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HONG KONG à l’orée de 2020

Analyse de Martin Purbrick ancien de la police britannique.

« Les manifestants sont devenus plus radicaux et plus disposés à s’engager dans la violence pour atteindre leurs objectifs ; leurs tactiques ont parfois exprimé un mécontentement teinté de nihilisme » (…) « La police a utilisé des tactiques antiémeutes traditionnelles apprises lors des troubles communistes en 1967 ; elle a appliqué les lois de l’époque coloniale et, à plusieurs reprises, n’a pas réussi à faire la distinction entre la majorité des manifestants pacifiques et la minorité tournée vers la violence. »

(…) « Sous la direction de Mme Carrie Lam, le gouvernement de Hong Kong a été paralysé par l’indécision ; Il n’a pas compris les attentes du peuple de Hong Kong et fut pris de court par l’ampleur du mécontentement. » (…)

« Pékin a fait preuve de retenue, tout en accentuant en sous main l’influence dans la R.A.S du “Front Uni“. » (…) « La crise politique a jeté un doute sur la viabilité à long terme de la formule “un pays, deux systèmes“ à la base du retour de Hong Kong à la RPC. Elle a aussi montré qu’il était urgent de modifier l’approche de la gouvernance pour répondre aux besoins d’une société hongkongaise de plus en plus sophistiquée. »

Dès le début de l’analyse, Purbrick met le doigt sur le cœur du problème qui fonde la défiance à l’égard de Pékin exprimée par le refus du projet de décret d’extradition. Cette défiance avait été exprimée par des lettres du Barreau de Hong Kong adressées à Carrie Lam, le 4 mars, le 2 avril et le 6 juin 2019.

Une fracture de défiance. Radicalisation de la jeunesse.

« La question clé est l’extradition vers la Chine continentale et le manque de confiance du public dans le droit à un procès équitable. Cette question a uni les démocrates, les hommes d’affaires et de nombreuses personnes ordinaires à Hong Kong. Elle illustre à quel point le système juridique distinct de Hong Kong fut un élément essentiel de la croissance et du succès de la ville. »

Plus loin, Martin Purbrick n’élude pas la naissance du mouvement « localiste » principal angoisse du régime chinois qui y voit le risque de séparatisme : « Apparus dans les années 2000 en réaction à ce qu’ils considèrent comme une approche coloniale du gouvernement chinois à Hong Kong, le « localistes » prônent la démocratie, la séparation de Hong Kong de la RPC et rejettent ce qu’ils considèrent comme la « banalisation continentale » de Hong Kong. Parmi eux, les plus radicaux prônent l’indépendance. C’est le cas du Parti National de Hong Kong, interdit en 2018 ».

Autre difficulté, l’accès général et instantané à l’information a été le ferment d’une solidarité inter-générations ayant battu en brèche l’illusion d’une majorité silencieuse clairement démentie par le résultat des élections locales du 24 novembre.

S’il est vrai que les jeunes se voient eux-mêmes comme l’avant-garde éventuellement violente d’une remise en cause générale de l’appartenance à la Chine, la « brutalité coloniale » de la police a fini par supprimer l’espoir d’une fracture nette entre la jeunesse et le reste de la société.

« Dans le mouvement de contestation les jeunes choisissent leur rôle en fonction de leur propre perception. » Tout indique qu’ils se sont organisés militairement.

« En première ligne des heurts avec la police les “勇猛 – Young Meng, Youngmo en Hongkongais – les Vaillants“, qui se voient comme les combattants d’une guérilla (…). En deuxième ligne les plus nombreux, les “和理非 He Li Fei, en Hongkongais Wo Lei Fei“, pacifiques, rationnels (non violents) ne s’affrontent pas à la police, mais assurent la logistique »…(…)

« Il y a aussi les “ 旗手 Qi Shou, en Cantonais Kei Sau – porte drapeaux“, les “遠方的攻 Yuan Fang de Gong, en cantonais Yuen Kung – groupes d’attaque dans la profondeur“, les “消防員- Xiaofang Yuan – en Cantonais Siu Fong Yuen – pompiers“ ».

