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La nouvelle agressivité des groupes chinois à l’international mise en perspective

Les « étonnements » du Chinois MIDEA

Aujourd’hui le groupe chinois doit faire face à la méfiance de Berlin dont une partie du gouvernement et notamment le ministre de l’économie Sigmar Gabriel, s’oppose à la reprise par Midea du fabricant de robots allemand Kuka. La raison invoquée est le risque de captation de technologies dans un domaine où l’industrie allemande est en pointe.

Pour Gabriel mieux valait tenter de trouver un repreneur européen. Mais pour l’instant aucun des repreneurs potentiels du secteur ne s’est montré intéressé, ni l’Allemand Siemens, ni le Suisse ABB. Le groupe privé Voith (mécanique de précision) qui détient 25% des parts de Kuka a fait savoir qu’il examinerait l’offre.

L’affaire était un des sujets de la 4e rencontre bilatérale le 13 juin à Pékin entre Li Keqiang et Angela Merkel qui s’est également rendue à Shenyang, fief de l’industrie lourde chinoise.

Le raidissement signale un changement d’attitude de l’Allemagne, jusque là ouverte aux rachats de groupes par des industriels chinois, essentiellement dans le secteur d’excellence des machines outils. En mai dernier, Midea avait manifesté l’intention de porter sa participation financière dans Kuka à 30%, qui l’oblige, selon la loi allemande, à faire une offre de rachat, ce que le groupe a fait en proposant 4,5 Mds d’€. L’offre valable jusqu’au 15 juillet est attractive et intéresse le conseil d’administration de Kuka puisqu’elle a valorisé l’action de Kuka à 115 € contre 108 €. Le 15 juin, elle a gagné 30% à la bourse de Francfort.

La direction de Midea qui considérait avoir fait une offre raisonnable profitable aux deux parties assortie de la promesse de ne pas procéder à des licenciements, de conserver la même équipe de direction ainsi que le siège du groupe à Augsburg laissant à Kuka une liberté de manœuvre opérationnelle, a été étonnée de tant de résistance. « Nous sommes un groupe privé qui n’obéit pas aux injonctions du gouvernement chinois. Notre intérêt pour Kuka n’a aucune implication politique. Il est seulement industriel. »

Andy Gu, le n°2 du groupe ajoutait une explication stratégique on ne peut plus rationnelle : « l’une de nos motivations premières pour le rachat est l’augmentation du coût du travail en Chine. La tendance nous impose de réfléchir à la mécanisation qui constituera notre marché dans un avenir proche ».

En mettant en perspective le passé proche, on note une évolution récente de l’attitude allemande et européenne, peut-être provoquée par les agressivités des groupes comme Anbang à la croissance fulgurante, à l’appétit insatiable et tous azimuts et dont le style expéditif finit par porter atteinte à la sérénité des affaires dont les groupes comme Midea sont des victimes collatérales. On ne peut pas non plus éluder l’effet des tensions nées des controverses en Europe et aux États-Unis autour des exportations chinoises d’acier à prix cassés.

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Pour autant, en observant la somme des engagements réciproques, force est de constater que les investissements allemands en Chine évalués à 60 milliards d’€ restent très largement supérieurs aux 2 Mds d’€ engagés par les groupes chinois en Allemagne. Ce rapport de 1 à 30 qui relativise les discours sur les risques posés par la Chine, confirme que les nouveaux blocages opposés aux investissements des entreprises chinoises ont un arrière plan politique. Ils signalent un changement du vent des affaires.

Pour mémoire, les récents investissements chinois en Allemagne ont concerné , en janvier 2016, le rachat par un consortium conduit par Chemchina du fabricant de machines Klaus Mafei pour 1 Mds de $ (Chemchina fut aussi l’auteur de la reprise la plus chère de l’histoire récente des F&A, voir aussi ChemChina se paye SYNGENTA. Objectifs : progrès technologiques et modernisation des campagnes). En 2012, le rachat par Sany Heavy Industries de l’Allemand Putzmeister pour 698 millions de $, tandis que le Chinois Weichai Power prenait 25% des parts du fabricant de camions Kion.

