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›› Chronique

Le long chemin d’intégration des Chinois en France

Racisme ordinaire et insécurité.

« Ne me dites plus jamais Tching Tchong », s’écrie la journaliste de France Info Linh-Lan Dao, dans une vidéo diffusée peu de temps après le sketch polémique de Gal Elmaleh et Kev Adams sur M6 (Le Magazine du Monde du 27 janvier 2017.) Preuve que les vieilles recettes d’humour jouant sur la mise en boîte et le brocardage des communautés ne fonctionnent plus en ces temps de questionnements identitaires.


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Mais aujourd’hui, au-dessus de ces considérations politiques et culturelles à propos de l’intégration flottent clairement la hantise sécuritaire et l’exacerbation, parfois l’humiliation, face au racisme antichinois, constituant sans doute les soucis les plus structurants de la question de l’intégration des Chinois. Pour prendre la mesure de ces tourments, rien ne vaut un œil extérieur.

Dans un article publié le 26 octobre dernier, intitulé « Un assassinat à Paris : Pourquoi les François d’origine chinoise sont-ils en colère ? », Kevin Ponniah journaliste indépendant écrivant pour la BBC et The Guardian passait en revue les deux contingences les plus lourdes entourant la trajectoire d’intégration et la vie des Chinois en France.

1.- La longue collection de quolibets racistes dont ils sont victimes dès leur plus jeune âge à l’école, puis, plus tard à l’âge adulte, y compris ceux liés à leur façon de travailler en réseau dans la vente à partir d’entrepôts logistiques, comme les 1600 grossistes d’Aubervilliers et dont l’efficacité agace sur un mode assez voisin des reproches qui sont à la racine de l’antisémitisme ;

2.- Les tensions liées à leur sécurité entourées d’images stéréotypées de Chinois aux poches bourrées de cash et peu réactifs.

Selon les associations civiques, à Aubervilliers dans les 7 premiers mois de 2016 une centaine d’attaques ont eu lieu contre des ressortissants chinois ou des Français d’origine chinoise. Récemment, au tribunal, 3 jeunes qui comparaissaient pour 11 attaques, ont avoué que les Chinois étaient « des cibles faciles ». Une fleuriste exerçant depuis 17 ans ayant participé à la manifestation de la Bastille se plaignait que son magasin avait été attaqué deux fois, au point que l’assurance refusait désormais de la couvrir.

Pas étonnant alors que les commerçants et les résidents chinois d’Aubervilliers aient avoué à la BBC que le niveau de violence contre eux s’était aggravé. Pour Wang Rui, 30 ans, chef d’entreprise dans l’immobilier, fils de d’immigrants de Wenzhou et président de l’association des jeunes chinois de France (AJCF), qui a mis en garde le gouvernement, la situation est même devenue explosive.

Il décrit les nouvelles habitudes nées spontanément où l’on voit les pères de famille se regrouper pour escorter leurs femmes et leurs enfants à l’école et aller les rechercher et cite les exemples de La Courneuve ou d’Aubervilliers où des sentinelles sont postées en surveillance des fêtes de mariage pour déjouer les braquages.

Chocs culturels entre Musulmans et Chinois.

Après l’assassinat du couturier chinois Zhang Chaolin, la maire communiste Meriem Derkaoui d’origine algérienne avait courageusement dénoncé la double motivation du crime : le vol et le racisme.


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Mais Wang ne dit pas tout. Le dilemme d’intégration des Chinois télescope de plein fouet une autre réalité culturelle qui, aujourd’hui, pèse sur les banlieues françaises habitées par une population musulmane d’origine nord-africaine. En août 2013, le magazine Marianne publiait un reportage sur « le sentiment d’humiliation des immigrants musulmans » qui, « jaloux du dynamisme des Chinois, » ne cessaient de les agresser au point que l’ambassadeur de Chine en France s’était rendu sur place.

En réponse, la mairie d’Aubervilliers avait alors émis l’hypothèse que si les Chinois acceptaient d’embaucher plus d’Arabes et d’Africains, la situation pourrait se calmer. Ce que les commerçants et grossistes chinois refusèrent, au motif que cette catégorie de population « ne travaillait pas assez dur et avait trop de revendications. »

On le voit on est encore loin d’une harmonie française entre les communautés. Pire encore, alors que les autorités locales étaient restées inertes face à la montée de l’insécurité, la communauté chinoise menaça de faire appel aux triades, tandis que les Musulmans lancèrent une pétition pour demander l’expulsion des Chinois.

Aujourd’hui Meriem Derkaoui, maire communiste d’Aubervilliers depuis 2016 a bien saisi la sensibilité explosive de la question. Elle est, dit-elle, résolue à « faire reculer ces préjugés et à sensibiliser la population » à ce sujet. Après l’assassinat de Zhang Chaolin elle avait clairement stigmatisé la motivation raciste du meurtre, une affirmation d’autant plus courageuse qu’elle est elle-même d’origine algérienne.

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Forte de 600 000 personnes, la communauté chinoise vivant en France est la première d’Europe. La moitiée est arrivée venant du sud de la Chine et des 3 pays de l’ancienne Indochine. Les 300 000 autres viennent de Wenzhou au sud de Shanghai.

Arrivés après 1980 ces derniers forment l’ossature de la nébuleuse des entrepreneurs chinois, intermédiaires, grossistes, patrons d’entreprises travaillent en réseaux de familles élargies. La 3e vague d’immigration vient du Dongbei. Souvent composée de femmes seules ayant fui une situation économique et sentimentale délabrée, elles deviennent femmes de ménage, nounous ou prostituées.

Jusqu’à présents discrets et solidaires, travaillant dur pour assurer leur survie et la promotion de leur descendance, les Chinois de France sont aujourd’hui de plus en plus visibles, en réaction au racisme et aux agressions. La jeunesse relève la tête et s’organise au travers d’organisations comme celle de Wang Rui. Leur objectifs : échapper aux stéréotypes, organiser leur sécurité en se faisant mieux connaître, se tenir à distance des influences et du contrôle non seulement de l’ambassade de Chine, mais également de leurs parents, et obliger les pouvoirs publics à agir.


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