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›› Editorial

La face cachée des « caractéristiques chinoises ». Nationalisme et vulnérabilités

La genèse d’une rupture.

Xi Jinping et sous lui, le nouveau Comité Permanent du BP après le 19e Congrès. Au milieu, Li Keqiang, 62 ans, n°2 ; à sa droite, Li Zhanshu, 67 ans, n°3 ; à sa gauche, Wang Yang, 62 ans, n°4 ; à droite de Li Zhanshu, Wang Hunning, 62 ans, n°5 ; à gauche de Wang Yang, Zhao Leji, 60 ans, n°6 ; à droite de Wang Hunning, Han Zheng, 63 ans n°7. Cette équipe a entériné le vieux concept de Deng Xiaoping du « socialisme aux caractéristiques chinoises » définissant une route à l’écart des « valeurs occidentales » d’un État de droit et où le parlement et la justice ne sont pas indépendants de l’exécutif.


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Vue à Pékin comme une preuve de mauvaise foi anti chinoise et sources d’aigreurs réciproques, les constantes leçons des financiers internationaux infligées à la Chine ont d’autant plus contribué à nourrir les ressentiments que les dirigeants chinois avaient le sentiment que leur réactivité homothétique de celle des banques américaines avaient évité au monde une nouvelle « crise de 1929 ».

Ce sentiment d’injustice fut, avec l’idée des « caractéristiques chinoises », à l’origine de la création, en juillet et octobre 2014, de la banque des BRICS et de celle des Investissements d’Infrastructure.

Marchant clairement sur les platebandes du FMI et de la Banque Mondiale que les émergents et les pays en développement considèrent comme les survivances de l’ordre américain contesté, ces nouvelles institutions financières largement appuyées par de puissantes mises de fonds chinoises, furent clairement un des marqueurs d’une cabale contre Washington et l’ordre mondial de l’après-guerre.

Mais, contrairement à ce que pensent les adversaires de la nouvelle Maison Blanche ce n’est pas Trump qui porta un coup fatal au libéralisme, mais bien la crise financière. En revanche, il est exact que, pour se faire élire, le président surfa habilement sur les désillusions de nombre d’Américains pour le libre commerce et l’ouverture prônées à contre courant et à contre emploi par Xi Jinping, n°1 d’un Parti, en réalité férocement articulé à la défense bec et ongles des intérêts chinois.

Durant la campagne présidentielle, la désignation par Trump de la Chine comme bouc émissaire des déboires américains de la mondialisation heurtait de plein fouet l’image « bénévolente » et ouverte que le Parti voulait donner de lui-même.

Le piège de Thucydide.

Dans son livre « destined to war, condamnés à la guerre », Graham Allison anticipe le risque que Pékin et Washington soient entraînés dans une guerre par l’enchaînement néfaste des rivalités de puissance.


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La conclusion de Ferguson revient sur la théorie très en vogue aux États-Unis du « piège de Thucydide » analysée par Graham Allison professeur de sciences politiques à Harvard dans « Destined for war – condamnés à la guerre ». Reprenant l’ancestral jugement de l’historien des guerres du Péloponnèse selon laquelle « la guerre devint inévitable dés lors que la montée en puissance d’Athènes provoqua une anxiété à Sparte », la théorie est aujourd’hui transposée à la relation sino-américaine où Washington ressent l’angoisse de la montée en puissance de la Chine.

Dans son livre, Allison explique qu’au cours des 5 derniers siècles, sur les 16 fois où un potentiel rival a remis en cause une puissance établie, la guerre a éclaté 12 fois. Aujourd’hui, alors que Xi Jinping et Trump ont tous deux promis de restaurer la grandeur de leur pays, les perspectives du 17e cas de contestation d’une puissance établie par une autre sont sombres.

« A moins » dit Alison « que Pékin révise ses ambitions à la baisse ou que Washington accepte d’être rétrogradé à la 2e place sur le théâtre pacifique, le risque existe qu’une querelle commerciale, une cyber-attaque ou un incident maritime dégénère en un conflit ouvert.

Aux États-Unis tout le monde n’est pas sur cette ligne fataliste. Arthur Waldron, Docteur en histoire de Harvard et professeur de relations internationales à l’université de Pensylvanie, qui concentre ses recherches sur le développement du nationalisme chinois, critique Allisson et lui reproche son défaitisme.

Défaitisme et impasse sur les vulnérabilités chinoises.

En dépit des spectaculaires réussites et de l’affichage de puissance, la Chine recèle de nombreuses fragilités qui vont du stress hydrique aux tensions pour l’énergie en passant par la faible rentabilité du capital et de l’énergie.


