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›› Politique intérieure

« Hong Kong noir ». Le conservatisme du Parti à l’épreuve d’un courant révolutionnaire

Le 1er octobre jour de la fête nationale chinoise fut l’occasion d’un regain de tensions avec la blessure par balle réelle d’un étudiant harcelant un policier qui dit avoir agi en légitime défense. Peu après Carrie Lam a fait adopter des mesures d’urgence de la loi d’exception datant de la règle britannique qui n’avait pas été appliquée depuis un demi-siècle.

« Hong Kong noir » : roman policier de Chan-Ho-Kei, traduit en français par Alexis Brossollet.


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Les dernières évolutions de la situation dans la R.A.S ont été marquées par la persistance des tensions et des manifestations malgré le retrait définitif de la loi sur les extraditions par Carie Lam et, le 1er octobre, jour de la fête nationale chinoise, un nouveau défi des jeunes révoltés ayant donné lieu aux affrontements les plus durs depuis le début des émeutes, il y a quelques 4 mois.

Circonstance aggravante, les manifestants ont bravé la décision d’interdire les manifestations et de porter des masques prise au nom des mesures d’urgence « Emergency Regulation Law – E.R.O – [1] » datant de l’époque coloniale.

Le durcissement est attesté par la blessure, le 1er octobre, par deux balles réelles du jeune Tsang Chi-kin dans le quartier de Tsuen Wan et la décision des autorités de Hong Kong de le traduire en justice.

Le 3 octobre, la presse libre de Hong Kong révélait que la veille de l’incident les autorités policières avaient subtilement relâché les conditions d’utilisation de munitions létales stipulant qu’un policier pouvait ouvrir le feu à balles réelles face à « une attaque pouvant provoquer sa mort ou de graves blessures ».

Dans la version précédente, l’usage de munitions réelles n’était autorisé que si « l’intention » de l’agresseur de « tuer ou de blesser sérieusement » était « démontrée ».

C’est dans ce contexte toujours très tendu dont on ne voit pas le dénouement que notre correspondant E. Fonrath qui s’est rendu sur place, propose une analyse de la situation et tente une prospective d’autant plus difficile que les positions retranchées des émeutiers font face à celles tout aussi rigides des autorités de Pékin et de Hong Kong.

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Il est toujours hasardeux de proposer une analyse globale d’une situation en cours d’évolution rapide, obscurcie par autant de non-dits très émotionnels et, plus encore, d’imaginer une sortie de crise satisfaisante pour tous.

Tout au plus peut-on évoquer des réflexions, exprimer des impressions ou poser des interrogations sur divers thèmes qui, ajoutées les unes aux autres, ne font que confirmer la complexité et la profondeur de la crise.

Une crise des frustrations longtemps contenues.

En première ligne du mouvement une majorité de jeunes radicaux nés après 1997 déçus par l’évolution « d’un pays deux systèmes ». Inquiets pour leur avenir et leurs libertés, ils sont prêts à en découdre.


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Ces manifestations violentes sont semblables à une explosion de colère ayant été contenue des années durant. Les rancœurs à l’égard de Pékin ne datent pas d’hier et la crainte que « Un pays, deux systèmes » se traduise finalement en chinois par « Un pays, un système » remonte à 1997. Elle se nourrissent de diverses causes, entre autres :

1. La mise au pas de la presse et, par étapes de la liberté de penser ou de manifester.

Les repères de ce grignotage sont la disparition progressive des manifestations favorables au Falungong et la lente mise sous tutelle de la presse libre par le PCC.

Les symptômes de l’érosion des libertés de la presse se lisent aussi dans le harcèlement de Jimmy Lai, fondateur et PDG de Next Digital média en ligne clairement pro-démocrate, tandis que les mêmes craintes se cristallisent autour de l’indépendance du South China Morning Post.

Lire l’article de QC à ce sujet : A Hong-Kong, théâtre des luttes de clans, Pékin réduit la liberté d’expression.

Notons au passage qu’il existe dans la R.A.S accessible par Internet un média indépendant dont les reportages sont complets et aussi objectifs que possible. Créé en 2014 en réaction à la contagion de la censure venant de Pékin, Hong Kong Free Press affiche des idéaux très élevés.

« Notre objectif est d’être la source d’informations en anglais la plus indépendante et la plus crédible de la Grande Chine. Nous cherchons à amplifier la parole des sans voix et non celle des puissants. Notre plate-forme jouera un rôle de contrôle si les valeurs fondamentales et les libertés de Hong Kong étaient menacées. L’équipe du HKFP s’engage pleinement à rendre compte des faits, sans crainte, sans favoritisme ni ingérence. »

2. Le maintien par Pékin en 2014 de procédures de désignation du gouvernement de Hong Kong en contradiction avec les promesses de la « Basic Law – ou mini-constitution du territoire - » établie en accord avec le Royaume Uni d’instaurer à terme le suffrage universel pour la désignation du gouverneur.

La controverse avait atteint un point d’incandescence lors du mouvement pacifique « Occupy Central » - 2013 – 2014 - quand les jeunes activistes de la démocratie rejetèrent la proposition de Pékin d’un suffrage universel adapté, éliminant les candidats hostiles à Pékin.

