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Le chaos annoncé de la globalisation

Les Chinois observent avec effarement les querelles politiques internes qui poussent Washington au bord du précipice financier. Ils ont de bonnes raisons d’être inquiets puisque les Etats-Unis sont, avec Hong Kong, et de loin, la 1re destination de leurs exportations et que les deux tiers de leurs réserves de change ont été investis dans des actifs américains - en majorité des bons du trésor et des valeurs boursières -.

Par contre coup, les spécialistes financiers, voyant également l’Europe en déshérence, s’inquiètent des craintes chinoises, redoutant un cataclysme global. Déjà angoissés par les dettes abyssales des occidentaux, ils s’interrogent aussi sur la solidité des finances de la 2e économie mondiale si étroitement arrimée à celle des Etats-Unis.

Fragilités du système chinois.

Voilà en effet que des doutes surgissent sur la fiabilité des banques, le montant des dettes non recouvrables, le poids des interférences politiques, l’effet inflationniste des réserves de change et du Yuan étroitement jugulé, ainsi que sur les perversions des spéculations boursières et des bulles immobilières.

En janvier 2011, « The red capitalism. The fragile financial foundations of China’s extraordinary rise », - écrit par Carl E. Walter et Fraser Howie, deux banquiers d’affaires ayant vécu et travaillé 20 années en Chine ou avec la Chine, présente un système bancaire chinois à la fois contrôlé par le pouvoir, et fragile ; à la fois force de frappe du financement des entreprises d’état et du développement économique par l’investissement et, en même temps, au cœur d’un dispositif rigide qui peine à s’adapter aux exigences d’une société en évolution rapide.

Régulièrement remises à flot par l’Etat et par des capitalisations boursières, dont l’ampleur s’appuie plus sur des spéculations que sur de réelles créations de valeur ajoutée, les grandes banques chinoises effacent systématiquement leurs créances non recouvrables avec le concours des pouvoirs publics, qui contrôlent la majorité de leur capital.

Le livre décrit ainsi une situation unique. N’empruntant pas à l’étranger le système financier chinois est en effet moins directement vulnérable, mais sa monnaie n’est pas convertible, et ses banques, protégées de la concurrence internationale, et dont les comptes sont opaques, abritent 90% des actifs financiers du pays. Elles sont plus des outils de répartition du capital au gré des pouvoirs publics que des institutions financières responsables.

Dans cette organisation, les grosses entreprises nationales, principales destinataires du crédit des banques - mais qui n’honorent pas toujours leurs créances - sont les plus grands bénéficiaires de la croissance chinoise. Elles sont aussi le principal obstacle à une réforme du système financier que la crise économique a repoussé aux calendes grecques.

Le 21 juillet, le FMI, habituellement plutôt conciliant avec la Chine, pointait clairement du doigt pour la première fois depuis la crise la sous-évaluation du Yuan. Après quoi, une série d’analyses indiquaient que le contrôle de la monnaie créait un cercle vicieux, qui, par l’accumulation des réserves de change et l’excès de liquidités générait une inflation structurelle. Et, par contrecoup, une dangereuse bulle immobilière, dont l’impact sur les loyers et les prix des logements ne serait pas sans effet sur la stabilité sociale.

A la mi-juillet 2011, dans une interview accordée au journal Caixin, Wu Jinglian, le doyen des économistes chinois, conseiller du gouvernement, rappelait que l’Etat contrôlait tous les secteurs sensibles de l’économie et regrettait que l’administration disposât d’un pouvoir d’intervention discrétionnaire jusqu’aux échelons locaux. Lui aussi indiquait que ce système favorisait les entreprises publiques, créant une économie hybride, où le « gigantesque appareil d’état » devenait lui-même un obstacle à l’évolution du mode de développement.

Tel quel, ce dernier ne pouvait que perpétuer la corruption, creuset des inégalités, tout en favorisant le schéma de croissance par l’investissement et l’export, vulnérable et dangereux à terme. Après dix années de développement ininterrompu sur ce modèle semi-libéral marqué par la connivence entre l’administration et les affaires, apparaissaient aujourd’hui les signaux d’alarme de l’inflation, des bulles spéculatives et d’une création excessive de monnaie.

Wu Jinglian concluait son entretien par une mise en garde : « Si la Chine ne parvenait pas très vite à éliminer les obstacles institutionnels qui bloquent l’ajustement de son modèle de croissance, elle devra inévitablement faire face à un désastre économique et social ».


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