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Gaz de schiste. Une priorité stratégique pour la Chine et les Etats-Unis

BREVES.

SUNTECH, la chute.

Le 20 mars 2013, la société Suntech crée en 2001, l’une des entreprises les plus dynamiques fabricant des cellules photovoltaïques, n°1 mondial des panneaux solaires, cotée à New-York depuis 2005, a déposé son bilan. La nouvelle est tombée après 4 trimestres consécutifs de pertes alors que la société avait accumulé 2,2 Mds de $ de dettes. L’estocade finale est venue de huit banques chinoises qui, à la mi-mars, ont réclamé le remboursement de 541 millions de $ de créances arrivant à maturité.

Suntech est avant tout victime de la crise et de l’ambition planétaire de son PDG Shi Zhengrong qui s’était lourdement endetté, avait imprudemment surestimé le marché et négligé la lourde rémanence des énergies fossiles. Il y a dix ans, Shi avait en effet expliqué à un journaliste du Guardian que sa société dépasserait Shell ou BP. Au moment où, frappés par la récession, les pays occidentaux réduisaient leurs subventions pour les énergies propres, le marché a été submergé, provoquant une chute catastrophique des prix et l’accumulation des stocks. Le gouvernement chinois, pour qui Suntech est un symbole, pourrait réinjecter des fonds, mais il se mettrait en porte à faux dans les querelles pour dumping à l’OMC avec les sociétés européennes et américaines.

Shi Zhengrong (50 ans), qui avait été démis de ses fonctions de PDG le 4 mars, est né en Chine et naturalisé australien après des études brillantes d’ingénieur à l’Université de Galles du sud et une carrière de professeur. Sa fortune était estimée à 2,9 milliards de $ en 2008. Aujourd’hui, la totalité des avoirs de la société n ‘est plus évaluée qu’à 32 millions de $. Le 22 mars, on apprenait que Shi et son Directeur David King ne seraient pas autorisés à quitter la Chine durant les enquêtes financières en cours au siège de la société, à Wuxi, à l’Ouest de Shanghai.

Achat d’armements russes par la Chine.

Des informations contradictoires circulent sur un contrat d’armement russe avec la Chine. Selon la chaîne publique CCTV, avant la visite de Xi Jinping en Russie, Pékin et Moscou auraient conclu 2 contrats majeurs d’armement. Mais, selon un expert militaire russe, l’accord, qui n’a pas été évoqué durant le voyage de Xi, serait toujours en négociation. Ce retard pourrait révéler les difficultés de la relation entre Pékin et Moscou sur les questions de transferts de technologies militaires. Les racines des tensions plongent dans les déconvenues russes après les captations de technologies par les Chinois lors de la coopération aéronautique pour la construction en Chine du SU-24 entre 1992 et 2004 (Lire notre article Succès et problèmes de l’aéronautique militaire chinoise).

Le premier contrat concernerait la construction conjointe de sous-marins de la classe Lada à propulsion anaérobie, qui seraient ensuite vendus à la Chine. Le second projet serait la vente à la Chine de 24 chasseurs Su-35. « Un accord sera peut-être conclu avant la fin de l’année » explique Vassily Kashin, un expert des relations sino-russes du Centre d’études technologiques et d’analyse stratégique de Moscou. Après un étiage de plusieurs années les ventes russes ont cependant repris récemment. Selon Kashin, la valeur des contrats signés en 2012 serait de 2,3 Mds de $. Le type d’équipements objets du contrat indique que l’APL n’est pas satisfaite des sous-marins Yuan construits en Chine et confirme les lacunes de la motorisation des avions de chasse.

Les dessous de la « cyber-guerre ».

Le 12 mars un des plus hauts responsables de la CIA expliquait, dans une éclaration à l’évidence outrancière, que les intrusions de hackers chinois représentaient désormais une menace potentielle plus grave qu’Al Qaeda. Il ajoutait que les ordinateurs de 30 journalistes et responsables des médias occidentaux – dont le New-York Times et le Wall Street Journal - avaient été victimes d’intrusions chinoises.

La déclaration faisait suite à la publication en février 2013 d’un rapport, dont il est légitime de penser qu’il procédait en partie d’un effort de publicité de la Société de sécurité informatique Mandiant Corp. qui explique que l’APL est impliquée dans des opérations de cyber-espionages - ce que tout le monde sait depuis longtemps – (voir notre article De la guerre électronique aux « cyber conflits ». La Chine en première ligne).

