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›› Politique intérieure

La 12e ANP. Un sentiment d’urgence. Des intentions ambigües

Le 17 mars, dans l’après-midi, a pris fin le transfert de pouvoir à la 5e génération des dirigeants du Parti Communiste Chinois. Ce dernier avait déjà renouvelé le cœur de la machine politique du Régime lors du 18e Congrès en novembre 2012. Par l’exercice législatif qui vient d’avoir lieu, en grande partie formel, mais pas seulement, le Parti se donne une « image exportable », habillée des concepts occidentaux des institutions de gouvernement.

Il est cependant important de se souvenir que le centre nerveux du pouvoir en Chine se trouve toujours retranché au Bureau Politique du Parti et dans son expression ramassée que constituent le Comité Permanent et ses diverses commissions adjacentes.

Ne cédant qu’à la marge aux principes de démocratie et de transparence, la réunion de l’Assemblée Nationale Populaire, ouverte le 3 mars, a confirmé Xi Jinping, le Secrétaire Général du Parti désigné en novembre, au poste de Président de la République, et Li Keqiang à celui de Premier Ministre, tous deux placés sur cette trajectoire depuis le 17e Congrès en 2007, après une lutte de pouvoir, où le deuxième avait été évincé de la course vers le Secrétariat Général du Parti et la Présidence, au profit du premier.

C’est à ce nouveau couple, placé par le Parti à la tête du pays pour 10 ans, qu’est revenu le soin de clore la 12e Assemblée Nationale Populaire. Le Président, par un discours adressé à la Nation et le Premier Ministre par une conférence de presse, dont les questions avaient été soumises à l’avance et à laquelle le représentant du New York Times à Pékin, en disgrâce après l’article sur les corruptions de l’épouse de Wen Jiabao publié le 26 octobre 2012, n’a pas été invité (Lire notre article Wen Yeye, le grand-père du peuple entre corruption et guerre des clans).

Les députés ont également massivement approuvé la nouvelle hiérarchie gouvernementale, vice-ministres, conseillers d’état, ministres ainsi que la composition de l’appareil judiciaire du régime.

Mais ce processus très formel, qui tient à la fois de la parade et du plébiscite, habituellement marqué par le souci du Parti d’afficher une harmonie politique sans faille, ne fut pas totalement sans surprises, ni grincements de dents. Il a, en effet, une nouvelle fois, révélé les querelles de clans, de personnes et d’influence, perceptibles dans la désignation à contre courant d’un Vice-président, pourtant écarté du Comité Permanent en novembre, à quoi s’ajoute le maintien à son poste du gouverneur de la Banque Centrale, que le Comité Central du 18e Congrès avait cependant désavoué.

Les marchandages, qui expriment aussi des visions politiques opposées, troublant la surface lisse d’un hypothétique consensus, n’ont cependant pas empêché que la grand-messe législative de 2013 restera dans les archives comme le point de départ d’une nouvelle réforme administrative, dont l’ampleur théorique devra cependant être confirmée dans les faits. La 12e Assemblée Nationale Populaire fut en effet l’occasion de lancer la première grande restructuration de l’Etat chinois depuis 5 ans, notamment par le démantèlement – ce qui n’est pas rien - du monstrueux ministère du rail et le regroupement d’une longue liste d’entités bureaucratiques, jusque là éclatées dans le dédale administratif du pouvoir.

Enfin, la répétition dans tous les rapports de l’ampleur des défis auxquels la Chine est confrontée, confirme que la tête du Régime est à la fois consciente de l’urgence politique des réformes et de la difficulté politique de leur mise en œuvre.

Xi Jiping et Li Keqiang aux commandes.

Le Président et son premier ministre - contrairement à son prédécesseur, qui n’était que troisième, ce dernier est placé au 2e rang protocolaire du régime -, se sont exprimés pour la première fois dans leurs fonctions officielles, le 17 mars au Grand Palais du Peuple devant les 3000 délégués de l’ANP.

De ces deux interventions, on retiendra à la fois le lyrisme du Président et une unité de ton qui exprime un sentiment d’urgence, en même temps que l’absolue nécessité d’une conjonction solidaire des efforts de tous, sous peine d’accident interne. Revenant sur les thèmes du « rêve chinois » et de la « renaissance de la Nation », qu’il développe depuis le Congrès, sans cependant expliciter clairement leur contenu, Xi Jinping a en revanche défini la méthode pour le réaliser.

Celle-ci est articulée autour du redressement moral, de la frugalité, du travail acharné de tous et de l’esprit patriotique, tout en gardant à l’esprit les « caractéristiques chinoises », ce qui laisse supposer que la voie choisie restera à l’écart du modèle occidental. « Il nous faut résolument rejeter le formalisme, la bureaucratie, l’hédonisme, l’extravagance, et lutter avec détermination contre la corruption et les écarts de comportement ».

Mais, conscient des risques qui pèsent sur le Parti, maintes fois exposés par son prédécesseur, et convaincu de la double nécessité d’un sursaut moral et des réformes, en même temps inquiet de l’effet de réformes trop radicales sur le magistère du Parti, il ajoute « l’heure n’est pas à l’autosatisfaction ni au relâchement. Il nous faut développer et promouvoir l’esprit chinois qui combine à la fois le patriotisme [ndlr : comprenez l’allégeance au Parti] et la réforme ».

