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Une dangereuse fuite en avant.
La systématique brutalité du fort au faible relevée par la plupart des pays de l’ASEAN tranche avec les appels à la solidarité internationale du régime chinois dans la lutte contre la pandémie pour détourner les reproches d’opacité pesant sur lui. Dans la région, elle suscite une défiance anti-chinoise grandissante qui court de Djakarta à Kuala Lumpur en passant par Hanoï.
Sans surprise, le sentiment est attisé par l’opportunisme implacable de Pékin dont, comme à Hong Kong (lire : A Hong Kong, profitant de la pandémie, Pékin fait arrêter 15 membres de l’opposition), l’agressivité souveraine s’exprime alors que le fléau de la pandémie touche les pays de la zone.
Ayant déjà provoqué les réactions musclées de Djakarta qui surveille jalousement son riche gisement de gaz des Natuna à l’intérieur des « 9 traits » chinois, l’agressivité de Pékin a aussi suscité un rapprochement encore hésitant mais bien réel entre Kuala Lumpur et Hanoï. Tous deux sont exaspérés par les empiètements invasifs de Pékin sur une zone au sud des Spratlys où leurs plateaux continentaux se chevauchent.
Signe qui pourrait marquer un basculement, alors que chacun des acteurs pèse encore les avantages économiques du marché chinois et l’inconvénient de la menace navale de l’APL, les intimidations de Pékin viennent de faire sortir Manille de la prudente réserve affichée depuis l’élection de Rodrigo Duterte en 2016.
Le réveil nationaliste de Manille.
Le 8 avril, une semaine après le naufrage du chalutier vietnamien percuté par un garde-côte chinois dans les eaux adjacentes aux Paracels, une déclaration du ministère des Affaires étrangères philippin affirmait sa solidarité avec Hanoï.
Fait important, la prise de position de Manille solidaire de Hanoï évoquait un incident similaire survenu il y a moins d’un an, dans la nuit du 9 juin 2019, quand dans les parages du haut-fond de Reed, un garde côte chinois avait coulé un pêcheur philippin dont les 22 marins avaient été secourus par un chalutier vietnamien.
L’échange solidaire de bons procédé est un symptôme clair que la brutalité de la Chine réveille contre elle la solidarité hésitante des pays de l’ASEAN (lire, analysés par QC, les enjeux de ressources et l’arrière-plan des tensions entre Manille et Pékin, autour du haut-fond de Reed : Mer de Chine du sud. La carte sauvage des hydrocarbures. Le dilemme de Duterte).
Ce n’est pas tout, l’insistante réclamation exprimée conjointement le 20 avril à Pékin par les ministères des ressources naturelles et des Affaires civiles définissant l’autorité administrative sur 25 îlots et récifs et 55 hauts fonds des Spratlys de la préfecture de Shansha située sur l’île de Hainan pourtant à plus de 1000 km au nord, a déclenché une réaction accusatrice et pleine de rancœur de Manille. A l’occasion le gouvernement philippin dévoila un incident militaire jusqu’à présent resté dans l’ombre.
Alors que le régime chinois impavide affirme ses prétentions territoriales, faisant suite à celles déjà anciennes datant de 1983 qui réclamaient déjà 287 structures de la mer de Chine du sud, le ministre des Affaires étrangères philippin Teodoro Locsin accusa la marine chinoise d’avoir pointé un radar de tir sur un bateau de guerre philippin, « violant ainsi le droit international et la souveraineté des Philippines ».
L’incident, rendu public par la 2e protestation officielle de Manille, donna lieu à une controverse interne au gouvernement philippin révélée par un échange de tweets entre le ministre de la défense qui tenta de minimiser l’incident et le MAE exprimant une réaction souverainiste outrée : « A moins que vous ne vouliez la guerre, ne pointez plus jamais un canon sur mon pays. »
Quel que soit l’angle de vue, force est de reconnaître que l’agressivité chinoise en pleine pandémie contredit sérieusement le discours de « puissance douce » que Pékin oppose traditionnellement à la stratégie militariste de Washington.
Mécaniquement elle déclenche les réactions de l’US Navy.
En dépit des atteintes de covid-19 frappant l’équipage du porte-avions Th. Roosevelt et d’un probable déclin opérationnel dénoncé par nombre d’experts américains de la défense, résultat de problèmes d’entretien, de recrutement et d’entraînement, le Pentagone a notablement augmenté le rythme de ses intrusions dans les eaux réclamées par Pékin. Destinées à réaffirmer la liberté de navigation, elles provoquent chaque fois la réaction crispée du gouvernement chinois.
Alors que les démonstrations de force chinoises et les réactions de l’US Navy, dessinent un paysage sous tension propice à un dérapage militaire, sur fond de sévères attaques de la Maison Blanche soupçonnant une fuite accidentelle d’un laboratoire de Wuhan d’être à l’origine de la contagion, il faut tenter de comprendre l’arrière-plan idéologique des insistantes pressions chinoises portant le risque de cristalliser l’hostilité inquiète d’une partie des pays de l’ASEAN.