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Mettant en garde contre « le piège de Chamberlain » et le « complexe de Munich » dont le recul face aux menaces de Hitler avait conduit au désastre, il préconise pour éviter la guerre non pas de céder aux revendications territoriales de Pékin, mais d’y résister, tout en prenant conscience des vulnérabilités chinoises absentes du livre d’Allison.

Passées sous silence par les adeptes des jugements hyperboliques sur la puissance chinoise, les vulnérabilités du pays devraient pourtant intéresser au premier chef tous ceux faisant profession d’examiner le futur. Les fragilités vont du stress hydrique aux défis énergétique et écologique, obligeant Pékin tout à la fois à importer des quantités croissantes de pétrole et de gaz dont la facture ne cesse d’augmenter et, par souci écologique, à construire un très inquiétant parc de centrales nucléaires y compris une douzaine d’unités flottantes.

Les vulnérabilités chinoises se lisent aussi dans la faible rentabilité du capital et de l’énergie produite. Quand en Chine une unité d’énergie produit une valeur de 33 centimes de $, elle en produit 77 en Inde, 3 $ en Europe et 5,5 $ au Japon. Ces chiffres connus des experts en énergie, mais rarement diffusés attestent que le pays gaspille non seulement son énergie, mais également ses ressources hydriques. Non résolus, ces problèmes dont la solution exigera de considérables ressources financières, pèseront sur le futur du pays.

S’il est vrai que les « caractéristiques chinoises » sont une affirmation nationaliste destinées à protéger le Parti des ingérences extérieures, elles prennent aussi le risque de le priver des coopérations indispensables à la solution de ses grands défis.


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Par Anonyme Le 15/01/2018 à 15h27

La face cachée des « caractéristiques chinoises ». Nationalisme et vulnérabilités.

Très intéressant, pourriez vous expliquer à un néophyte l’écart entre la Chine et l’Inde sur la valeur de l’unité énergétique produite.
Merci d’avance

Par François Danjou Le 18/01/2018 à 22h49

La face cachée des « caractéristiques chinoises ». Nationalisme et vulnérabilités.

Bonjour, merci de votre fidélité à QC. S’agissant de l’efficacité énergétique, marqueur du gaspillage ou, à l’inverse, des économies d’énergie (rapport entre l’énergie utile à la sortie d’un système et celle consommée par le système lui-même), l’Inde et la Chine ont réalisé d’importants progrès depuis 10 ans.

Pour des raisons structurelles conditionnées par la prévalence de la centralisation politique et l’obsession quantitative qui, jusque il y a encore moins de dix années, dominait le système productif, la consommation énergétique chinoise a proportionnellement augmenté beaucoup plus vite qu’ailleurs. Le schéma de la page 37 du rapport 2017 de l’Agence Internationale de l’Energie montre clairement cette accélération par le truchement de la production d’énergie.

https://yearbook.enerdata.net/total-energy/world-energy-intensity-gdp-data.html

L’intensité énergétique chinoise (rapport de l’énergie consommée au PIB) reste importante et supérieure à celle de l’Inde à 0,18 contre 0,12. Une autre cause structurelle et politique est que la Commission Nationale pour la réforme et le développement, chargée de la planification et, avec d’autres, des économies d’énergie est politiquement proche des grands groupes publics dont la disponibilité à réformer leur fonctionnement pour améliorer leur efficacité, reste aléatoire.

Il s’agit là d’un des grands défis à venir de la direction du régime chinois, pris entre sa volonté de combattre les féodaux rétifs aux réformes et son désir de créer des géants industriels de dimensions mondiales.

Sans être des experts de l’Inde, à QC nous faisons l’hypothèse que ce type de blocage ou de freins venus à la suite d’une longue période de 30 ans de gaspillage sans mesure est un facteur moins déterminant en Inde. A quoi il faut ajouter que le secteur industriel - grand consommateur d’énergie en Chine - est encore faible en Inde, ce qui paradoxalement réduit les sources de gaspillage.

La vérité oblige cependant à dire qu’au cours des dernières années, les grands progrès mondiaux d’économie d’énergie ont été réalisés grâce à la Chine et aux Etats-Unis. Le centre de recherche TERI http://www.teriin.org/about-teri a récemment produit un intéressant document patronné par le PNUD faisant le point des politiques chinoises d’économie d’énergie. A lire.

https://www.iea.org/publications/freepublications/publication/KeyWorld2017.pdf

http://www.teriin.org/files/energy-efficiency/mobile/#p=26

Enfin, notez que les chiffres de l’article dans la dernière partie de l’article sont ceux d’Arthur Waldron. Ils sont à mettre en perspective dans le débat qui l’oppose à Graham Allison sur le thème de la puissance chinoise qu’il est en effet important de relativiser en analysant les fragilités du pays, ce que les adeptes des hyperboles, se contentant de reprendre les discours chinois, ne font que rarement.

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