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›› Editorial

Le Parti sous tension

Pour lutter contre la corruption, une nouvelle fois identifiée comme un défi majeur, aucune solution originale n’est proposée, en dehors de l’auto discipline, des efforts de formation et d’éducation, et « du renforcement de la lutte par des moyens institutionnels nouveaux », sans préciser lesquels. On parle de l’obligation faite aux cadres de publier leur fortune. Mais rien n’est officiel et il est probable que la mise en œuvre de cette contrainte sera difficile. On peut donc craindre que le problème persiste de manière endémique, sapant insidieusement la légitimité du Parti.

L’économie reste un souci puisque le Parti indique que la « reprise est fragile » et que ses fondements sont « déséquilibrés et instables ». Les efforts à venir porteront sur les économies d’énergie, la lutte contre la pollution, le rééquilibrage du développement entre les villes et les campagnes et entre les régions, et sur l’amélioration du niveau de vie des individus. Disant cela, la direction du régime remet à l’honneur les principaux objectifs du 17e Congrès, que la succession de crises traversées par la Chine avaient relégué au second plan. L’avenir dira si le pouvoir saura réduire ses coûts de fonctionnement exorbitants et résister à ses tendances - qui soulèvent nombre de critiques internes -, à privilégier l’aide aux grands groupes publics et à dédier une part importante de ses ressources aux grands travaux d’infrastructure, au détriment des investissements sociaux.

Une attention particulière sera accordée au traitement des crises menaçant la stabilité sociale. L’observation depuis plusieurs années des réactions de la force publique aux mouvements de foule protestataires indique une approche plus souple de la part de la police, de la Police Armée Populaire (PAP) et des juges, ayant reçu une formation spéciale. Mais les critiques qui fleurissent, y compris au sein du Parti, reprochent à la direction du régime d’accorder une priorité absolue à la stabilité politique et sociale, qui tue dans l’œuf toute spontanéité de la société civile et menace de provoquer une « dégénérescence du corps social ».

Quant aux troubles ethniques, on annonce qu’ils seront gérés par la « répression sans faiblesse des mouvements séparatistes », accompagnée de « vastes campagnes destinée à promouvoir le développement économique et social des minorités ». L’absence de références aux différences culturelles et à la nécessité de s’y ajuster, laisse augurer que les crises récurrentes pourraient continuer à secouer le pays. Sans compter que cette politique, sous estimant le poids des particularités locales, rencontre de fortes oppositions internes de la part de nombre d’intellectuel, y compris au sein du Parti.

L’issue sans surprises du Plénum a été émaillée de commentaires par nombre d’observateurs sur les prémisses d’une lutte de pouvoir, dont le premier indice serait la non nomination du Vice-président Xi Jinping à la Vice-présidence de la Commission Militaire Centrale (CMC). Si les arrières du successeur désigné en 2007 avaient été aussi solides que ceux de Hu Jintao, arrivé au pouvoir en 2002 par la grâce de l’onction de Deng Xiao Ping, mais nommé à la Vice-présidence de la CMC dès 1999, il aurait du - disent certains experts - accéder au poste de n°2 de la CMC cette année.

Les plus prudents soulignent cependant que le Parti n’ayant jamais réussi - ou jamais voulu - instituer un mécanisme constitutionnel de désignation des élites au sommet, cet indice pourrait bien être vide de sens. Rien n’indique en effet que Xi Jinping ne sera pas nommé dans les mois qui viennent ou même l’année prochaine. Il reste que pour la plupart des observateurs, le retard par rapport au processus observé lors de l’accession au pouvoir de Hu Jintao, suggère des rivalités internes, qui, pour certains, s’apparentent à un « processus démocratique ».

La réalité est peut-être moins sereine. En l’absence de l’adoubement d’un « héritier » par un vétéran révolutionnaire jouant le rôle d’arbitre suprême, la compétition devient mécaniquement plus âpre. Il est probable qu’elle ne fera que gagner en brutalité au cours des trois années qui séparent le pays du 18e Congrès. Ces développements rappellent que le pouvoir en Chine n’est pas un bloc monolithique et que les décisions sont souvent le produit des luttes internes, dont les effets ne percent que rarement la surface opaque du système.

Même si leur ampleur et leur férocité se sont beaucoup atténuées au fil de l’histoire, les rivalités politiques existent toujours, tout particulièrement lors des périodes de succession. Celles qui accompagneront l’accession au pouvoir suprême de la 5e génération de dirigeants communistes, qui s’étaient déjà manifestées de manière feutrée à l’occasion du 17e Congrès, viennent peut-être de gagner en intensité.


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