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›› Chronique

La modernisation de l’APL selon le Pentagone

Capacités futures et lacunes de l’APL.

Le chapitre 3 s’intéresse dans le détail aux capacités futures de l’APL. S’il est vrai que le cœur de la modernisation des forces est toujours structuré par l’hypothèse d’un conflit dans le Détroit de Taïwan, les programmes d’équipement visent également à améliorer la capacité d’engagement à longue distance en Asie, très au-delà de Taïwan, en mer de Chine du Sud, dans le Pacifique Occidental, dans l’Océan Indien et long de ses routes logistiques vers le Moyen Orient.

Mais au-delà de ces analyses déjà connues, on retiendra de cette partie la modernisation de l’aéronautique militaire, avec ses problèmes de motorisation, celle de la flotte des sous-marins stratégiques et d’attaque, ainsi que le développement des missiles balistiques et de croisière de toutes natures.

En aéronautique, les progrès s’articulent autour de la modernisation des modèles anciens et de la production de nouveaux équipements de 4e et 5e générations, y compris dans le domaine des hélicoptères (lire http://www.questionchine.net/le-reve-du-tout-electrique-de-byd?artpage=5-5)

Les avancées des chasseurs de combat J-10 et J-11B et J-20, et des appareils de transport longue distance et du ravitaillement en vol qui utilisent la recherche et la coopération civiles, seront – le document le souligne plusieurs fois – handicapées par les moins bonnes performances des moteurs russes et chinois.

Les autres lacunes concernent les difficultés liées à la maîtrise des opérations combinées et la contradiction entre, d’une part, les tendances centralisatrices du système politique chinois, et d’autre part, les nécessités d’une meilleure dispersion des lanceurs nucléaires, dont le regroupement constitue une vulnérabilité.

Sous marins et missiles.

Dans un article paru dans le WSJ du 7 mai, Andrew Erickson, expert à l’Ecole de Guerre Navale américaine, explique que c’est dans le secteur des missiles et dans celui des programmes de sous-marins nucléaires stratégiques et d’attaque que l’information nouvelle proposée par le rapport est la plus riche.

On y lit en effet que les 3 sous marins nucléaires stratégiques lance engins (SNLE) de la classe 094-Jin déjà opérationnels pourraient être rapidement complétés par « au moins 2 exemplaires actuellement en construction », ce qui, ajoute Erickson, « confèrerait à l’APL, pour la première fois de son histoire, une capacité de dissuasion nucléaire stratégique crédible à partir de plateformes navales ». Les essais du missile stratégique naval JL-2, à la portée de 7400 km ayant été menés à bien avec succès en 2012, les SNLE chinois seront donc dès 2013 en mesure de conduire des patrouilles à partir de leur base de Hainan.

Dans le même temps, les 2 sous-marins nucléaires d’attaque de la classe 093-Shang seront complétés par 4 autres variantes améliorées déjà en construction. « D’ici 10 ans », précise le rapport, « la Chine disposera, avec la version Shang 095, d’une importante puissance d’attaque par missiles de croisière et torpilles navales à partir de sous-marins, qui augmentera notablement ses capacités antinavires. ». Quant à la flotte de sous-marins à propulsion classique ou anaérobie de la classe Yuan (039-A), elle pourrait, d’ici 2020, atteindre une vingtaine d’exemplaires.

A ce propos, Erickson fait une incidence qui renvoie à la grande stratégie. Si on accepte l’hypothèse que les sous-marins classiques sont plus adaptés aux missions proches des côtes chinoises en Mer de Chine du Sud et de l’Est, et que ceux à propulsion nucléaire sont, du fait de leur rayon d’action, dédiés aux missions lointaines, le rapport entre les deux types d’équipements fournit une indication des priorités de Pékin à moyen terme, toujours clairement focalisées sur la zone d’intérêt stratégique direct de la Chine et ses approches.

Le rapport propose également une des premières vues d’ensemble exhaustive des programmes de missiles balistiques antinavires. Selon le ministère de la défense américain, l’APL continue la mise en service du missile DF-21D à la portée dépassant 1500 km, qui donne à la Chine « la capacité d’attaquer des porte-avions dans le Pacifique Occidental ». Par une des notes techniques et de contexte qui émaillent le rapport, on apprend également que « l’APL améliore, grâce à ses radars et ses satellites, ses capacités d’identification et de localisation de cibles à des distances éloignées des côtes chinoises ».

Selon le Pentagone, la Chine se donne les ressources financières pour accélérer et élargir ce programme unique au monde de missiles balistiques antinavires, y compris en mettant à l’étude des missiles, dépassant les 1500 km de portée.

Le passage du rapport sur l’aéronavale précise que le porte-avions Liaoning ne sera pas opérationnel avant 2015, mais confirme que la Chine se dotera de plusieurs autres exemplaires de PA dans les 10 années qui viennent, avec un premier exemplaire purement chinois opérationnel « dans la première moitié de la prochaine décennie ». Au passage, le document spécule sur la probabilité que, d’ici 10 ans, l’APL installera des bases ou des points d’appui à Malacca et dans les détroits indonésiens de Lombok et Sunda, pour ses ravitaillements en carburant, ses opérations minimums d’entretien et le repos de ses équipages.

Plus largement, le rapport estime que la Chine est devenue l’un des plus grands constructeurs navals de la planète, tandis que son arsenal de missiles balistiques et de croisière peut-être comparé à celui des nations les plus performantes. Les capacités de ses missiles sol-air sont également considérées parmi les plus avancées, de sorte que l’ensemble de missiles de toutes natures (balistiques, de croisière et sol-air) déployés par l’APL « compense les atouts défensifs, traditionnellement attribués à Taïwan ».

Au total, conclut Erickson, en dépit de lacunes qui donnent l’image d’une force encore déséquilibrée et à vocation plus régionale que globale, le rapport présente des capacités militaires chinoises en amélioration rapide dans les secteurs et dans l’aire géographique essentiels pour Pékin que sont le contrôle du détroit de Taïwan et la maîtrise de ses approches navales, y compris lointaines, par le truchement d’un arsenal de tir indirect, sans équivalent par ailleurs.


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