›› Lectures et opinions
Choisir entre l’Etat dirigiste et l’initiative libérale.
Ces critiques et mises en garde qui enflent touchent aussi à une controverse interne, liée à la gestion macroéconomique, mais dont l’importance renvoie surtout aux choix politiques devant lesquels est placée la direction du pays. Cette alternative, qui s’exprime au travers de deux courants de pensée, est d’autant plus pressante que la situation des économies européenne et américaine n’est pas brillante et qu’une nouvelle crise globale menace.
En Chine, où surgissent des conflits sociaux et où la société exprime par à coups la méfiance que lui inspire l’oligarchie construite autour de l’alliance entre le pouvoir, les banques et les grandes entreprises publiques - voir les réactions de l’opinion lors de l’accident de TGV de Wenzhou - , le sentiment d’une fragilité structurelle encore aggravée par la volatilité de l’environnement international, fait peu à peu contrepoids aux fiertés nationalistes du miracle chinois.
Dans ses réponses à Caixin Wu Jinglian évoque les deux courants de pensée qui, aujourd’hui, s’affrontent en Chine. Une première école, qui semble tenir le haut du pavé, avance qu’un modèle dominé par une économie d’Etat contrôlée par un gouvernement fort serait le mieux en mesure de mettre en œuvre des stratégies économiques en accord avec les intérêts nationaux.
Ce schéma de développement qui, selon certains, pourrait faire école au vu des ratés des économies occidentales, a de surcroît permis de générer les ressources financières nécessaires aux grands projets et placé la Chine sur la trajectoire de 30 ans de succès éclatants. Il a - et par les temps qui courent l’avantage n’est pas mince - évité à la Chine les affres de la crise financière mondiale et suscité l’admiration des pays développés.
L’autre vision, diamétralement opposée, suggère que la croissance extraordinaire de la Chine depuis trois décennies n’est pas le résultat d’une politique centralisée de l’Etat, mais l’effet de la libéralisation de l’esprit d’entreprise. Elle indique également que le schéma de développement dirigé, appuyé sur des investissements massifs n’est pas durable.
Ce dernier provoque déjà de considérables gaspillages de ressources et d’irréparables dégâts à l’environnement. Générateur de corruption et d’une distribution des revenus inégale et très injuste, il sera tôt ou tard à l’origine de graves déboires économiques et sociaux, dont les prémisses sont déjà visibles.

