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Le réveil des grands-mères chinoises ?

ANNEXE.
Tradition chinoise et émancipation des femmes

Jeunes ou moins jeunes, mères ou grands-mères, les femmes chinoises sont tentées par l’émancipation hors de leur rôle traditionnel de « piliers des familles » garantes de la cohésion et de la stabilité sociale.


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« Manger, prier, aimer » est le titre du roman vécu de la romancière américaine Elizabeth Gilbert ayant, à trente-deux ans, quitté mari et maison pour un voyage à Bali où elle a rencontré un soigneur. Après son divorce, elle s’évade en Italie et en Inde. Le roman paru en Livre de Poche en 2006 en France, et adapté au cinéma en 2010 par Ryan Murphy, raconte l’émancipation sentimentale d’une femme au foyer.

Dix après « Sur la route de Madison » de Clint Eastwood, adapté du roman de Robert James qui traitait de la tristesse d’un amour impossible empêché par la fidélité matrimoniale, l’aventure d’E. Gilbert était aux États-Unis, un marqueur de l’émancipation féminine hors des convenances sociales traditionnelles.

Il était aussi, disaient les conservateurs, le signe du délitement de la famille pilier de la stabilité sociale, sapée par l’individualisme.

En Chine, l’esprit de liberté et d’indépendance des femmes souffle aussi. Mais il s’exprime surtout dans les générations plus jeunes, parmi les femmes instruites où l’institution du mariage ne fait plus recette. Lire : Les « Sheng Nü » laissées pour compte et le renforcement du patriarcat.

Lucky Grandma

Le film « Lucky Grandma » met en scène une grand-mère chinoise irascible jouée par Tsai Chin. Au grand dam de ses enfants et de sa famille, elle se met, par ambition d’indépendance, elle-même en danger face aux mafias du jeu à Chinatown à New-York Times.


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Il reste que dans la société chinoise moderne, l’émancipation des grands-mères hors du cadre de leur mariage, pourrait commencer à faire recette. Sur les écrans à New-York, depuis le printemps 2019, « Lucky Grandma - ».

Écrite et réalisée par Sasie Sealy et Angela Cheng, deux sino-américaines éduquées à la jonction des cultures occidentale et chinoise, la comédie met en scène une « mamie » excentrique et irascible. Après le décès de son mari, sa famille s’inquiète de la voir s’abimer en toute indépendance et à ses risques et périls dans le monde mafieux des jeux d’argent de China Town.

L’actrice qui incarne la « mamie » est Tsai Chin, 87 ans, première chinoise à avoir suivi, à 18 ans à Londres où elle avait émigré, les cours de l’Académie Royale d’Art dramatique. Le piquant de cette histoire est que Tsai Chin, née à Tianjin en 1933, fille de Zhou Xinfang maître de l’opéra de Pékin, fut parmi la quarantaine de films où elle est apparue, une des « James Bond girls », dans « On ne vit que deux fois » en 1967 avec Sean Connery, puis en 2006 dans « Casino Royale » avec son successeur Daniel Craig.

Mais, longue de plus 60 ans, la très riche carrière de Tsai Chin (en Chinois Zhou Caiqin, 周采芹) qui, à 73 ans, joua aussi le rôle de la tante dans « Mémoires d’une Geisha », ne peut se réduire à ces épisodes. Elle a aussi jalonné l’histoire tourmentée de la Chine maoïste qui persécuta ses parents tués durant la révolution culturelle, sans qu’elle ait pu les revoir.

Devenue célèbre à 23 ans, grâce au rôle de « Suzie Wong », tiré du roman de Richard Mason, histoire d’un peintre britannique tombé amoureux d’une des filles d’un bordel ayant fui la Chine maoïste et obligée de se prostituer à Hong Kong pour survivre, Tsai a aussi, incarné dans un téléfilm le personnage de Wang Guangmei, l’épouse de Liu Shaoqi. Persécutée comme ses parents, la dame, docteur en physique nucléaire, présidente de l’Université Qinghua l’avait impressionnée.

Elle en parle dans ses mémoires. « Pour la première fois, l’artiste et la femme en moi se sont enfin rencontrées. ». Ce n’est que quatre années plus tard, après la mort de Mao en 1976, qu’elle renoua avec la Chine où le régime l’invita à donner des cours d’art dramatique.

Elle joua notamment le rôle de la grand-mère Jia (賈母 Jia Mu) dans la série télévisée fleuve de 50 épisodes « Le pavillon rouge 红楼梦 » inspirée du Classique du XVIIIe siècle écrit par Cao Xueqin 曹雪芹 du temps de l’Empereur Qianlong.


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