›› Politique intérieure
Zhong Nanshan, tour à tour consensuel et rebelle.
Zhong Nan Shan en revanche, qui ne conteste pas le régime et approuve sa réponse à l’épidémie par la fermeture totale du Hubei, est la rassurante caution scientifique de Pékin, n’hésitant pas à relayer la théorie complotiste d’une origine américaine du virus. Le parti non seulement laissa dire l’énormité, mais la relaya par son porte parole.
Il reste que dans la Chine confucéenne où la vertu du Prince est un exigence, la manipulation a choqué et la réputation de Zhong en a souffert. Sur les réseaux sociaux, le public ne fut pas dupe. « Zhong a été kidnappé ? J’ai l’impression qu’il est devenu une mascotte du pouvoir », s’exclama un internaute.
Zhang Wenhong, directeur du département des maladies infectieuses de l’hôpital de Huashan, nouvelle coqueluche des réseaux sociaux, prit le contrepied de son vieux collègue et lui ravit la place de virologue préféré du public : « Si le virus était venu de l’étranger, plusieurs villes chinoises auraient été touchées en même temps. Or Wuhan a été la première ».
Pris de court, les censeurs qui n’aiment ni la logique ni la vérité, effacèrent message.
Voulant restaurer son crédit Zhong Nanshan, écrivit alors une forte évidence dans le Journal of Thoracic Diseasen créé à Canton en 2009 dont il est l’éditeur. « La Chine aurait pu réduire de deux tiers le nombre de contaminés si elle avait pris ses mesures drastiques trois semaines plus tôt ». Le jugement critique tomba à plat.
Du coup, voulant rester le champion de la transparence, Zhong décida de frapper plus haut et plus fort.
Hésitations doutes et inquiétudes.
Le 17 mai, dans une interview exclusive à CNN - une initiative qui risque de lui attirer des ennuis - il dit haut et fort ce que le Parti qui a sanctionné les responsables locaux a lui-même reconnu, mais que tout à sa stratégie planétaire de réhabilitation de son image, il aimerait bien faire oublier : « Les autorités locales de Wuhan ont supprimé les informations clé sur l’ampleur et la nature de l’épidémie ».
Zhong Nanshan lui-même qui a attendu le 20 janvier pour donner l’alerte sur les risques de transmission directe du virus a lui-même succombé à la puissante emprise de l’appareil.
A l’origine des pression exercées sur les lanceurs d’alerte, le quadrillage politique implacable de la préparation des réunions des « deux assemblées » en amont des sessions nationales de mars où il était exclu que la moindre fausse note perturbe la grand-messe annuelle du léviathan politique chinois.
Une fois la catastrophe déclenchée les langues se sont déliées. Le 15 mars, Wang Guangfa, qui dirigea une équipe d’investigation et tomba malade à son retour à Pékin le 16 janvier postait sur WeChat « j’ai toujours suspecté une transmission humaine directe ».
Il reste cependant une inquiétude majeure. Avant d’être limogé, Zhou Xianwang, le maire de Wuhan, celui-là même qui, avant le 23 janvier, soulignait qu’au moins 5 millions d’habitants avaient quitté la ville, expliqua qu’il n’avait pas été autorisé à divulguer les informations. La question qui est peut-être explosive est : d’où venait l’interdiction ?
Autre interrogation, bouteille à l’encre de l’avenir politique du pays : combien de temps encore, la muraille normative de l’opacité, surveillée par une armée de censeurs résistera t-elle aux assauts de la transparence quand monte le flot de plus en plus rapide des échanges connectés bientôt à la vitesse de l’éclair par le quadrillage de la G5 dont la Chine est elle-même le champion ?
La dernière alerte sérieuse eut lieu le 8 février dernier quand la toile chinoise entra en effervescence à la mort du Dr Li Wenliang. Décédé du covid-19 contre lequel il avait tenté de mettre en garde l’opinion, l’appareil l’avait censuré avant d’en faire le héros national de la lutte contre l’épidémie. Au-delà de l’acrobatie normative, personne n’est dupe.