« Le tout », ajoute Purbrick, « semble un décalque des jeux vidéo conférant à la protestation politique un aspect ludique ».

Dans un contexte, où il est clair que l’absence de solution politique a rendu difficile la tâche de la police, celle-ci a commis de sérieuses erreurs tactiques, aggravées par un « manque de discipline des officiers de première ligne ». (…) « Les brutalités ayant attisé la rancœur publique, la manière dont les forces de l’ordre ont été considérées est brutalement passée de la confiance à la défiance, parfois à la haine. Cette bascule a provoqué une crise de légitimité des forces de l’ordre ».

La faiblesse politique de Carrie Lam a encore été aggravée par l’existence à Pékin d’un « gouvernement bis » de la R.A.S regroupant des représentants du MAE, de Xinhua élément majeur du Front Uni, et de la garnison de l’APL à Hong Kong.

La dernière partie de l’analyse dont il faut souligner le sérieux est une mise en perspective assortie de recommandations.

Réformer le système politique et répondre aux attentes des Hongkongais.

Les protestations violentes et de grande ampleur qui durent depuis plusieurs mois montrent que les racines de la crise plongent dans des causes bien plus profondes que la loi sur l’extradition. Elles touchent notamment le segment de la population de la R.A.S ayant fui le chaos en Chine au siècle dernier. La mémoire nourrit une profonde méfiance à l’égard du système politique du Continent.

A la suspicion politique s’ajoutent de fortes disparités sociales dont la pointe émergée est l’exclusion de la propriété d’une part importante de la population due à l’inflation des prix immobiliers.

La reconquête de l’opinion passe donc par la reconnaissance prioritaire des attentes des Hongkongais, dont la qualité est le principal atout de la R.A.S. « La pauvreté qui laisse sur le carreau 1,3 millions de pauvres (18% de la population), doit être reconnue comme un grave problème ».

Avec le logement et la lutte contre la pauvreté, le 3e défi du gouvernement de la R.A.S est la gouvernance.

A ce sujet, Purbrick met le doigt sur le cœur des divergences politiques liées à l’élection des responsables : « L’archaïsme politique de la gouvernance est un facteur clé de la crise de légitimité du gouvernement. Le manque de dirigeants élus à la fois dans l’exécutif et le législatif est reconnu comme un déficit démocratique majeur dans une ville aussi développée ». (…)

Il ajoute qu’au fil des ans un fossé est apparu entre les organes de gouvernement de la fonction publique et les attentes de la population.

Pour lui, il est urgent d’entreprendre des réformes de structures du secteur public pour le mettre en mesure de répondre plus efficacement aux changements rapides de la société et en particulier aux attentes des générations des années 80, 90. Devenues une force politique, ils sont l’avenir de Hong Kong.

Quant aux relations avec Pékin, elles resteront régies par les priorités de souveraineté. Si des manifestations violentes étaient perçues par le gouvernement central comme portant atteinte à la sécurité nationale, à l’autorité de la RPC ou pouvant se dilater à la province de Canton, le risque existe que la garnison de l’APL et de la Police Armée Populaire à Hong Kong reçoivent l’ordre de prêter main forte à la police de la R.A.S.

A l’avenir des manifestations de moindre ampleur mais plus violentes parfois de nature terroriste restent probables. Bien que le soutien populaire soit susceptible de décliner, il n’en persiste pas moins un profond mécontentement envers Carrie Lam qui ne se dissipera probablement pas jusqu’à ce qu’elle quitte ses fonctions avec d’autres principaux responsables impliqués dans la crise.

Hong Kong reste une ville très résiliente, mais des stratégies du gouvernement pour lutter contre les causes sous-jacentes du mécontentement sont nécessaires pour garantir que les manifestations de 2019 ne se répètent pas à l’avenir.


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