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Guerre commerciale. Des querelles prosaïques aux conflits systémiques, les risques cachés de la rigidité idéologique et des rivalités de puissance

A Washington comme à Pékin, à l’approche de la fête nationale chinoise du 1er octobre, le ton est à l’apaisement. Mais les 2 ont conscience que les divergences de fond étant mises de côté, la détente ne pourra être que « temporaire ».


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Le 4 septembre dernier les médias officiels chinois révélaient que Liu He et d’autres proches du dossier américain avaient eu un échange téléphonique avec Lighthizer le représentant pour le commerce à Washington et Steven Mnuchin, secrétaire d’État au Trésor tous deux d’accord pour reprendre les négociations commerciales en octobre.

Est-ce un indice suffisant pour anticiper un apaisement durable de la guerre commerciale ?

Le souci d’apaisement de Pékin.

Liu He, proche de Xi Jinping, vigoureusement opposé à l’escalade, il a toujours cherché des compromis.


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En Chine, la nouvelle est à mettre en relation avec le souci du Parti d’entourer, autant que possible, l’anniversaire du 1er octobre d’un climat politique favorable sans aspérités.

Cette fois l’exigence d’apaisement, au moins conjoncturel, est d’autant plus urgente qu’à Hong Kong les effervescences politiques remettent sévèrement en question le récit nationaliste de l’exécutif.

Au point que, dans son discours du 3 septembre à l’École Centrale du Parti, le président qui mentionna près de 50 fois le climat de « lutte - 斗争- Douzheng » avait désigné Taïwan et les R.A.S de Hong Kong et Macao parmi les principales menaces contre la pérennité du Parti à la tête de la Chine [1]. Zhang Lifan historien, ancien chercheur de l’Académie des Sciences Sociales dont il avait démissionné, souligne que la vision n’est pas nouvelle.

Mais, dit-il, elle rappelle l’importance et l’influence politique que ces trois régions excentrées exercent sur la Chine et son système politique. Il ajoute que dans le contexte de l’accumulation des défis, le régime considère que la menace de subversion qu’elles portent s’aggrave.

Autant dire qu’à Pékin où semble monter une crispation politique face à la multiplication des défis économiques et politiques, au milieu d’un sérieux freinage de la croissance (le taux de croissance de la production industrielle et tombé à +4%, le plus bas depuis 2002), le mot d’ordre pourrait bien être de « louvoyer » par des compromis tactiques dans la querelle commerciale avec Washington pour éviter une incandescence sur trop de fronts à la fois.

S’il est vrai que le discours officiel sur le sujet reste sans concessions, la réalité des faits suggère au moins une souplesse tactique. Celle-ci a d’ailleurs été évoquée par Xi Jinping lui-même dans son discours du 3 septembre dont les médias n’ont retenu que la lutte et la crispation. A côté de ses appels à la lutte, il a aussi laissé percer une disposition au compromis.

« Nous ne ferons aucune concession sur la question des principes, tout en faisant preuve de souplesse sur le plan stratégique. »

L’intention formulée la veille du retrait définitif par Carie Lam de la loi sur l’extradition vaut probablement autant pour Hong Kong que pour la relation avec Washington. Dans la guerre commerciale, le Wall Street Journal estime que les négociateurs chinois cherchent à cloisonner les sujets pour trouver un accommodement.

Prêts au compromis sur les points peu sensibles, ils laisseraient de côté les frictions, touchant aux réformes de structure, au contentieux autour de la 5G et Huawei, aux transferts de données informatiques par le « cloud computing » que Pékin range dans les questions de sécurité nationale, ou encore aux rivalités géopolitiques en mer de Chine du sud, à Hong Kong et à Taïwan.

A côté des récents gestes sur la filière agricole, Pékin prend des mesures pour faciliter l’accès au marché aux entreprises américaines et donne des gages pour améliorer la protection de la propriété intellectuelle.

Signe de la volonté de Pékin d’avancer dans les négociations, les médias officiels insistent désormais sur la nécessité de coopérer. « Le ton a changé », dit Huo Jianguo, ancien responsable du ministère du Commerce de la Chine.

Pour lui, confrontée à d’importants défis « La partie chinoise exprime une urgence. »

D. Trump prêt à un « compromis temporaire. »

Le graphe montre la fluctuation des bourses depuis le début de la guerre commerciale. Grande source d’incertitude pour les marchés financiers au cours de la dernière année elle a pesé sur la confiance des investisseurs du monde entier et a entraîné des pertes. En 2018, l’indice Hang Seng de Hong Kong (en bleu) a chuté de plus de 13% et l’indice composite de Shanghai (en rouge) de près de 25%. Les deux indices ont repris du terrain cette année et ont augmenté de 12% et 16%. Par comparaison, le Dow Jones Industrial Average (en jaune) n’a chuté que de 6% en 2018 et est déjà en hausse de 11% cette année. La meilleure résistance de la bourse américaine, contredit les estimations pessimistes des analystes américains et confère une plus grande marge de manœuvre à D. Trump.


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Aux États-Unis, où la course à la présidentielle est lancée, la pression pour un compromis n’est pas moindre. S’efforçant de tenir à distance le risque d’une chute de la bourse au milieu de sa campagne, la Maison Blanche surveille aussi les effets néfastes en interne de ses salves douanières répétées pouvant affecter sa base électorale.

Le dernier rapport du US-China Business Council (pdf) publié en septembre soulignait que les conséquences de la guerre des taxes à l’origine de la chute des ventes et des affaires, étaient partout sensibles. Particulièrement touché, le secteur des équipements médicaux modernes tel que l’imagerie a perdu près de 140 millions de $.

Le 11 septembre, D. Trump a, dans un tweet, ajourné jusqu’au 15 octobre la dernière hausse des taxes de 25 à 30% sur un éventail de produits chinois valant 250 Mds de $. La mesure fut même applaudie par le très nationaliste et très anti-américain Global Time dans un éditorial en première page : « 欢迎美方推迟新关税, 支持善意互动 - L’ajournement des taxes par les États-Unis est la bienvenue et conforte la bonne volonté réciproque ».

Le 13 septembre, Pékin confronté à la débâcle de sa filière porcine et aux évaluations pessimistes de ses perspectives de croissance 2020 ramenées à seulement 5,4%, répondait favorablement en exemptant les exportations américaines de soja et de porc d’une nouvelle riposte douanière. Dans la foulée les Chinois passèrent commande – la plus grosse depuis juin- de 600 000 tonnes de soja à livrer entre octobre et décembre prochains.

La déclaration suivait immédiatement la décision d’exempter 16 catégories de produits américains de taxes à l’entrée en Chine, dont les huiles industrielles, les médicaments, les insecticides et la farine de poisson pour l’alimentation animale.

Note(s) :

[1La remarque venait au milieu d’une énumération des défis qu’il fallait affronter avec un esprit combatif - « 斗争 »-. Le Président a notamment indiqué que le pays était confronté à une accumulation des risques dans les domaines de l’économie, de la politique, de la culture, de la défense nationale, dans la construction de l’armée, en politique étrangère, à Hong Kong, à Macao et à Taïwan.


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