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›› Taiwan

Flambée de tensions dans le Détroit sur fond de « bruits de ferraille ». Quel avenir pour Taïwan ?

Nervosités militaires.

Le 13 avril, le président Xi Jinping était à Sanya à bord d’un bâtiment de guerre où il assistait à la première grande revue navale chinoise en mer de Chine du sud. Peu après la marine a conduit un exercice dans les parages de Taïwan.


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Le 12 avril, à Sanya, deux jours après son discours du forum de Boao, où en pleine tension commerciale avec Washington, il avait tenté de rassurer sur l’absence d’intentions géostratégiques cachées des projets des « routes de la soie », Xi Jinping vêtu d’une tenue camouflée à bord du destroyer lance-missiles Changsha - 7000 tonnes, équipé de 64 missiles mer-air à lancement vertical HHQ-9 et de missiles de croisières antinavires – a supervisé la première revue navale jamais organisée par l’APL en mer de Chine du sud, avec 10 000 hommes, 48 navires de combat, dont plus de 50% sont opérationnels depuis moins de 5 ans, dont le porte-avions Liaoning, des sous-marins à propulsion nucléaire, 2 sous-marins nucléaires lance engins intercontinentaux (SNLE), des frégates et destroyers pour la plupart flambant neufs, auxquels s’ajoutèrent 76 aéronefs de tous types.

Une semaine plus tard, la marine chinoise participait à des exercices aéronavals dans le canal de Bashi au sud de Taïwan comportant des appontages et des décollages de J-15 sur le porte avions Liaoning, des survols des parages de l’Île par des bombardiers et des exercices à tirs réels dans le Détroit.

La revue navale et les exercices avaient été précédés à la fin mars par des survols d’aéronefs (bombardiers H-6K, SU-30 et SU-35) de mers Chine de l’Est et du sud, en réponse au passage, le 23 mars, du destroyer américain USS Mustin à l’intérieur 12 nautiques de l’archipel des Mischiefs en mer de Chine du sud.

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Le 13 avril, 24 heures après la revue navale de l’APL à Sanya, 1300 km plus à l’Est, à Suao, sur la côte orientale de Taïwan, Tsai Ing-wen était à bord du destroyer rapide Kee Lung (7000 tonnes, anciennement USS Scott, débaptisé, hérité de la marine des États-Unis en 1998, lourdement armé de 62 missiles mer-air Raytheon, de 8 quadri tubes antinavires Harpoon (Boeing) et de 2 affuts triples lance-torpilles).

Assistant à une revue navale de la marine taïwanaise, elle prit la parole pour réaffirmer sa confiance dans l’armée pour « protéger et défendre le pays », ajoutant que les exercices militaires chinois ne l’ empêcheraient pas de se rendre comme prévu au Swaziland où elle se trouvait le 21 avril.

Fébrilité et intrusions informatiques.

Un rapport rédigé par l’Université d’Oxford établit la puissance invasive de la manipulation informatique chinoise à Taïwan.


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Pour faire bonne mesure dans le registre de l’aggravation des tensions dans le Détroit, sur fond de nervosité chinoise, il faut rappeler que le début du mois d’avril fut marqué par un échange acerbe après que le premier ministre William Lai ait, le 30 mars, proclamé devant le Yuan législatif que « Taïwan était un pays souverain et indépendant ».

Après que le Global Times, accusant Lai d’avoir commis « un crime », réclama sa mise en examen au nom de la loi anti-sécession, le bureau chinois des Affaires taiwanaises rappelait que « Taïwan ne serait jamais séparée de la Chine ». Qualifiant la remarque de « dangereuse » et « prétentieuse », il ajoutait qu’elle était de nature à « menacer la paix et la stabilité dans le Détroit ».

A quoi le bureau des Affaires continentales à Taipei, répliqua en accusant le Global Times et le gouvernement chinois de se livrer à des « menaces irrationnelles ». Il ajoutait que « Dans un contexte où la société taïwanaise était pluraliste et démocratique », Pékin devait accepter la réalité de deux entités séparées et cesser ses menaces militaires irresponsables aggravant les antagonismes dans le Détroit.

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Enfin le dernier élément méritant d’être souligné dans le changement du paradigme des relations dans le Détroit, est évoqué par Russel Hsiao dans un article de « China Brief », de la Jamestown Foundation du 24 avril, analysant les intrusions chinoises sur le net, véhiculant des fausses informations par le truchement des réseaux sociaux de l’Île.

A cet égard, il cite un rapport de l’Université d’Oxford (document PDF) datant de juin 2017 disant en substance que les intrusions de la propagande en ligne chinoise s’insinuent désormais dans le champ social de la politique intérieure taïwanaise au point que les campagnes de désinformation ne peuvent plus seulement être attribuées à des perturbateurs intérieurs.

Récemment, les efforts de désinformation chinois par l’envoi massif de messages ont coïncidé et parfois conforté les politiques de l’opposition et des associations civiques réfutant les réformes, notamment sur la question des retraites, l’usage excessif de l’encens et de papier monnaie votif dans les temples bouddhistes ainsi que les programmes d’infrastructures à long terme de Tsai.

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L’un des paragraphes de l’introduction du document publié par Oxford renvoie à l’essentiel qui est aussi le questionnement de Question Chine
En substance : L’avenir de Taiwan est à la fois brillant et précaire. Le fait que Taiwan soit autorisée à poursuivre ou non sa voie vers le progrès jusqu’à obtenir une totale reconnaissance diplomatique en tant que pays, dépend, en grande partie, de facteurs imprévisibles, notamment ses relations avec les États-Unis d’Amérique et les tensions avec la Chine continentale, son voisin dans le Détroit.

Si on considère que l’avenir de Taiwan est un indicateur fiable de l’avenir du monde, l’évolution de la situation dans le Détroit indiquera l’ouverture des sociétés à l’influence internationale de la démocratie libérale ou si, au contraire, elles succomberont à des tendances ataviques et autoritaires plus sombres.

C’est là une des questions les plus importantes de l’époque actuelle, et Taiwan sera l’un des théâtres stratégiques où se déroulera cette bataille.

Culturellement, linguistiquement et économiquement Taïwan est de plus en plus soumise à l’hégémonie autoritaire croissante de la Chine continentale, tout en étant soutenue par les États-Unis d’Amérique, dont elle a adopté l’idéologie politique et qui l’aide financièrement et par des livraisons d’armes.

Le questionnement sur l’avenir de Taïwan confrontée aux sérénités chinoises renvoie aussi aux fragilités des systèmes démocratiques en crise dont la capacité de cohésion et de projection à long terme est aujourd’hui mise à mal par la prévalence des individualismes et la pression constante des opinions publiques aujourd’hui agitées par l’effervescence sans limites des médias et des réseaux sociaux où, sans cesse, se brouille la frontière entre manipulation et information.


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