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François Heisbourg : Le mystère non résolu de l’origine de la pandémie à Wuhan

L’image est hélas connue. Le cadavre dans la rue à Wuhan en janvier 2020 montrait une situation très chaotique à mille lieues du narratif exemplaire de l’appareil. Les vidéos d’internautes qui les montraient ont été effacées et quelques uns de leurs auteurs ont disparu. La censure fut la première pierre posée de l’histoire édifiante sur la réaction exemplaire de la Chine à l’épidémie. La tentation de l’effacement a continué pour retarder durant une année la mission d’investigation de l’OMS à Wuhan. Elle s’est poursuivie par la pression de Pékin pour désigner une équipe mixte d’enquêteurs où les experts chinois restèrent contrôlés par l’appareil.


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François Heisbourg, 72 ans ancien diplomate français qui fut Directeur de l’IISS de Londres (1987 – 1992), puis président de la Fondation pour la Recherche Stratégique (2001 -2005), dont il est aujourd’hui le conseiller spécial, a publié en avril 2020 chez Odile Jacob « Le temps des prédateurs, la Chine, les États-Unis, la Russie et nous ».

Il y mettait en garde contre la catalepsie stratégique de l’Europe et appelait ses pays à rassembler leurs forces pour résister aux risques de prédation et de vassalité. Le 2 mars dernier il répondait à une interview d’Isabelle Lasserre publiée par le Figaro, où il relançait de manière très mordante la question de la responsabilité de Pékin dans le déclenchement de la pandémie (François Heisbourg : « Le coronavirus, c’est un Tchernobyl chinois à la puissance dix », payant).

Les détracteurs de Heisbourg choqués par la brutalité du réquisitoire ne manqueront pas de souligner que ses penchants pro-américains l’avaient conduit à signer le 10 septembre 2002 dans Le Monde un article attestant de « la réalité » des armes de destruction massive irakiennes, avant de s’élever lui-même un an plus tard contre le déclenchement de la guerre contre l’Irak par Georges Bush Jr.

En 2005, dans « La fin de l’Occident » (Odile Jacob), il avait clairement dénoncé les thèses des « néo-conservateurs » américains et leur morgue où se croisent l’influence du Likoud israélien et la « realpolitik », alchimie entre l’unilatéralisme, l’exceptionnalisme et le messianisme.

Dans ce tableau, il insistait sur la mésentente transatlantique « grand schisme de l’Occident », à l’origine de ses paralysies face aux défis planétaires du réchauffement planétaire, du désastre africain et de l’émergence de la Chine.

Un narratif exemplaire décalé de la réalité.

Dès avril, l’appareil a politisé la pandémie. La campagne était destinée à brouiller la réalité qu’il avait, par sa faute, manqué le coche au départ de l’épidémie. Les bureaucrates allèrent en effet jusqu’à entraver le travail des médecins comme le Dr Ai Fen, chef des urgences de l’hôpital central de Wuhan et menacer des médecins lanceurs d’alerte dont l’un d’eux, le Dr Wu Wenliang est décédé le 8 février. Lire : Covid-19 : La démocratie, l’efficacité politique et l’attente des peuples.


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Avec Isabelle Lasserre, Heisbourg revient sur la « menace chinoise » et la question toujours pendante de l’origine du virus. La charge dénonce d’abord l’absence de réaction occidentale face au narratif chinois d’une gestion exemplaire du virus, comparée aux ratés des pays démocratiques en déclin. Tout en glorifiant le modèle autocrate chinois, la propagande permit d’exonérer le régime de ses responsabilités initiales.

Alors qu’au démarrage de la crise en janvier 2020, Wuhan ressemblait bien plus à l’Italie qu’à l’image idéale d’une épidémie contrôlée (lire à ce sujet : Le Journal de Fang Fang. Documentaire et brûlot politique), Pékin avait exigé la discrétion de l’aide française pour ne pas faire perdre la face à l’appareil. En revanche, dès avril, ce dernier a orchestré un battage planétaire autour de ses livraisons de masques.

Il reste que, dit Heisbourg, les réticences chinoises qui durèrent un an pour accepter une mission de l’OMS à Wuhan et la férocité avec laquelle Pékin a sanctionné l’Australie qui réclamait une investigation indépendante attisent le soupçon que l’appareil a quelque chose à cacher.

D’autant que la composition de la mission à Wuhan finalement autorisée fin janvier (lire : Covid-19 – Wuhan. L’OMS a rendu son rapport. Satisfait, Pékin invite à regarder ailleurs) n’était pas composée d’experts désignés par la communauté internationale, mais de membres choisis de « manière opaque » par Pékin et l’OMS, dont les évaluations au déclenchement de l’épidémie ne furent pas très claires.

(Lire à ce sujet notre article qui montre que jusqu’au 23 janvier 2020, l’OMS avait semblé s’aligner sur l’opacité chinoise : L’influence du parti communiste chinois sur l’OMS.)

La pesante ombre d’un doute.

Le laboratoire P4 de Wuhan avec en surimpression le professeur australien d’éthique publique Clive Hamilton, 68 ans. Il est l’un des observateurs de la Chine qui continue à soupçonner une fuite accidentelle du laboratoire de Wuhan. Avec la sinologue allemande Mareike Ohlberg, il a publié en 2020, « Hidden Hand, How the Chinese Communist Party is Reshaping the World ». La thèse explore l’hypothèse que le parti communiste chinois tente de façonner le monde à ses normes en faisant activement la promotion globale de son modèle politique.


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L’expression du doute attisé par l’opacité et les réticences du régime « Il s’est passé quelque chose. On ne sait pas quoi », est suivie d’une attaque brutale portant le fer au cœur des responsabilités globales de la Chine « En termes de conséquences c’est Tchernobyl à la puissance 10. »

La question qui n’est apaisée qu’en apparence, continue à fermenter sous la surface. Si la vérité éclatait – ce qui, estime Heisbourg, surviendra tôt ou tard grâce aux nouvelles techniques d’investigation virologique -, elle porterait un coup sévère à l’appareil dont tout le narratif d’une gestion exemplaire de la crise s’effondrerait d’un coup. En même temps, l’image internationale de la Chine serait sérieusement affectée, tant il est vrai « qu’ailleurs le peuples demanderont des comptes ».

Au-dessus plane toujours le soupçon toxique de la fuite accidentelle d’un laboratoire de virologie. Lire : L’insistante rumeur d’une « fuite » au laboratoire P4 de Wuhan.

Le scepticisme qui n’a pas disparu, considéré par beaucoup comme un « complotisme » est cependant attisée par l’opacité. « S’il n’y a rien cacher pourquoi toutes ces cachoteries ? »

Elle concerne Paris au premier chef à qui Pékin doit des comptes. D’abord, dit Heisbourg, parce qu’après le SRAS de 2003, la France lui avait fourni la technologie d’un laboratoire P4, ensuite parce que le régime avait en 2015 exclu les experts français du laboratoire de Wuhan, pourtant construit avec leur assistance.

Lire : P4 de Wuhan et accord France-Chine sur les maladies infectieuses. La France a-t-elle manqué de clairvoyance pendant plus de 15 ans ?


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