›› Technologies - Energie
NOTE de CONTEXTE
Situation au Myanmar.
18 mois après la victoire éclatante d’Aung San Suu Kyi aux premières élections libres organisées dans son pays depuis des lustres, mais contredisant les espoirs d’apaisement véhiculés par son succès, les perspectives d’une réconciliation nationale restent très fragiles.
Pressé par les influences rivales de l’Inde et de la Chine, le pays ne pourra pas trouver une paix durable sans d’importantes concessions d’autonomie que la ligue nationale pour la démocratie, le parti de la Dame de Rangoon, accorderait aux rebelles du nord. Ces derniers exigent une plus grande autonomie et la définition de territoires d’où l’armée birmane serait exclue. Les militaires dont le pouvoir à Naypyidaw est resté intact y voient un glissement vers le fédéralisme et un risque inacceptable pour l’unité nationale.
Aujourd’hui, la lauréate du prix Nobel de la paix, fille du général Aung San héros de l’indépendance contre les Anglais tente de redonner vie au projet fédéral accordant une large autonomie aux groupes ethniques que son père avait imaginé avant de mourir assassiné en 1947. En 2015, 15 groupes ethniques armés avaient signé un accord national de cessez le feu avec le précédent gouvernement de Thein Sein.
En septembre 2016, de nouvelles négociations eurent lieu qui s’enlisèrent, tandis que certains groupes ethniques accusent Aung Son Suu Kyi d’ignorer leurs exigences et de manipuler les politiciens locaux au profit de son parti. Peu à peu la Dame a perdu son aura critiquée par les rebelles qui la soupçonnent de collusion avec les militaires qu’elle tente d’amadouer.
Malmené par l’intransigeance des militaires dont les arrières pensées sont opposées au projet fédéraliste ethnique, le mythe de la Dame de Rangoon s’ébrèche également, affaibli par les critiques de la communauté internationale qui l’accusent de n’avoir pas réussi à apaiser les tensions ethniques autour des 140 000 Rohingya musulmans descendants des marchands arabes, harcelés par les Bouddhistes dans le nord de l’État de Rhakine et entassés dans des camps de réfugiés insalubres, parfois réprimés par les forces de sécurité.
*
Dans ce contexte instable à l’évolution difficile à prévoir, la Chine dont l’influence est écornée depuis 2011 par des rejets populaires, tente de préserver au mieux ses intérêts stratégiques décrits dans l’article en naviguant au plus juste entre les militaires toujours très puissants, Aung San Suu Kyi et son parti aujourd’hui affaiblis et les groupes rebelles de la frontière qui furent longtemps ses alliés.
Depuis 1989 Pékin, le plus important fournisseur d’équipements militaires à la Birmanie (chasseurs et navires de combats, blindés, artillerie) dispose d’un point d’appui de premier rang avec le port en eau profonde de Kyaukpyu.
A l’occasion, Pékin a rétribué l’ouverture du régime birman aux influences chinoises en opposant son veto parfois avec celui de Moscou aux résolutions de l’ONU condamnant les manquements aux droits de la junte de Rangoon (2007 - 2009). Avec la crise des réfugiés de Kokang (Août 2009) la relation est entrée dans une phase plus tumultueuse. (lire Chine-Myanmar : le dilemme birman.)
Les années qui suivirent furent marquées par une crispation de la relation entre Rangoon et Pékin accompagnée par une ouverture politique aux États-Unis. En 2011, le projet de barrage construit par des sociétés liées à l’armée chinoise fut annulé par Naypyidaw.
Le 13 novembre 2014, le baiser d’Obama à Aung San Suu Kyi à son domicile, fit le tour du monde, tandis que l’influence de Pékin était nettement en recul et que la junte avait accepté l’idée d’un changement apparent de pouvoir à la suite d’élections libres.
Aujourd’hui chacun voit bien que le scrutin du 8 novembre 2015, remporté par le parti de la « Dame de Rangoon » est loin d’avoir rebattu les cartes.
Lire aussi Aung San Suu Kyi à Pékin. Retour au principe de réalité.
