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Le Parti, point de situation et perspectives. La « sécurité nationale », assurance à large scope pour la pérennité du Parti-État

« La sécurité nationale » à large scope, prétexte à l’exigence de loyauté sans faille. Risques de sclérose politique et sociale.

Mise en œuvre à Hong Kong à partir de 2020 pour mettre un terme à l’émeute et réprimer la mouvance démocrate dont la partie radicale réclamait l’indépendance du territoire, la loi chinoise sur la sécurité nationale 国家 安全法 a été promulguée le 1er juillet 2015. Elle compte 7 chapitres et 84 articles. Son premier article stipule que son but est de « défendre la dictature démocratique du peuple et le système socialiste aux caractéristiques chinoises, d’assurer la bonne mise en œuvre de la réforme et de l’ouverture ainsi que de réaliser le grand renouveau de la nation chinoise. »


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A l’intérieur, le Parti redouble d’efforts pour renforcer son modèle hybride « de parti-État capitaliste aux caractéristiques sociales ». En même temps, il a puissamment renforcé son contrôle sur tous les secteurs de la société, non seulement dans le monde de l’entreprise, mais également dans l’éducation, les médias, le numérique et la société civile.

Après quatre décennies de croissance économique rapide, alors qu’aujourd’hui il impose une très sévère discipline et une surveillance étroite de la société, il peut légitimement être fier de ses accomplissements sociaux économiques dont l’épine dorsale vise à une « renaissance nationale », portée par l’arrière-plan mémoriel des humiliations infligées par l’Occident et le Japon au XIXe siècle.

Les plus critiques des sinologues comme David Shambaugh le reconnaissent. La méthode Xi Jinping a réduit les fragilités de l’appareil et les querelles internes à la CMC et au Bureau politique. Elle a revivifié l’idéologie, redonné du sens aux vertus de l’engagement communiste et peut-être réduit le nombre des adhésions opportunistes ou insincères au Parti.

Pour autant, en haussant systématiquement au rang d’un enjeu de « sécurité nationale » l’exigence de mise au pas de tous au prétexte de « stabilité politique », la multiplication des contrôles centralisés à l’extrême grâce au progrès technologiques, porte le risque d’une « sclérose ». La crainte n’est pas nouvelle. Les intellectuels chinois eux-mêmes l’avaient formulée en des termes sans équivoque.

En 2009, à l’époque où le destin de Xi Jinping alors Vice-président était déjà calé sur la trajectoire de futur n°1 de l’appareil, Sun Liping, professeur de sociologie, qui fut un de ses mentors à l’université, publiait sur son blog une réflexion iconoclaste violemment à contre-courant des obsessions normatives. « Notre analyse des risques est biaisée. Ma thèse est que ce qui menace le plus la société chinoise n’est pas l’instabilité, mais la sclérose et, à terme, la nécrose et la décomposition. » (…)

« S’il est vrai que le contraire de désordres sociaux est la stabilité sociale, le contraire d’une société nécrosée est une société en bonne santé et dynamique. Mais, suite à une erreur de diagnostic, nous ne traitons pas la nécrose, au motif que le remède menacerait la stabilité sociale. Tout comme si un médecin refusait de soigner un malade atteint du cancer sous prétexte que son cœur est faible ».

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Force est de constater que la mise en garde de Sun qui stigmatisait aussi le délabrement moral de l’appareil corrompu, n’a été entendue qu’en partie. S’il est exact que l’élimination féroce des prévarications était une urgence, le nettoyage éthique a été assorti d’une manœuvre politique de mise au pas uniforme.

Aujourd’hui, l’administration centrale et les postes provinciaux sont en grande majorité tenus par des fidèles de Xi et tout indique qu’aucun successeur n’émergera d’ici le prochain congrès du PCC en 2022.

Seule une crise existentielle imprévue – précisément le genre d’événement que le Parti-État et le Président appellent eux-mêmes un « cygne noir – 黑天鹅 – ou un rhinocéros gris - 灰犀牛 » - pourrait perturber la marche vers la « renaissance – 复兴 – nationale ».

L’idée d’un risque exogène hors-normes produit par les fluctuations d’un ordre mondial erratique ne fait que conforter le Parti dans sa détermination à protéger la Nation chinoise par une vigilance de plus en plus étroite et sans faille.

