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›› Chronique

Le Parti, point de situation et perspectives. La « sécurité nationale », assurance à large scope pour la pérennité du Parti-État

Depuis 2013, apparaissent les symptômes d’un culte de la personnalité du n°1 chinois. Le niveau n’a cependant pas encore tout à fait atteint les dévotions frénétiques quasi religieuses inspirées par Mao, ou, en URSS, par Staline ou encore celui dont sont encore l’objet les dirigeants nord-coréens.


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Après un arrêt sur image, radiographie des effectifs du Parti-État et de son recrutement, l’analyse qui suit décrit comment ses membres ont en fait l’outil exclusif des relations avec la société et de son contrôle. Sous l’égide de Xi Jinping, l’appareil, expression ultime et politiquement imprenable du pouvoir chinois, a mis en place - confondues avec une conception élargie de la « sécurité nationale » - les conditions de sa propre sécurité politique.

Celle-ci articule sa légitimité non seulement à l’efficacité qui réside en sa capacité de mobilisation opérationnelle des énergies en vue du projet de renaissance, mais aussi à un arsenal de contrôle répressif tenant à distance toute contestation au prétexte de la « sécurité nationale ».

L’effet secondaire de l’incorporation univoque et sans débat des enthousiasmes porte au minimum le risque d’un affaiblissement des dynamiques par l’effet du grippage bureaucratique. Au pire, il peut conduire à une sclérose sociale et à une stagnation de l’esprit d’entreprise et d’innovation. Pour l’instant, le pouvoir tient ces échéances à distance en attisant le nationalisme des accomplissements sociaux et celui de la performance technologique, par exemple celle de la conquête spatiale.

A l’étranger, la nouvelle posture d’affirmation de puissance aiguillonne l’orgueil national et contribue à la légitimité du Parti en dépit des contrefeux stratégiques ayant isolé la Chine de presque tous les pays occidentaux.

Radiographie du Parti. Effectifs, recrutements et loyauté.

(Tous les chiffres sont ceux de la Commission Centrale d’Organisation du parti, récemment publiés par l’Institut Mercator) qui a également inspiré l’idée maîtresse de l’analyse.

Elle spécule que, hors principe électoral, pour assurer la pérennité de son emprise sur le pays, l’appareil fonde sa légitimité non seulement sur ses performances socio-économiques et le spectaculaire aménagement du territoire qu’il met en œuvre, mais également en haussant au niveau d’un enjeu de « sécurité nationale » la « stabilité sociale », moyen d’éviter que des mouvements sociaux et des critiques contestent son pouvoir [1].

Depuis 2008, le nombre d’adhérents a augmenté de 21,8% passant de 78 à 95 millions. Soit 6,7% de la population totale.

Contrairement aux affirmations qui courent parfois, au moins au cours des cinq dernières années, le taux des admis par rapport aux candidats a été stable à 47%. En revanche, le nombre de candidats a nettement baissé de 21,8 millions en 2014 à 19 millions en 2019, soit moins 12,8%.

Le processus d’admission est devenu pointilleux et passe par plusieurs phases de contrôle dont le but est de vérifier le potentiel de loyauté des candidats. Après une demande présentée à la cellule locale, assortie d’un CV, d’une lettre de motivation et des informations sur sa famille, sur ses relations et ses convictions politiques, le candidat est contacté par deux mentors-enquêteurs qui vérifient ses renseignements après des voisins et des relations du candidat.

Après quoi, au cours d’un stage de trois jours, il est invité à rédiger une réflexion personnelle sur le marxisme-léninisme et la pensée du Parti. Puis, pendant une année de préparation, il soumettra chaque trimestre un essai sur les questions politiques majeures du moment.

Ce n’est qu’après cette période d’une année que le candidat est autorisé à faire officiellement sa demande. Il la présente en se faisant accompagner de deux garants qui lui servent de caution. Avant d’être officiellement admis à prêter serment, il devra encore subir une année de probation.

Plus de diplômés. Un âge moyen stable à 48 ans. Peu de femmes en responsabilité.

En dix ans, le nombre de diplômés est passé de 34 à 48 millions, soit 50% des membres. Si le nombre de femmes compte toujours pour près de 28% des membres, peu d’entre elles sont en situation de pouvoir. Au centre en bleu, Sun Chunlan, 孙春兰71 ans. Membre du Comité Central et du Bureau Politique depuis 2012, Sun, seule femme de la haute hiérarchie du régime, est entrée en politique par le biais de la Confédération générale des syndicats dont elle fut la secrétaire politique de 2005 à 2009. En 1997, à 47 ans, elle était n°2 au Liaoning et 4 ans plus tard Secrétaire du Parti de Dalian. Après quoi, elle a été n°1 du Parti au Fujian de 2009 à 2012, puis n°1 à Tianjin jusqu’en 2014, année à laquelle elle a été nommée à la tête du Front Uni. En octobre 2017, le 19e Congrès l’a confirmée au 12e rang protocolaire du régime.


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La répartition socio-professionnelle s’est inversée au profit des diplômés et des urbains. Si en 2009, les fermiers et les ouvriers représentaient encore 39,7% (37 millions), ils ne sont plus que 34,8% en 2019 (34,8 millions). En revanche la proportion des titulaires de diplômes académiques a bondi de 35,7% (34 millions) à 50,7% (48 millions).

Si l’âge moyen du Comité permanent approche les 67 ans, en revanche celui des 95 millions de membres reste assez stable à 48 ans, avec cependant une très légère tendance au vieillissement.

Depuis 2017, la majorité des membres ayant entre 35 et 60 ans continue à représenter 46,9% du total des adhérents (44 millions). Mais la proportion des moins de 35 ans a légèrement baissée de 24,9 à 24,2%. En même temps, la proportion des plus de 60 ans a imperceptiblement augmenté de 28,2 à 28,9% (soit, dans les deux cas, une variation de + ou moins 1,3 millions).

La proportion de femmes reste inchangée à 27,9% (26,5 millions). Elles sont très peu nombreuses à tenir des postes de responsabilité. On en compte une seule dans le total des 32 postes des secrétariats provinciaux du Parti. Un seule au bureau politique. Aucune au Comité Permanent.

Dans les structures gouvernementales centrales et provinciales, seules 2 femmes occupent des postes de gouverneurs sur 31 ; au sein du gouvernement, une seule a rang de ministre sur un total de 35 postes.

Si les femmes restent encore très minoritaires dans les hautes instances dirigeantes de l’appareil, en revanche, celui-ci, déjà présent dans toutes les entreprises publiques, a aussi mis en place des cellules dans 73% des 15,6 millions de sociétés privées.

Alors que le contrôle des entreprises publiques ou privées est presqu’entièrement achevé, près de neuf années après l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, à 15 mois du 20e Congrès, le moment est venu d’examiner à la fois la manière dont le régime considère ses relations avec la société et les rapports qu’il entretient avec les démocraties occidentales dont il s’est politiquement démarqué.

Note(s) :

[1Notons que les références « démocratiques » que la plupart des analystes occidentaux avancent pour critiquer le régime chinois n’en sont plus vraiment, puisque les consultations électorales ne sont suivies que par un nombre de plus en plus réduit d’inscrits. La tendance qui fournit des arguments au Parti communiste chinois affaiblit l’idée que les élus seraient les représentants légitimes du peuple.


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