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Le monde vu par Xi Jinping. Elan global normatif et contrefeux

II.- Intérêts stratégiques directs et projection navale.

Devenue la 2e du monde, la marine chinoise représente une force de rupture stratégique. Dans sa zone d’intérêt direct elle vise, avec l’arsenal des missiles balistiques, à dissuader l’US Navy d’intervenir au profit de Taïwan.


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Deuxième groupe des priorités stratégiques de Xi Jinping : les 14 voisins et les océans qui bordent le pays. Les deux furent les chemins ou l’origine des invasions qui subjuguèrent la Chine au XIXe siècle. La périphérie terrestre est l’objet d’actives stratégies d’influence parfois élargies à coup de prêts, de dons et de coopérations d’infrastructure.

Le meilleur exemple est l’Organisation de Coopération de Shanghai (O.C.S) ayant elle-même agrégé, à partir de l’Asie Centrale, des pays à l’importance cruciale pour la Chine. L’Inde et le Pakistan, voisins directs et frères ennemis sont les derniers arrivés du cercle des membres actifs, tandis que l’Iran, l’Afghanistan, la Biélorussie et la Mongolie étaient des observateurs invités au sommet de Qingdao en juin 2018.

L’O.C.S est également l’épine dorsale originelle du projet eurasiatique des « nouvelles routes de la soie ». A la fois vecteur économique et stratégique et chemin d’exportation de l’économie chinoise par le truchement de vastes projets d’infrastructure mis en œuvre en majorité par des entreprises publiques, le projet initial fut avant tout le moyen pour Pékin d’augmenter l’emprise chinoise sur l’Eurasie et de sécuriser ses approches terrestres immédiates et lointaines.

Née il y a plus de 20 ans grâce aux efforts de l’Amiral Liu Huaqing, la puissante stratégie navale ayant doté la Chine de la 2e marine du monde
(lire : Chine – Afrique : De la quête des matières premières à la coopération. Sur fond de manœuvre géopolitique. et La marine chinoise lance deux destroyers géants.) est devenue un facteur de bascule géopolitique dans le détroit de Taïwan, en mer de Chine du sud ou dans l’océan indien.

Aux approches directes de la Chine, qu’il s’agisse des îlots bétonnés, élargis et militarisés ou du détroit de Taïwan, la stratégie de Pékin est claire : Installer le doute dans l’esprit de Washington et du Pentagone sur la capacité américaine à s’impliquer victorieusement dans un conflit aéronaval avec la Chine y compris pour voler au secours de Taïwan.

Aux approches immédiates de la Chine, et parallèlement à ses démonstrations de force, Pékin développe aussi une approche « douce » utilisant la puissance de son économie, de son commerce, de ses investissements accompagnant l’aide au développement dispensée, non sans quelques crispations négatives des pays cibles, au Pakistan, en Asie du sud-est et en Asie Centrale.

Dans ces zones la Chine est d’ores et déjà devenu un partenaire plus important que les États-Unis ou le Japon.

III.- La Chine ,le monde et les valeurs occidentales.

Le ministre des AE Wang Yi avec Sidiki Kaba Ministre des AE du Sénégal le 6 janvier 2019 (Xinhua). En Afrique, la Chine est persévérante, apprend vite et corrige ses erreurs.


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Le 3e groupe de priorités stratégiques au cœur de la réflexion de Xi Jinping touche précisément les points sensibles de la relation avec le monde et l’influence politique que Pékin entend y développer.

Avec l’Asie Centrale, l’Amérique Latine, le Sri Lanka, le Pakistan et les Maldives, une des cibles prioritaires de Pékin, homothétique de celles de Mao qui privilégiait les relations avec le Tiers Monde et les non-alignés de la guerre froide, est l’Afrique, déjà largement évoquée par QC et où la vision de Pékin ambrasse les 45 ans qui viennent.

Lire :
- A Johannesburg, Xi Jinping parie sur l’Afrique.
- Chine – Afrique : De la quête des matières premières à la coopération. Sur fond de manœuvre géopolitique.

Au-delà des critiques occidentales et de certains pays africains comme la Zambie, où la lourde insistance chinoise parfois assortie d’abus a provoqué une controverse de politique intérieure à Lusaka et la chute du gouvernement pro-Pékin, deux caractéristiques émergent : les Chinois tiennent compte des critiques et leur persévérance contre vents et marées s’inscrit dans le très long terme. A côté des échecs, de belles réussites s’affirment comme en Éthiopie ou sur tout le continent dans les secteurs des infrastructures de transport et de l’aide médicale directe.