(Note de la rédaction : QC avait régulièrement fait le point de cette spirale vers les actuelles tensions enfermées dans des positions de principes inflexibles. Lire : A Hong Kong, la justice met fin à l’indulgence. et Hong Kong : un suffrage universel aux « caractéristiques chinoises. ».

Au passage, après « Nuit Debout », place de la République en 2016, l’occupation de la place du Châtelet par le mouvement écologiste « Extinction - Rébellion » est une réplique française « d’Occupy Central », tandis que la répétition des émeutes week-end après week-end dans la R.A.S rappelle le style du mouvement des « Gilets jaunes » en France.

Le 7 octobre, les tensions dans la R.A.S se sont invitées dans les relations franco-chinoises par la voix du nouvel ambassadeur de Chine en France Lu Shaye. Ce dernier connu pour son franc parler en rupture avec l’habituelle discrétion des diplomates avait déjà attaqué les médias de l’hexagone. Lire : Lu Shaye, nouvel Ambassadeur de Chine à Paris fustige les médias français. Regards sur la rigidité du pouvoir chinois.

Cette fois haussant la critique à la hauteur des relations diplomatiques, il a, à un mois de la visite en Chine du Président français, publiquement fustigé la complaisance de Paris pour les émeutiers de Hong Kong. Dénonçant l’alignement de Paris sur « l’hypocrisie de Bruxelles », il a regretté que la France ne témoigne pas sa sympathie pour la police de Hong Kong, comme l’avait fait Pékin pour la police française lors des émeutes des « gilets jaunes ».

3. Une autre cause des ressentiments et non des moindres est le flux massif – l’invasion diraient certains - de Chinois du Continent et leurs habitudes parfois en rupture avec les comportements policés des Hongkongais.
Ces frustrations se sont exprimées au fil des ans par des manifestations pacifiques, de désobéissance civile toutes plus inutiles les unes que les autres, véhiculant des inquiétudes auxquelles Pékin est resté sourd.

Les racines de la violence.

Baisse du niveau de vie, immobilier hors de prix, concurrence des migrants du Continent sur le marché du travail sont l’arrière-plan socio-économique des émeutes. Après le retrait par Carrie Lam de la loi sur l’extradition, les manifestants exigent encore une enquête indépendante sur les violences de la police et la libération des manifestants incarcérés.


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Au-delà des casseurs qui pratiquent une violence gratuite type « Black Bloc », une fraction des manifestants, en majorité jeune, est prête à l’affrontement pour ses idées. Cette violence est le fruit de plusieurs facteurs divers, parmi lesquels :

1. L’exaspération face au pouvoir chinois qui ne réagit pas aux manifestations pacifiques… et, par corollaire, la conviction que le retrait formel de la Loi sur l’extradition est le résultat des violences ;

2. Le constat d’une partie des Hongkongais que l’oppression communiste atteint un point de non-retour ;

3. Une acceptation de cette violence plus prononcée chez les jeunes générations que parmi les anciennes. Deux raisons au moins expliquent cette radicalisation.

D’une part, les jeunes nés dans les années 90, la fameuse génération dite « millenium », sont idéalistes par nature. Attachés aux libertés et à des causes politiques et environnementales, auxquelles leurs anciens étaient moins sensibles, ils ont la conviction qu’elles justifient une révolte contre l’ordre existant – l’ordre ancien – symbolisé par le conservatisme rigide du parti.

Au point qu’il est possible de dire – c’est l’ironie de l’histoire - qu’ils sont animés par un idéal révolutionnaire – au sens noble du terme – au fond pas très éloigné de l’idéal qui animait les pionniers du PCC dans les années 1920 !

D’autre part, et plus prosaïquement, ces jeunes, notamment les diplômés, nés aux alentours de la rétrocession en 1997 ne peuvent que constater qu’au cours de leur jeune existence leurs libertés ont diminué, tandis que leur niveau de vie s’est contracté - aujourd’hui un médecin peine à payer son loyer avant 5 à 7 ans d’exercice -.

Circonstance aggravante portant un risque d’importantes crispations, c’est précisément dans ce contexte où l’avenir s’annonce plus difficile, que les diplômés du Continent viennent les défier sur le marché hongkongais du travail.

Rien d’étonnant dans ces conditions, que l’on retrouve des jeunes en tête des manifestations les plus dures, tandis que la police procède à des arrestations de citoyens très jeunes, voire adolescents.

L’un des aspects les plus préoccupants de cette crise est donc qu’elle est attisée par la frange la plus résolue et la moins souple de la jeunesse qui représente aussi l’avenir de Hong Kong ! Ce qui, compte tenu de la rigidité de Pékin augure mal d’un apaisement à moyen terme, même si Pékin compte sur le pourrissement à terme et un conflit de génération créant une rupture entre les jeunes radicaux et les plus anciens, moins portés à la révolte.

Note(s) :

[1Datant de la colonie britannique et jamais mise en vigueur depuis 50 ans, la loi ERO confère au gouvernement des pouvoirs pratiquement illimités, y compris, selon le South China Morning Post, cité par SUPCHINA « la censure des médias, les arrestations, les expulsions, le contrôle des ports et tous les transports, la confiscation de la propriété, et le droit de perquisition ». L’évolution fait entrer la R.A.S dans un cycle répression - protestations - violence et arrestations dont il est difficile d’anticiper la fin.


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