Lire aussi :
- Investissements Directs à l’étranger (I.D.E), une radiographie de l’influence de la Chine
- La Chambre de commerce de l’UE en Chine, nouvel acteur politique ?

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NOTE de CONTEXTE

MIDEA, un groupe chinois à l’arrière plan rassurant

En mai 2016, Till Reuter, le PDG de Kuka avait déclaré que l’offre de MIDEA n’était pas une OPA hostile.

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S’il est vrai que MIDEA a en tête d’améliorer sa maîtrise de la technologie des robots par le rachat de Kuka, il n’est reste pas moins que sa trajectoire de montée en puissance est classique, prudente et bien plus transparente que celle de l’assureur Anbang.

Installé à Foshan dans la province de Canton, le fabricant d’électroménager introduit à la bourse de Shenzhen en 2013, compte près de 140 000 employés en Chine et à l’étranger. Crée en 1968 par He Xiangjian 74 ans, 6e fortune de Chine, à partir d’une petite affaire de capsules de bouteilles, MIDEA 美 的 集团 s’est ensuite développé autour de la fabrication de ventilateurs, de climatiseurs, d’aspirateurs, de fours à micro-ondes, de bouilloires, de fours classiques et de réfrigérateurs.

Devenu un groupe d’envergure globale implanté en Europe et aux États-Unis avec des usines au Vietnam et des JV aux États-Unis, en Égypte, en Inde, au Brésil, en Argentine et au Chili, il a, en 2015 enregistré 1,6 Mds d’€ de profits en hausse de plus de 20% par rapport à 2014.

Fin 2015, ses actifs étaient évalués à 17 Mds d’€.

Voir Midea Group Co., Ltd. The 2015 Annual Report (document PDF).

En 1998, MIDEA a racheté l’usine de compresseurs Macro-Toshiba et la même année il a construit sa première usine de magnétrons (pièce maîtresse des micro-ondes) après avoir racheté des actifs de Sanyo.

En 2004, le groupe a fait l’acquisition des fabricants de réfrigérateurs Hefei Royalstar et Hualing inscrit à la bourse de Hong Kong. L’année suivante il entrait dans le secteur des aspirateurs en rachetant Jiangsu Chunhua et, en 2010, il rachetait le fabricant d’électro-ménager chinois Litte Swan.

En août 2012 He Xiangjian a quitté la direction du groupe remplacé par Paul Fang. Fin 2014 le fabricant de portable Xiaomi investissait 200 millions de $ dans le capital (1,2%) provoquant une hausse des actions de 6%. En mars 2015 MIDEA a créé une JV avec l’Allemand BOSCH avec l’objectif de développer sa branche climatiseurs. En août de la même année, la direction du groupe rendait publique son intention de former une JV avec le fabriquant de robots japonais Yaskawa.

Le même mois MIDEA achetait 5,4% des actions de Kuka. En 2016 il augmentait sa part dans le capital de l’Allemand à 13,5%. En mai 2016, il dévoilait son intention de monter à 30%. Peu après, il faisait une offre de rachat en proposant 4,5 milliards d’€, bien accueillie par le conseil d’administration et les investisseurs de Kuka, au milieu de la réticence d’une partie de la classe politique allemande.

Parmi les plus critiques : Singmar Gabriel, le ministre de l’économie qui ne faisait pas partie de la délégation d’Angela Merkel à Pékin le 11 juin dernier : « Au gouvernement, les avis sur l’offre du Chinois MIDEA sont partagés. Nous recommandons une reprise par un consortium européen » et le commissaire européen Günther Oettinger « les hautes technologies allemandes ne doivent pas finir aux mains des Chinois ». Quant à la Chancelière, elle a fait savoir à Li Keqiang, que, respectant les lois du marché, elle ne s’opposerait pas à une reprise par MIDEA.

Depuis plusieurs années le groupe réinvestit 3% de ses revenus dans la R&D.


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