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L’instrumentalisation nationaliste de la course aux vaccins

Le graphe produit par l’OMS montre l’avance de la Chine. Il date du mois de mai. Depuis cette date, la Chine a commencé des tests phase III, avec au moins trois groupes pharmaceutiques qui se sont exonérés de la phase II.


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Après l’annonce très critiquée par la communauté scientifique en Europe et aux États-Unis, de Vladimir Poutine le 11 août que la Russie avait développé un vaccin Convid-19 conférant une « immunité durable » dont sa propre fille avait bénéficié, la Chine s’est aussi lancée dans cette course qui prend l’allure malsaine d’une compétition globale aux accents nationalistes. Les laboratoires américains ne sont pas en reste, mais l’administration de la santé reste plus prudente.

Au milieu de commentaires sceptiques des médias et des experts, la foire d’empoigne précipitée fait surgir des doutes sur l’efficacité des vaccins et des craintes sur leurs effets indésirables nocifs.

Dans leur hâte de parvenir à un résultat exploitable, certains laboratoires notamment chinois se sont en effet exonérés de la phase II du processus d’élaboration du vaccin. Étalée sur un à deux ans, celle-ci consiste à vérifier sa tolérance par les patients, contrôler son efficacité, sa durée d’immunité et à définir les doses optimales.

Quant à la phase III dans laquelle se sont engagés au moins quatre laboratoires chinois [1], mais sur laquelle la Russie aurait également fait l’impasse, elle consiste à faire des essais sur un grand nombre de volontaires pour étudier les bénéfices – risques et définir les conditions et les précautions d’emploi, en vue de l’approbation officielle.

Il existe une phase IV débutant avec la commercialisation durant laquelle patients et médecins sont incités à déclarer des effets secondaires non signalés aux instances de surveillance (en France, l’ANSM). Cette phase dure tant que le vaccin reste commercialisé.

Vaccins chinois en Chine et dans le monde.

Sinopharm a lancé la phase III de tests d’un vaccin en Arabie Saoudite.


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Le 22 juillet, Zheng Zhongwei 郑忠伟, Directeur du Centre Scientifique et technologique de la Commission de la santé publique révélait que, depuis plus d’un mois, la Chine inoculait un vaccin à des personnels de santé dans le cadre d’une campagne de vaccination accélérée.

Il annonçait en même temps qu’avant la saison grippale, la campagne allait être étendue à d’autres personnels dont, a t-il dit, des responsables de la prévention épidémique et des agents de surveillance des frontières. La révélation venait après celle qui, en juillet dernier, faisait état de candidats vaccins chinois testés déjà de manière non conventionnelle, sur des échantillons de volontaires parmi les personnels des groupes publics.

L’accélération des procédures qui se dispensent des phases II et probablement III dans le cas de la Russie, est attisée par la résilience de la pandémie qui ne faiblit pas, avec un bilan global de plus de 820 000 décès, un nombre de victimes journalières en hausse après une chute en mai et juin, mais revenu à la hauteur des chiffres d’avril de plus de 6000 / jour, et des foyers encore virulents en Inde, aux États-Unis et au Brésil.

D’autres foyers sont encore très actifs au Mexique, en Colombie, au Pérou, au Chili, en Argentine et en Afrique du sud. Enfin le nombre de cas est reparti à la hausse en Indonésie, en Irak, en Ukraine, en Espagne et en France.

En Chine, cité par Supchina, Zheng Zhongwei défend sa démarche dans les médias locaux « la procédure accélérée s’applique à des volontaires et les effets indésirables des essais sont suivis avec rigueur. La campagne, dit-il, s’appuie sur une législation autorisant des procédures d’urgence permettant d’inoculer des candidats vaccins encore non approuvés à des personnes à risques ou essentiels au fonctionnement des services sociaux et urbains. »

Les médias chinois rapportent que Sinopharm cité plus haut a commencé la phase 3 aux Émirats pour deux vaccins développés par les Instituts Biologiques de Wuhan et de Pékin.

L’annonce fait suite à celle ayant déjà évoquée des tests des vaccins chinois en Argentine, au Pérou et au Maroc.

Selon le PDG du groupe, Liú Jìngzhēn 刘敬桢 qui s’exprimait en juillet, un vaccin pourrait être prêt d’ici la fin de l’année. Il s’était même avancé sur le prix qui selon lui serait inférieur à 1000 Yuan (144 $).

A côté des déclarations sur la mise en circulation rapide d’un vaccin chinois, le régime envoie des messages sur sa distribution ciblée. Après ses promesses de réserver en priorité le vaccin à des pays choisis comme les Philippines, le Brésil, l’Indonésie, le Pakistan et la Russie, Li Keqiang a, le 24 août, évoqué la priorité accordée au pays de la Commission du Mékong, le Laos, le Myanmar, la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam.

Clairement se dessine la volonté de Pékin de se placer en tête de la compétition pharmaceutique mondiale.

Dans une interview à Challenges le 30 avril, Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la Recherche stratégique, expliquait que la Chine voulait afficher la puissance de son industrie pharmaceutique, pas seulement dans le secteur des principes actifs, mais aussi dans la mise au point des traitements et des vaccins.

Avec le deuxième marché pharmaceutique mondial derrière les États-Unis, la Chine a généré une industrie nationale qui, aujourd’hui, vise le marché global.

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Aux États-Unis qui abritent 5 laboratoires parmi les dix premiers mondiaux [2] dont la valorisation boursière totale est de 259 Mds de $, le Dr Fauci, directeur de l’Institut national des allergies et maladies infectieuses rattaché au Ministère de la Santé, est plus prudent.

Après avoir déclaré qu’un vaccin pourrait être disponible d’ici la fin de l’année ou au début 2021, il a, le 25 août, mis en garde dans une interview à Reuters, contre la mise sur le marché de vaccins non fiables.

Son avertissement venait après que D. Trump ait laissé entendre que son administration pourrait exceptionnellement autoriser un vaccin sans l’avoir complètement testé.

Note(s) :

[1Il s’agit des candidats vaccin de Sinovac, Sinopharm (Wuhan et Pékin) et Fosum Pharma / Pfizer.

Tous sont engagés dans la phase III après avoir sauté la phase II. En revanche, plusieurs autres laboratoires chinois se sont normalement engagés dans la phase II.

Il s’agit de « CanSino Biological Inc », de « l’Institute de biotechnologie » de Pékin, de « Zhifei Longcom Biopharmaceutical » Anhui, de « L’Institut de Microbiologie », de l’Académie des Sciences, de « l’Institut de biologie médicale » de l’Académie des sciences médicales. (source OMS).

[21. Johnson & Johnson ou J&J : 85,2 Mds. Merck & Co ou MSD : 49,3 Mds.
Pfizer : 47,3 Mds ; Bristol-Myers Squibb : 42,2 Mds. AbbVie : 35,3 Mids.


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