Les « Cygnes Noirs » et la « sécurité nationale »

Dans ses discours publics Xi Jinping fait référence aux Cygnes Noir 黑天鹅 et aux Rhinocéros gris 灰犀牛 symboles de crises imprévisibles dont le Parti doit se protéger par tous les moyens.


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Sans surprise, l’appareil qui dit lui-même être confronté à la période la plus périlleuse de son histoire, se protège contre toute éventualité interne en plaçant au sommet de ses priorités le concept de « sécurité nationale globale ». Avec « le socialisme aux caractéristiques chinoises », le principe est la 2e épine dorsale de l’actuelle pensée politique du régime précisée depuis le 18e Congrès à l’automne 2012.

En 2016, l’Académie des Sciences Sociales la résumait en s’inspirant du dicton populaire « 国 泰民安 – Guo Tai Min An - le pays est paisible, la vie des gens est stable, que les auteurs du texte considéraient comme l’aspiration universelle des peuples - 人民群众最基本 » (…)

« Pour réaliser le rêve chinois de la grande renaissance de la nation et pour s’assurer que les gens vivent et travaillent dans la paix et le bonheur, la sécurité nationale est la priorité absolue. 国家安全是头等大事 Guo Jia An Quan Shi Tou Deng Da Shi ».

La suite du texte, inspiré des discours de Xi Jinping comportait huit fois l’expression « sécurité nationale » appliquée non seulement aux priorités régaliennes (forces nucléaires ; renforcement des armées ; souveraineté ; sécurité énergétique), mais aussi à la stabilité sociale et au contrôle d’Internet.

Avec la « sécurité nationale » appliquée à la surveillance de la société, la numérisation est devenue l’élément clé de la gouvernance du PCC, à la fois outil interactif pour assurer de meilleurs services publics et instrument intrusif et omniprésent de surveillance de la société par l’État-Parti.

Plus que jamais tourné vers la stabilité de la société, ce dernier tente par exemple le contrôle et la normalisation des minorités halogènes qu’il prive de leurs droits politiques, prenant le risque de creuser encore les divisions de la société.

La pérennité de ce modèle qui, pour tenir à distance « les cygnes noirs », investit d’immenses ressources dans l’appareil de sécurité à l’efficacité tentaculaire, reste à prouver.

Pour l’instant en tous cas, ses succès contredisent les prédictions de la plupart des analyses occidentales, ayant spéculé que l’ouverture socio-économique du régime favoriserait un desserrement politique. Il se produit le contraire.

A l’échéance des 72 ans, des succès spectaculaires et une narration auto-laudative.

Le 26 mars 2019, déjà, sept mois avant le 70e anniversaire du Parti, Xi Jinping rappelait, lors d’un entretien à Paris avec J.C. Junker, A. Merkel et E. Macron à l’Elysée, qu’en 40 ans, la Chine avait rattrapé plusieurs siècles de progrès de l’Occident.


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72 ans après l’avènement du Parti, nous sommes en présence d’une trajectoire à succès dont l’appareil a soigneusement effacé toutes les impuretés. Se protégeant même de la moindre pensée critique par la Directive n°9 [2], il développe un discours s’attribuant la gloire du succès global de la Chine, imputé, pour solde de tout compte, à la puissance centralisatrice de l’appareil et à son incomparable capacité à mobiliser les énergies, tout en tenant à l’écart la moindre opposition.

Au passage, il oublie que le moteur de l’extraordinaire marche en avant fut d’abord et surtout la vision de Deng Xiaoping, contre les caciques, qu’il était nécessaire de s’extraire des luttes idéologiques pour libérer d’abord le formidable esprit d’entreprise des Chinois et leur très efficace sens du commerce.

Aujourd’hui, l’environnement économique et commercial de plus en plus politisé et contraint pourrait nuire à l’esprit d’innovation qui ne se décrète pas. Il est aussi un handicap à la coopération avec l’étranger au sein des co-entreprises, gênées par les répliques en Chine des transes géopolitiques avec l’Occident.

Enfin, dans un contexte où la poursuite de la modernisation suppose que soient protégées les coopérations technologiques sensibles, clés de la modernisation du pays, surgit le spectre du « découplage » dans le sillage d’une rivalité systémique.