La question avait été en effet déjà très richement documentée par d’autres rapports, dont le plus récent est celui de l’industriel Northrop Grumman, daté de mars 2012, « Chinese capabilities for Computer Network Operations and Cyberespionage. », réalisé au profit de Commission de contrôle de la sécurité des relations économiques sinoaméricaines. Peut-être la publicité donnée à ce rapport était-elle aussi une manœuvre interne aux États-Unis pour obliger les sociétés civiles américaines à améliorer la sécurité de leurs données.

Mais, dans la description de cette très cynique querelle d’espions, où il n’y a jamais de paix ni même d’armistice, et où les Occidentaux ne sont évidemment pas en reste, Washington et la CIA reprochant à la Chine de faire ce qu’eux-mêmes ont toujours fait, le rapport Mandiant a tout de même apporté une petite touche d’humanité, signalée par Le Los Angeles Times du 12 Mars.

Il a en effet focalisé son attention sur la réalité prosaïque du monde des « Hackers » en Chine, fort éloignée de l’aura redoutable et mystérieuse dont ils sont entourés dans les médias occidentaux. Cette plongée dans les profondeurs de l’espionnage chinois est le résultat de l’analyse du blog, fermé en 2009, tenu par un des hackers, et une des sources de la société Mandiant.

Il s’appelle Wang. Il a 25 ans et sa vie est marquée par ses soucis de solde et le poids d’un travail ennuyeux, auquel il se consacre de 5h30 du matin à 20 heures, après quoi il rejoint le dortoir de l’unité de hacking n° 61 398 de l’APL à Shanghai après avoir avalé un bol de nouilles instantanées. Mais il arrive souvent que le travail se prolonge dans la nuit.

Wang est diplômé d’une université informatique contrôlée par l’APL, située à Zhengzhou, la capitale du Henan. Recruté en 2006, il est muté à Shanghai, mais se plaint sur son blog de l’arrogance de ses chefs, de la tristesse carcérale des casernements et de leur éloignement du centre-ville.

Ses premières missions avaient été de recopier à distance le contenu des clés USB branchés sur les ordinateurs objet des attaques, et d’améliorer la capacité d’intrusion d’un virus « Trojan », baptisé « Back Orifice 2000 ». Ce qu’il fit, et dont il se vanta en 2007 sur son blog, expliquant que son virus avait réussi à échapper à 3 anti-virus élaboré par McAffe, mais s’était cassé les dents sur un quatrième.

Mais le Blog reflète surtout ses difficultés financières, l’absence de perspectives de carrière comparées à celles de ses collègues d’université, le caractère étriqué de ses chefs qui lui reprochent de lire des ouvrages en Anglais et, par dessus tout, ses regrets de s’être engagé. « Ma seule erreur aura été de me vendre au pays, pour des bénéfices négligeables et de me placer tout seul dans cette situation très embarrassante ».


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Par Caligula Le 30/03/2013 à 22h47

Gaz de schiste. Une priorité stratégique pour la Chine et les Etats-Unis.

« le pouvoir ne renoncera pas à la bouffée d’oxygène offerte par cette nouvelle ressource qui a le double avantage de freiner la pollution et de diminuer la facture des importations. »

Freiner la pollution...celle dûe à la combustion du charbon, oui ; mais il ne faudrait pas oublier celle induit, par la fracturation hydraulique utilisée pour exploiter le gaz de schiste.
Certes, les études menées sur ce type d’exploitation, ne donnent pas toutes les mêmes résultats. Mais force est de constater que nous n’avons pas suffisament de recul pour avoir une vue d’ensemble des effets à long termes.
Cela dit, et comme vous le faites remarquer dans votre article, le principal souci est la consommation (énorme) d’eau, d’autant plus que celle-ci n’est pas réutilisable, car non récupérable et quand bien même son retraitement pour la purifier coûterait un bras. D’ailleurs, aux USA certains groupes écologistes (mais pas que) commencent à donner de la voix, même si pour le moment ils sont considérés comme des « illuminés ».
Mais dans l’ensemble, on assiste à une augmentation du nombre de projet d’exploitation de ces gaz. En Europe, l’Allemagne, récemment, mais aussi l’Italie se penchent sur la question. Et pour compléter le tableau, j’ai lu sur un site (2000 Watts) que l’Arabie Saoudite prévoyait d’avoir recours à cette énergie pour éviter de trop « pomper » dans ses réserves, qu’elle garde pour l’export.
Ce qui serait intéressant à savoir : Que pense les dirigeants chinois du fait d’être obligé de passer par des entreprises étrangères, principalement américaine, pour pouvoir lancer l’exploitation ? Je conçois que ce ne sera pas la première fois que cela arrive, mais là, on touche à un secteur sensible.

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