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L’illusion de l’apaisement par le commerce

En Octobre, La Chine qui cherche à sécuriser ses approvisionnements à long terme dans le contexte de flambée des prix, a conclu trois importants contrats de gaz naturel liquéfié (GNL) avec l’exportateur américain Venture Global LNG. Selon des documents publiés sur le site web du département américain de l’Énergie, les accords avec le géant pétrolier d’État chinois Sinopec comprennent deux accords de 20 ans pour un total de 4 millions de tonnes de GNL par an. Selon un document séparé publié sur le site web du gouvernement américain, Venture Global a également signé un troisième accord avec Unipec, la branche commerciale de Sinopec, pour fournir 1 million de tonnes par an de GNL pendant trois ans à compter du 1er mars 2023.


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Au milieu des plus sévères tensions sino-américaines depuis les années 80, dilatées en une rivalité globale, c’était un commentaire insolite de la part d’un journal connu pour ses positions très nationalistes.

Le 21 octobre dernier le Global Times, évoquait en effet l’hypothèse « d’un retour à la normale des relations bilatérales » par le truchement des exportations de gaz liquéfié américain à la Chine.

L’article renvoyait en filigrane les vastes besoins de la transition écologique chinoise et sa dépendance aux importations d’énergie propre. Pour l’auteur, la demande chinoise était une occasion à saisir pour les États-Unis dont les exportations contribueraient à l’apaisement de la relation.

Dans cette ambiance, le vice-ministre chinois des Affaires étrangères Le Yucheng a même déclaré dans une interview à CGTN que la Chine et les États-Unis étaient « une communauté inséparable d’intérêts partagés. »

Soif d’énergie propre et achats de gaz américain.

Il est vrai que les accords sino-américains pour la livraison de gaz liquéfié augmentent encore l’imbrication des deux économies. L’interdépendance est illustrée par : 1) La croissance des relations commerciales (en 2020, la Chine était le 3e marché d’export des États-Unis à hauteur de 124,5 Mds de $ en hausse de 35% depuis 2010 et de plus de 500% depuis 2001) ;

2) La détention par la Chine des bons du trésor américain, dont le volume a récemment augmenté à hauteur de 1095 Milliards de $, en hausse de près de 4% depuis octobre dernier, dans une tendance générale cependant orientée à la baisse, marquée par une réduction de 17% depuis 2013 [1].

3) Une augmentation constante des investissements américains en Chine ayant atteint 125 Mds de $ en 2020, soit dix fois plus qu’en 2001. Pour la même période, les investissements directs chinois aux États-Unis ont été multipliés par près de 80, passant de 540 millions à 38 Mds de $.

Le 20 octobre, alors que le prix du gaz avait augmenté de 150% depuis décembre 2020, la Chine a, pour se prémunir contre la volatilité de l’offre, signé avec l’Américain « Venture Global » par le truchement de Sinopec, trois accords pour la fourniture annuelle pendant 20 ans de 4 millions de tonnes de gaz liquéfié.

L’accord double la quantité de gaz liquéfié importée par la Chine des États-Unis, qui grimpent de la 6e à la 2e place des fournisseurs de la Chine, derrière l’Australie. Les accords entre Venture Global et Sinopec font suite à une annonce antérieure de la société privée chinoise ENN Natural Gas Co (énergies propres) pour un accord de 13 ans, le premier depuis 2018, avec l’exportateur américain de gaz liquéfié, Cheniere Energy.

Pour autant c’est peu dire que les tensions demeurent, en mer de Chine et à Taïwan alors que Washington et Tokyo sont, en dépit des démentis de l’administration américaine, récemment sortis de « l’ambiguïté stratégique », à l’égard de Pékin.

Fin de l’ambiguïté stratégique américaine.

Le 28 octobre Tsai Ing-wen annonçait sur CNN qu’un petit nombre de militaires américains – essentiellement des forces spéciales (NDLR) – étaient présents à Taïwan. Ce qui constitue une violation de l’esprit des « Trois communiqués ». Le lendemain, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Wang Wenbin, après avoir rappelé l’importance du principe « d’Une seule Chine » comme fondement des relations sino-américaines, accusait les États-Unis de déstabiliser la région en « jouer des muscles » dans le détroit de Taïwan et prévenait que « l’indépendance de Taïwan était une impasse ».


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Kurt Campbell, diplomate américain, ancien responsable des affaires asiatiques de l’Administration Obama, aujourd’hui coordonnateur du Département d’État pour l’Indo-Pacifique, avait le 7 juillet dernier précisé les enjeux et signifié à Pékin qu’une attaque chinoise contre Taïwan « aurait des conséquences catastrophiques ».

La mise au point venait après l’augmentation depuis plusieurs mois du survol de la zone d’identification et de défense aérienne de l’Île par des chasseurs de combat chinois dont la fréquence et l’ampleur ont récemment atteint un paroxysme inédit.

Ce n’est pas tout, le commentaire de Campbell suivait celui de Taro Aso qui, déjà, franchissait une ligne très éloignée de l’ambiguïté. A l’époque, Vice-Premier ministre japonais, il avait, la veille de la déclaration de Campbell, livré la plus ferme déclaration récemment faite par un officiel japonais à propos de la menace chinoise.

« Si la Chine attaquait Taïwan le Japon défendrait l’Île aux côtés des États-Unis ». Et : « Si un problème majeur survenait à Taïwan, il ne serait pas exagéré de dire qu’il serait une menace existentielle pour le Japon. »

Signe que sous le coup des insistantes menaces chinoises, le brouillard des faux-semblants se dissipe, le 28 octobre Tsai Ing-wen, annonçait qu’un « petit nombre de militaires américains étaient présents à Taïwan ». La déclaration qui, sur CNN, révélait une coopération militaire directe entre le Pentagone et le Ministère de la Défense taïwanais, violant radicalement les accords sino-américains des « Trois Communiqués », provoqua logiquement une réaction courroucée de Pékin.

Enfin, Preuve qu’en dépit des interdépendances commerciales les tensions demeurent et même s’aggravent, au moment même où Joe Biden exprimait une intention belliqueuse maladroitement démentie par le Département d’État, qui promettait de s’engager aux côtés de Taïwan en cas d’agression chinoise, une flotte sino-russe de dix navires de combat s’exerçait à une démonstration de force dans les parages du Japon.

Note(s) :

[1Il est vrai que la Banque Centrale chinoise s’efforce depuis plusieurs années de réduire la part de ses réserves de change converties en Bons du Trésor américains. En dix ans, leur valeur totale est passée de 1300 à 1095 Mds de $ en janvier 2021, soit une contraction de 15,7%.

Pour autant l’hypothèse évoquée par certains analystes que Pékin pourrait, en cas de tensions graves avec Washington, se débarrasser d’un coup de tous ses bons américains, reste peu probable. La première raison est qu’en mettant sur le marché ses obligations américaines, elle en affaiblirait la valeur, impactant ses propres réserves.

La deuxième est que la manœuvre n’aurait que peu d’effets. Les 1000 Mds d’obligations actuellement détenues par la Chine dont le rendement a baissé de 3 à 1,5% depuis 2018 (après un plancher à moins de 1% entre décembre 2019 et août 2020), ne représentent que 4,7% du total de la dette américaine (21 000 Mds de $ à la fin 2020).


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