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L’élan global de la monnaie chinoise, craintes américaines et perspectives

La Banque chinoise d’infrastructures


et les fausses manœuvres américaines.

La création de la Nouvelle Banque de Développement des BRICS en juillet 2014 et trois mois plus tard de la Banque chinoise pour les infrastructures sonnent le réveil des institutions financières internationales contrôlées par les États-Unis et l’Europe. Répondant aux critiques américaines qui mettaient en doute la gestion et la transparence des nouvelles banques, les fondateurs de l’AIIB ont insisté sur la rigueur de leurs intentions pour évaluer les projets, respecter l’environnement, protéger les cultures locales et le droit du travail.

Une controverse est en cours aux États-Unis autour de la nouvelle banque pour les investissements d’infrastructures (acronyme anglais : AIIB). Elle se développe entre deux attitudes : celle, jusque là adoptée par l’administration démocrate, inquiète de l’influence de la nouvelle Banque bras armé de la stratégie des « nouvelles route de la soie » ; celle contraire, favorable à l’AIIB et à une coopération des États-Unis avec elle.

Alors que les partisans du « containment » tentent de faire pression sur les alliés des États-Unis pour qu’ils s’abstiennent d’y participer, la mouvance contraire y est favorable, au nom de l’ouverture et de la pertinence de ses projets au regard des immenses besoins de l’Asie en financement d’infrastructures.

Critiques de l’ancien patron de la banque mondiale.

L’attaque la plus virulente contre les adeptes du verrouillage a été lancée par Robert Zoellick, proche de Georges Bush, ancien secrétaire d’État au commerce et ancien président de la Banque Mondiale de 2007 à 2012. Selon lui la stratégie de blocage d’abord menée par l’administration Obama était une erreur.

Tout en reconnaissant que la nouvelle banque de développement sera un important vecteur de l’influence chinoise dans les pays émergents dont les besoins en financement d’infrastructures sont insuffisamment honorés par le FMI et la Banque Mondiale, Zoellick considère que Washington aurait du d’emblée coopérer avec Pékin pour précisément inciter la nouvelle institution à la transparence dans l’allocation des crédits et à une gouvernance protégée des tentatives de corruption.

Il sait de quoi il parle puisque depuis la Banque Mondiale il avait coopéré avec la Chine et avec l’actuel premier ministre Li Keqiang, n°2 de l’appareil, pour la réalisation du rapport « China 2030 », aujourd’hui utilisé par le gouvernement chinois comme une des lignes directrices de ses reformes de structures. Au passage, le rapport mettait en garde contre les obstacles politiques aux réformes retranchées dans les féodalités que le bureau politique tente aujourd’hui de réduire, sans toujours y parvenir.

Pour l’ancien patron de la Banque Mondiale l’administration américaine commet également une faute tactique en tentant de bloquer l’action d’une banque dont l’utilité est évidente, sans proposer d’alternative crédible. Il en résulte que les alliés fidèles des États-Unis comme la Corée du sud et l’Australie qui avaient cédé aux pressions de Washington sont désavantagés et seront assez vite tentés de changer d’avis.

Une avalanche de crédits chinois.

La vague des financements chinois hors FMI et Banque Mondiale est en effet irrésistible, au moins si on en croit les annonces chiffrées de Pékin : 50 Mds de $ pour l’AIIB ; 40 Mds de $ pour le fond des « nouvelles routes de la soie » ; 50 Mds de $ pour la nouvelle banque des BRICS lancée en juillet 2014 (lire notre article Les BRICS jettent un pavé dans la mare des finances mondiales). Au total près de 150 Mds de $ proposés par la Chine alors que la plupart des émergents sont mécontents du fonctionnement des institutions mondiales classiques contrôlées par les États-Unis et leurs alliés.

Mais Zoellick tempère les inquiétudes exprimées par les adeptes du blocage en rappelant que chacune des ces institutions doit encore prouver son efficacité et transformer les annonces en réalité du terrain.

La force d’attraction de l’AIIB

Mise à jour le 19 avril : La carte ci-dessus publiée le 17 avril par la magazine américain « The Diplomat » montre les 57 pays membres fondateurs de l’AIIB (à l’exclusion de Taïwan), soit nettement plus du quart des États représentés aux NU. Plus encore : 16 des 20 économies les plus développées participent au projet. A la date du 17 avril le Japon, les États-Unis, le Canada et le Mexique se tenaient encore à l’écart.

Pour l’heure, l’attractivité de la Banque fait des émules. Alors qu’à son lancement à l’automne dernier, une vingtaine de pays seulement étaient candidats, dont l’Inde, le Bangladesh, le Pakistan et Singapour, aujourd’hui la situation évolue : Séoul qui avait initialement refusé de participer vient de se déclarer intéressé ; le 26 mars c’est la Turquie qui a annoncé son désir de se joindre aux membres fondateurs, après que Londres, Paris, Berlin, Luxembourg, l’Italie et la Suisse aient eux-mêmes déclaré leur intérêt. A la grande déception de Washington, l’Australie est sur la même ligne positive.


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