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Fracture au sein du « dialogue à 6 ». L’avenir sous contrainte.
En revanche on peut assez clairement identifier le positionnement des parties au dialogue à 6 où, en dépit des bonnes paroles diplomatiques, apparaissent deux approches divergentes. S’il est vrai que tout le monde alentour est sur ses gardes, la Chine et dans une moindre mesure la Russie, tout en réaffirmant leurs positions anti-prolifération, ont clairement choisi la coopération avec Pyongyang, et tourné le dos aux pressions destinées à forcer le Régime à abandonner son programme nucléaire. Comme si leur priorité n’était pas de freiner la prolifération, mais bien d’empêcher la chute du régime, bête noire de Pékin.
Mais la route vers la normalité par le développement est longue et chaotique. Voilà presque 10 ans que la Chine a opté pour cette voie, décalquée de ses propres expériences. Et pourtant, le niveau des échanges bilatéraux atteint à peine 3 Mds de $, contre 250 Mds avec la Corée du sud, dont le PIB est plus de 30 fois supérieur à celui de son frère ennemi. Le fait est que les investisseurs restent réticents et que plusieurs projets d’ouverture économique se sont enlisés, comme les essais de marché libre à la frontière. La raison en est que la réactivité commerciale du régime est très faible, bridée par une logique fermée d’affrontement et de contrôle absolu de sa population, dont Pyongyang craint la défection en masse vers la Chine.
Si Pékin et Moscou sont clairement engagés dans la voie de la coopération, avec en tête l’objectif d’éviter l’effondrement, Séoul, Washington et Tokyo placent au contraire la non prolifération au centre de leurs préoccupations. Les Etats-Unis refusent donc d’accorder à Pyongyang les garanties de sécurité qu’il réclame, et exigent d’abord un abandon définitif et vérifiable du programme nucléaire militaire.
Tel est le cul de sac dans lequel est aujourd’hui enfermé le dialogue à 6, dont Pyongyang a claqué la porte au printemps 2009 après avoir renvoyé les inspecteurs de l’AIEA. Par ce mouvement d’humeur dont il est coutumier, le Régime réagissait au raidissement de Washington qui soupçonnait que le lancement raté d’un satellite Nord-coréen était en réalité un essai balistique.
L’avenir de la péninsule est donc placé sous plusieurs contraintes. Les deux premières venant de Washington et de Pékin ont une rationalité. Celle de la Chine, d’abord, que la peur viscérale du chaos à ses portes – surtout en ces temps de révolutions arabes – pousse à privilégier le statuquo politique. Elle espère que ses aides économiques – on dit que Pékin fournit 90% du pétrole et 70% des importations alimentaires de Pyongyang -, ainsi que son exemple d’ouverture aux lois du marché, mais politiquement contrôlée, aideront le pays évoluer progressivement vers plus de normalité politique, sociale et économique.
Celle de Washington ensuite, qui prône une stricte vigilance anti-nucléaire, conditionnant les garanties de sécurité réclamées par Pyongyang au démantèlement du programme nucléaire contrôlé par l’AEIA.