L’ambition nationaliste globale au risque d’une spirale de confrontation.

Rajouté au nationalisme de la mémoire chinoise humiliée, hystérisée par les réseaux sociaux, l’extension inflexible du concept de « Sécurité Nationale » porte le risque de créer une spirale de confrontation dont il pourrait être difficile de s’extraire.


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Critiquant les fragilités opérationnelles des gouvernances démocratiques, Pékin propose en effet son modèle politique en exemple de gouvernance aux pays en développement. A la tête de cet élan, l’esprit messianique de Xi Jinping, dont nombre d’analystes disent qu’après Mao et Deng, qui redonnèrent à la Chine sa fierté et son élan de progrès économique, il est le troisième homme qui la replace sur une trajectoire de puissance centrale.

La narration s’accompagne d’un puissant retour au culte de la personnalité contre lequel Deng Xiaoping avait sévèrement mis en garde l’appareil. Alors qu’un nouveau livre scolaire sur la pensée des « caractéristiques chinoises » de Xi Jinping vient d’être publié à l’usage des élèves du secondaire, dans China Brief, James Palmer note cependant que le culte a moins à voir avec la dévotion personnelle qu’avec la promotion de l’efficacité de l’appareil comme outil de pouvoir sur la société.

A l’extérieur, le regain de confiance dans l’efficacité de son modèle, induit une posture plus réactive de Pékin. Mesurés à l’aune des succès chinois depuis 40 ans, dont Xi Jinping aime à dire qu’ils ont rattrapé plusieurs siècles de progrès occidentaux, les performances de la Chine sont un motif de fierté.

S’ajoutant à la vision que le parti a de sa propre sécurité et de celle de la Chine, l’orgueil national encore attisé par les réminiscences des humiliations d’il y a près de 180 ans, n’est pas étranger à l’affirmation inflexible de souveraineté à Hong Kong et au Xinjiang dont la plupart des pays musulmans se tiennent à distance, à commencer par la Turquie.

En mer de Chine du sud, que Pékin a érigé au rang d’intérêt vital de souveraineté, la prévalence commerciale de Pékin, sur tous les pays de l’ASEAN complique la riposte américaine et Japonaise pour s’opposer aux prétentions suzeraines chinoises sur tout l’espace grand comme la Méditerranée.

Vis à vis de l’île de Taïwan, érigée elle aussi par le régime au rang d’intérêt vital de sécurité non négociable, le Parti considère que la force attractive de son modèle socio-économique pourrait constituer un argument opposable à la quête de liberté démocratique de Tsai Ing-wen.

Il en fait la promotion en dépit de la tendance de la société et de la politique de l’Île à s’éloigner progressivement du Continent.

Il n’en reste pas moins que la posture de rivalité systémique, haussant les causes majeures de friction internationales à un enjeu de sécurité nationale non négociable, prend le risque de créer une spirale sans fin de confrontations. L’alchimie est encore aggravée par la dynamique nationaliste du ressentiment historique anti-occidental.

Elle réduit d’autant plus les marges de négociation que les ambassadeurs de Chine ont, à contresens de leur fonction d’apaisement, eux-mêmes été enrôlés dans une campagne de ripostes verbales dont le premier effet est de mettre de l’huile sur le feu et de créer des ressentiments.

Note(s) :

[2Intitulé « De la situation dans la sphère idéologique - 关于意识形态领域的情况 », la Directive n°9 éditée par le Comité Central à l’intention des cadres de l’appareil, notamment ceux supervisant le système éducatif, avait indiqué les 7 sujets qu’il était interdit d’aborder, 七个 不要讲 : les valeurs dites universelles 普世价值 ; la liberté de la presse 新闻自由 ; la société civile 公民社会 ; les droits civiques 公民权利 ; les erreurs historiques du Parti 党的历史错误 ; la puissance de l’oligarchie enrichie 权贵资产阶级 ; l’indépendance de la justice 司法独立.

La liste constitue la trame inversée du « socialisme aux caractéristiques chinoises » fond politique anti-occidental de la pensée de Xi Jinping, intégré le 24 octobre 2017, lors du 19e Congrès, à la charte constitutionnelle du régime.


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