Résultat, comme du temps de la guerre froide et de l’aide chinoise au Tiers Monde, mais avec des moyens décuplés par la puissance tentaculaire de son économie, Pékin se crée une clientèle d’alliés à l’ONU y compris pour sa stratégie dans le détroit de Taïwan visant la réunification à terme dont la date limite est implicitement liée à réalisation du rêve chinois en 2049.

Ambition culturelle globale et contrefeux.

Enfin dernier cercle des intentions de Xi Jinping, l’ubiquité multiforme des stratégies chinoises véhiculant une pensée politique opposée aux valeurs occidentales crée aujourd’hui partout en Occident l’angoisse que l’ordre de l’après-guerre établi par les vainqueurs du 2e conflit mondial cède le pas à l’influence chinoise.

Attisée par le surgissement à l’instigation chinoise d’une série d’institutions parallèles à la Banque Mondiale (banque d’infrastructure, banque des BRICS), l’inquiétude qui enfle et s’étend comme une trainée de poudre est précisément à l’origine des contrefeux auxquels Pékin doit aujourd’hui faire face.

Évoqués dans le dernier éditorial du site (A l’orée de l’année du cochon, bilan discordant de l’année du chien.), la longue suite de crispations anti-chinoises sont la manifestation la plus évidente du choc provoqué par l’émergence globale à un niveau inédit d’un contrepoids stratégique et culturel à la prévalence sans partage de l’Occident.

Alors que Xi Jinping indique de manière répétée dans ses discours que la Chine ne se contentera plus d’être une puissance de statuquo dont l’ambition serait de s’insérer dans l’ordre établi, l’alarme des Occidentaux est d’autant plus forte que les valeurs démocratiques mises à mal par l’ébranlement du monde ne paraissent plus être l’horizon politique souhaité et idéalisé qui prévalait au moment de la chute de l’URSS.

Faiblesse et angoisse des démocraties.

Manifestations des gilets jaunes à Paris. Dans la réflexion politique chinoise, rejoignant certaines idées en vogue à l’ouest, les démocraties et leurs débats compliqués assortis de troubles sociaux ont perdu leur capacité à agir efficacement face aux grands problèmes du monde.


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Au milieu des tensions migratoires, des inquiétudes sur le climat, sur les pénuries d’eau, sur la disparition des espèces et la monté des océans, la valeur qui monte n’est plus l’exigence du débat et celle de la parole donnée à tous, mais celle de l’efficacité politique, dont il faut bien reconnaître que nos systèmes indécis et complexes n’ont plus l’apanage.

Avant de disparaître Michel Rocard l’écrivait dans un article du Monde en 2011 « La démocratie sera la première victime de l’altération des conditions universelles d’existence que nous sommes en train de programmer (…) Lorsque l’effondrement de l’espèce apparaîtra comme une possibilité envisageable, l’urgence n’aura que faire des processus lents et compliqués de délibération. Pris de panique l’Occident transgressera ses propres valeurs de liberté et de justice. ».

Rappelant souvent le « martyr - 烈士 » subi par la Chine « crucifiée » au XIXe siècle, Xi Jinping et le Parti se souviennent que l’ordre actuel du monde a été établi par des puissances coloniales et considèrent qu’il n’est pas adapté à leurs intérêts.

L’appréciation des conséquences réelles et la portée de ces remises en question restent à faire. Mais déjà on voit bien que globalement les préceptes du droit, de la démocratie libérale et de la prévalence donnée aux droits des personnes sont remis en question.

L’ordre économique patronné par l’OMC, également contesté par D. Trump est lui aussi sur la sellette et l’actuelle guerre commerciale avec Washington ne fera qu’aggraver les résistances chinoises. Mais au moment où la Chine dessine elle-même son avenir de puissance accomplie à l’horizon 2049, ce qu’elle fera de son nouvel ascendant global reste encore flou.

Enfin, alors qu’en Occident un débat encore ténu commence à surgir sur la manière de reprendre une coopération positive avec l’omnipotence de Pékin et ses tendances normatives qu’elle réfrène mal, en Chine même monte un inconfort politique provoqué par les réactions adverses en riposte aux affirmations de puissance ayant tourné le dos aux conseils de prudence stratégique de Deng Xiaoping, vieux de plus de 30 ans.


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