Quant à Li Keqiang, qui dit souhaiter une urbanisation contrôlée sans bidonvilles, et avoue avoir été choqué par la pollution à Pékin, il a repris le flambeau de l’attention sociale portée aux plus défavorisés, – 175 millions de Chinois vivant avec moins de 1,5 $ par jour –, aux pauvres des campagnes, aux retraités et aux migrants, et promis de réduire l’omnipotence de l’Etat, tout en avouant que le processus sera difficile « réformer c’est réduire le pouvoir du gouvernement. Une révolution douloureuse que nous nous imposons à nous-mêmes et exigera de vrais sacrifices ».

Limitant pour l’instant sa vision des réformes aux restructurations entérinées par l’ANP, le nouveau chef du gouvernement a cependant éludé les questions politiques tout en reconnaissant la force de résistance des avantages acquis, précisant que « combattre les intérêts catégoriels est plus difficile que de consoler les âmes ». La remarque sonnait comme une critique adressée à son prédécesseur qui s’était construit une image d’homme politique charitable proche du peuple et de ses misères.

Mais pas plus que le président, Li Keqiang n’a évoqué la suppression du système du Laojiao ou l’appel des intellectuels lancé au Parti avant l’ouverture de l’ANP pour la ratification du Traité International pour les droits civils et politiques.

Apaiser les relations internationales.

Au-delà des paroles convenues sur la politique internationale de la Chine et sur ses relations avec Hong Kong, Macao et Taïwan qui, dans ce genre d’exercice, n’abordent jamais les contradictions et les tensions, l’impression générale est tout de même celle d’une volonté de compromis.

Des deux premières prestations de la nouvelle tête du régime et des commentaires plus anciens de militaires de l’entourage de Xi Jinping, il ressort en effet que la nouvelle direction pourrait être déterminée à apaiser les relations tumultueuses de la Chine avec les Etats-Unis et plusieurs de ses voisins directs – Japon, Philippines, Vietnam – ainsi qu’avec les autres pays de l’ASEAN.

S’il est vrai que le budget de la défense a encore été augmenté de plus de 10% et que le Secrétaire Général, également Président de la Commission Militaire Centrale, a appelé l’APL à améliorer des capacités opérationnelles – ce qui était à la fois un encouragement et une critique -, la tonalité des interventions de politique étrangère, est de plus en plus à la conciliation, à mesure que Xi Jinping affirme son pouvoir sur la bureaucratie et l’armée.

La nomination de Wang Yi, diplomate plus souple et plus manœuvrier que l’abrupte Yang Jiechi, nommé Conseiller d’Etat, chargé des Affaires stratégiques, en remplacement de Dai Bingguo, aidera peut-être à cet ajustement.

Selon l’agence Reuter le Général Liu Yuan, proche du Président, a à plusieurs reprises mis en garde contre les risques de dérapages militaires.
Actuellement commissaire politique du département logistique de la Commission Militaire Centrale, le Général Liu, fils le Liu Shaoqi, parle d’autorité à un moment crucial de la transition, dans une ambiance générale nationaliste où ses collègues ont des vues plus agressives. « Beaucoup de jeunes n’ont pas idée des dégâts que peut causer la guerre ; S’il existe une alternative pacifique, il est nécessaire de l’explorer pour éviter le recours à la violence extrême d’un conflit armé ».

Cette interview faisait suite à un article écrit dans le Global Times, où Liu expliquait que les précédents conflits avec le Japon avaient sérieusement retardé la modernisation de la Chine. Pour les analystes chinois, le discours sur les risques de guerre, de la part d’un officier général aux ascendances familiales prestigieuses, vise à inverser l’actuelle tendance ultra-nationaliste de l’opinion, nourrie par la presse, qui, depuis plusieurs mois, publie à jets continus des reportages au ton belliqueux sur la présence de la marine chinoise dans les parages des ilots contestés.

Alors que récemment l’International Crisis Group a pointé du doigt les risques de dérapage militaires créés par la présence, souvent anarchique, d’une multitude de bâtiments de surveillance, la campagne d’apaisement menée par Liu Yuan, qui insiste sur les conséquences catastrophiques des guerres, aurait pour but de préparer l’opinion à une approche plus conciliante de la Chine. Cette volonté d’apaisement, dont il faudra cependant tester la réalité à l’usage, pourrait s’étendre à l’ensemble du scope des relations internationales de la Chine, et en premier lieu aux Etats-Unis. Xi Jiping et Li Keqiang ont en effet tous les deux à plusieurs reprises insisté sur l’importance d’une meilleure coopération bilatérale et l’importance d’éviter des dérapages.

S’il est vrai qu’au moment de sa prise de fonction, la nouvelle tête du Régime semble disposée à la conciliation par une approche plus souple, - mais c’était le cas aussi de Hu Jintao et Wen Jiabao en 2002, notamment avec le Japon, il n’est pas certain que le discours de Liu Yuan soit entendu par ses pairs.

A l’intérieur du sérail il sent le souffre, nimbé de sa réputation de pourfendeur impitoyable de la corruption au sein de l’appareil militaire, mais ayant, à l’occasion, flirté avec la tendance populiste de Bo Xilai avant sa chute, et pris des distances avec la pensée de Deng Xiaoping.

Sans compter que sa nouvelle philosophie d’apaisement semble un opportunisme, qui tranche radicalement avec quelques unes de ses prises de positions antérieures nettement plus belliqueuses (Lire notre article Congrès du Parti. Ruades militaires et perspectives pour la CMC).


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