossible que Pékin accepte de prendre en compte les revendications vietnamiennes sur les Paracel. Le mieux que Hanoi puisse espérer est un développement partagé des ressources.

Mais les tensions subsisteront tant que Washington et Pékin n’auront pas réussi à trouver un modus vivendi entre les irréductibles obsessions territoriales chinoises et le désir d’influence et de sécurité globale des Américains que la Maison Blanche et le Pentagone considèrent comme la condition de la défense des Etats-Unis.

Photo Le 15 mai, en pleine effervescence anti-chinoise au Vietman, le Général Fang Fenghui n°4 de l’APL et le général Dempsey président du comité des chefs d’état-major américain ont tenu une conférence de presse au Pentagone. Pour Fang, l’activisme militaire américain en mer de Chine est un facteur de troubles.

Lire aussi :
- Les embarras compliqués de la puissance chinoise.

- Querelles sino-vietnamiennes. Rivalités des frères ennemis et enjeu global.

Mise à jour le 20 mai

4 bateaux affrétés par la Chine pour évacuer ses ressortissants sont arrivés le 19 mai à Vung Ang dans la province de Ha Tinh où ont eu lieu les plus violentes attaques contre des intérêts chinois. Selon les autorités chinoises 3000 expatriés ont déjà été évacués après les violences des 13 et 14 mai. Xinhua précise sans donner de détails que 16 personnes très gravement blessées ont été rapatriées en Chine par voie aérienne.

Le retour en Chine des expatriés a eu lieu alors que Pékin a établi une zone d’exclusion de 3 nautiques autour de la plateforme de CNOOC à proximité des Paracel pour la protéger des harcèlements des navires vietnamiens qui tentent de stopper les opérations de forage.

Si l’agence Xinhua a rendu compte des opérations d’évacuation après les émeutes, tandis que le 20 mai le China Daily publiait un long reportage commenté des violences avec photos des fugitifs chinois vers le Cambodge ou arrivant en Chine, on ne peut que remarquer l’absence de précisions sur le bilan humain des révoltes.

Officiellement la Chine reconnaît 2 tués et « plus de 100 blessés » (Xinhua 19 mai). Mais Reuter et Radio Free Asia, reprenant les témoignages d’un médecin vietnamien avaient d’abord fait état d’au moins une vingtaine de morts. Mais, en l’absence de confirmation officielle de Pékin ou de Hanoi, ils ont cessé de relayer l’information.

La même omerta existe au Vietnam où il est évident que les émeutes d’abord organisées par le pouvoir ont échappé à leurs mentors au point de saccager des intérêts singapouriens, taïwanais japonais ou sud-coréens.

Un débordement que certains attribuent non pas à une colère anti-chinoise mais à de lourds ressentiments d’ordre social, où le pouvoir politique est mis dans le même sac que les donneurs d’ordres étrangers accusés d’être à l’origine du blocage ses salaires et des écarts de richesse qui plombent la cohésion sociale et politique du pays.

Mise au point du Waijiaobu et « Déclaration de conduite »

Le 19 mai le porte parole du Waijiaobu a répondu aux commentaires du Secrétaire Général de l’ASEAN, le vietnamien Le Luong Minh, ancien ambassadeur de Hanoi aux Nations Unies qui, dans le Wall Street Journal, a accusé la Chine d’avoir violé la Déclarations sur le Code de conduite adoptée par l’ASEAN en 2002 à Phnom-Penh, après quoi il a demandé à Pékin de « quitter les eaux territoriales vietnamiennes, seul moyen de restaurer la confiance ».

Après une admonestation à connotation morale et protocolaire qui enjoignait au Secrétaire Général de ne pas se livrer à des « commentaires qui dépassaient ses prérogatives », Hong Lei a rappelé la position à la fois inflexible et insolite de la Chine selon laquelle les questions de souveraineté en mer de Chine du sud ne sauraient être du ressort de l’ASEAN qui ne devait pas se mêler d’un conflit territorial en particulier. Il concluait que le respect de la neutralité en la matière par l’Association était la condition de ses bonnes relations avec Pékin.

La Chine qui est le premier partenaire commercial du Vietnam n’y est que le 15e investisseur avec un stock de 11 Mds de $ et un flux qui varie de 4 Mds de $ en 2010 – l’année la plus riche depuis 2005 - à seulement 0,5 Mds en 2013 (l’information doit cependant être corrigée du flou qui enveloppe les capitaux en provenance de Hong Kong et des paradis fiscaux).

En tête des engagements étrangers on trouve Taïwan, Singapour, la Corée du sud et le Japon. La violence des réactions vietnamiennes et les dérapages qui suivirent inciteront Pékin et Hanoi à chercher de discrets compromis, difficiles à rendre publics face à l’exacerbation des sentiments nationalistes attisés par les machines politiques des deux pays.

Le 4 novembre 2002, les 10 pays de l’ASEAN avaient signé à Phnom-Penh, lors de la précédente présidence du Cambodge, une « Déclaration sur la conduite des parties en Mer de Chine du sud ».

Le document répète à plusieurs reprises : « dans l’attente d’un règlement des différends » ; il est facile d’imaginer qu’ils ne le seront jamais, tant que les parties, et en particulier la Chine, ne modifieront pas leurs positions inconciliables sur les questions de souveraineté.

La déclaration, qui n’est pas un code de conduite, n’a pas force de loi et n’est appuyée par aucune autorité ou force indépendante qui pourrait imposer sa mise en œuvre. Surtout, elle élude la question centrale de la souveraineté.


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