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›› Politique intérieure

L’ANP 2012, testament politique de Wen Jiabao

La réforme politique, héritage spirituel de Wen Jiabao.

Le rapport de Wen Jiabao prononcé lors de la séance d’ouverture avait effleuré les questions politiques et stratégiques, comme à l’habitude rejetées en fin de discours. Il évoquait de manière stéréotypée le socialisme et la démocratie à la chinoise, la lutte contre la corruption, l’indépendance de la justice, les troubles ethniques des régions excentrées, dont, disait-il, l’autonomie serait respectée – allusion aux graves problèmes du Tibet et du Xinjiang -, la modernisation de la défense, la protection des ressortissants chinois à l’étranger et, enfin, la question de Taïwan, dont « les compatriotes » étaient invités à considérer le succès des Région Administratives Spéciales de Hong Kong et Macao, dans le cadre de la formule « un pays deux systèmes ».

Mais c’est lors de la conférence de presse, sa dixième et dernière qui signait la fin prochaine de son mandat, que Wen Jiabao a, non sans émotion, déroulé pendant trois heures un vrai discours politique en faveur d’une réforme dépassant les questions sociales ou économiques.

On pourra y voir l’habileté d’un homme à l’étonnante longévité au pouvoir, posant pour la postérité, surtout préoccupé de son image de réformateur modeste et humble, conscient des lacunes de son mandat. Mais on peut aussi le considérer comme l’héritier spirituel de Hu Yaobang et Zhao Ziyang, les deux réformateurs de l’histoire moderne, dont il était proche, limogés en 1987 et 1989, et dont la carrière avait trébuché sur le conservatisme fermé de l’oligarchie.

Le 14 mars dernier, les prises de position publiques de Wen furent en effet les plus proches d’un discours politique libéral, livrées depuis longtemps par un homme politique chinois en fonction à ce niveau et face à autant de témoins. Dans l’ambiance tendue entourant la destitution de Bo Xilai, les perspectives de réformes dessinées étaient à elles seules une attaque directe contre les conservateurs.

Elles ont en effet appelé sans ambiguïté à des réformes politiques cruciales et urgentes, prenant directement le contrepied de la mouvance Wu Bangguo, qui avait verrouillé l’ANP 2011, en affirmant que la libération politique conduirait la Chine au chaos.

La vision du Premier Ministre sortant est très exactement inverse. Ciblant directement Bo Xilai dont le style rappelait les réminiscences populistes de l’ère maoïste, Wen a en effet mis en garde contre le risque d’une « nouvelle révolution culturelle » si le Parti tardait à mettre en œuvre les réformes politiques nécessaires.

« Il faut promouvoir à la fois les réformes économiques et politiques, notamment au sein de la direction du Régime, au Parti et pour le pays, sans quoi nous ne parviendrons pas à résoudre les problèmes de la société chinoise (…) Sans réforme politique, le réajustement des structures de l’économie sera impossible et nous pourrions perdre les bénéfices des progrès accomplis ».

Enfin, s’il est vrai qu’il a entouré ses appels à la démocratie de considérations pragmatiques, Wen s’est tout de même directement engagé en faveur de l’extension des élections libres à d’autres niveaux administratifs que celui des villages : « l’expérience a montré que les paysans étaient capables d’élire directement les comités villageois. Ils pourraient le faire tout aussi bien dans les cantons et les districts. Nous devrions encourager les Chinois à continuer l’expérience ».

Tout en précisant que la démocratie se développerait « pas à pas en fonction de la situation du pays », il n’a cependant pas manqué d’affirmer sa conviction que la Chine se trouvait aux prises avec une tendance irréversible « qu’aucune force ne pourrait freiner ».

Une chose est certaine, la crise qui secoue le système politique chinois n’est pas anodine. Elle est probablement la plus violente que l’appareil ait connue depuis 20 ans. La destitution de Bo Xilai n’a pas fini de projeter ses secousses dans les rangs des apparatchiks inquiets des réactions suscitées par son départ au sein de la masse des frustrés du développement qui voyaient dans le Secrétaire Général de Chongqing leur porte drapeau.

Sans parler de ceux des intellectuels qui percevaient l’expérience de Chongqing comme une solution purement chinoise aux contradictions du développement, d’autant plus pertinente qu’elle était protégée des risques mortifères portés par une démocratie à l’occidentale, dangereuse pour le Parti.

L’anxiété de la classe politique se manifeste par la rapidité des mesures prises pour éteindre la flambée populiste. Depuis le 15 mars, tous les sites maoïstes ont été fermés, et le nom de Bo Xilai banni, de même que les critiques contre Wen Jiabao. A Chongqing, les chants révolutionnaires ont été mis sous le boisseau par la police au prétexte qu’ils gênaient les voisins, tandis que les manifestations en faveur de Bo étaient rapidement dispersées.

Derrière toute cette agitation inquiète se profile peut-être la crainte, justifiée ou non, qu’un retour de flamme populiste, lancé par les laissés pour compte de la modernisation et la foule des indignés du capitalisme sauvage, ne vienne perturber l’ordonnancement du 18e Congrès. Déjà courent sur la toile chinoise les rumeurs d’un coup d’état par les partisans de Bo.

Ayant déjà perdu la face lors de l’épisode néfaste de Chengdu, le Parti, obsédé par son image et l’obligation de cohésion, au moins de façade, fera tout pour éviter un nouveau camouflet public. Mais le fait qu’au comité permament, le responsable des affaires politiques et juridiques, grand ordonateur de la sécurité publique, soit Zhou Yongkang, un allié de Bo Xilai, ne facilitera pas les choses.


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