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›› Politique intérieure

Le Xinjiang sous la chape de « rectification. »

« Centres de rééducation » ou répression carcérale ?

Chinoise d’origine kazakhe, Sayargul Saytbay, réfugiée au Kazakhstan en avril a, lors de son procès à Zharkent révélé les harcèlements contre la minorité kazakhe au Xinjiang. Le tribunal l’a libérée sous caution et Astana a refusé de l’extrader comme le réclame Pékin.


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Alors que jusqu’à présent le régime avait nié leur existence, le 23 juillet, la presse officielle a longuement justifié les camps d’internement des Musulmans ouïghour en arguant de la nécessité de rééduquer les islamistes radicaux, y compris en invitant dans les camps des religieux « pour rectifier leur pensé extrémiste ».

Mais, depuis le Kazakhstan s’est diffusée une autre musique à l’occasion du procès à Zharkent de Sayagul Sauytbay, 41 ans, chinoise d’origine Kazakh qui dit avoir été employée dans un camp de rééducation avant de venir demander asile en avril dernier au pays de ses racines, après que son passeport lui avait été confisqué.

Harcèlements ethniques et religieux.

Menacée d’expulsion vers la Chine, l’ancienne surveillante dont l’avocat dit qu’elle risquait d’être torturée et de disparaître pour avoir révélé des secrets d’État si elle était extradée, dénonçait la détention de milliers de kazakhs dans des conditions qui n’étaient pas celles de la rééducation, mais plutôt celles d’une déportation ethnique et religieuse avec, pour les récalcitrants [1] des répressions pouvant aller jusqu’à la mise au secret avec privation d’eau et de nourriture.

Selon son témoignage, les hommes Kazakhs étaient enlevés à leurs familles, certains condamnés à mort uniquement sur suspicion de terrorisme ou parce qu’ils avaient communiqué avec leurs familles au Kazakhstan.

Toutes ces informations levant le voile sur une province mise au secret par Chen Quanguo dessinent l’image d’une mise aux normes radicale dont le Wall Street Journal avait révélé les aspects en publiant en décembre dernier le reportage de deux journalistes qui avaient traversé la province d’est en ouest.

A Urumqi, ils avaient noté des scanners de reconnaissance faciale aux stations service et aux postes de sécurité quadrillant la ville, des logiciels équipant les téléphones des policiers pour traquer les conversations cryptées, le fichage systématique des Ouïghour dont les passeports sont parfois confisqués et les déplacements contrôlés.

Selon l’article, « pour Darren Byler, un chercheur en anthropologie de l’université de Washington qui a passé deux ans au Xinjiang pour y étudier les migrations, le parallèle contemporain le plus proche avec cette situation se trouve en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, où le gouvernement israélien a instauré un réseau de postes de contrôle et de surveillance biométrique pour noter les faits et gestes des Palestiniens. »

Au Xinjiang la surveillance s’articule aussi aux critères de la pratique religieuse, à ceux du port de la barbe et du style des vêtements, en fonction de quoi la population ouïghour est classée par niveau de risques posés à la société.

Le Xinjiang laboratoire d’une rectification nationale ?

Le 1er août, à Jinan la police a fait irruption chez Sun Wenguang, 84 ans professeur de physique à la retraite, au milieu d’une interview critique qu’il donnait à Voice of America sur les stratégies africaines du pouvoir. Depuis il a disparu.

Le modèle d’action policière, faisant purement et simplement disparaître les suspects, rappelle les méthodes utilisées au Xinjiang ou encore celles employées par Pékin en 2015 pour faire pression sur 5 éditeurs de Hong-Kong. La saga n’est pas terminée puisque Gui Minhai, l’un d’entre eux pourtant de nationalité suédoise, a été enlevé à Jinan le 20 janvier 2018 alors qu’il voyageait à bord du TGV Shanghai Pékin en compagnie du consul de Suède à Shanghai. Le 9 février, 3 semaines plus tard, le régime a officiellement expliqué que Gui Minhai allait révéler des « secrets d’État », ce qui renvoie aux accusations contre la Kazakh Sayargul Saytbay, dont Pékin réclame l’extradition qu’Astana refuse.


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Pour les plus pessimistes comme Zhu Shengwu, un avocat chinois, défenseur des droits de l’homme, qui a eu à traiter des cas de surveillance, la mise aux normes sécuritaire et culturelle du Xinjiang préfigure celle que le régime envisage d’instaurer dans tout le pays. « Ils ne cessent de tirer des leçons de la mise sous pression de la population au Xinjiang, pour les appliquer dans l’est du pays » (…) « Ce qui se passe au Xinjiang, c’est ce qui attend tous les Chinois ! ».

La dernière incidence de mise aux normes dont les effets visibles ciblent brutalement toute critique s’inspirant des modes de pensée politiques occidentaux est la toute récente disparition de Sun Wenguang. Agé de 84 ans, professeur de physique à la retraite depuis 1994, signataire en 2008 avec Liu Xiaobo de la Charte 08 réclamant les élections libres, fervent admirateur de Zhao Ziyang, réformateur politique décédé en 2005, ayant passé les 15 dernière années de sa vie en résidence surveillée, Sun Wenguang a disparu depuis le 4 août.

La veille, la police qui écoutait ses conversations, avait brutalement fait irruption chez lui à Jinan interrompant une interview qu’il donnait à Voice of America où il critiquait les largesses financières accordées par le pouvoir à l’Afrique alors qu’en Chine même nombre de réformes sociales restent à financer.

Mais, signe que l’excès de contrôle ethnique et religieux persécutant une partie de la population produit des effets pervers, instillant une rebuffade anti chinoise même dans un pays membre de l’Organisation de Coopération de Shanghai et fortement dépendant des investissements de Pékin, le 1er août le tribunal de Zharkent n’a pas extradé Sayagul Sauytbay. Mise en liberté sous caution, elle a été autorisée à rester au Kazakhstan où elle a demandé asile.

Notes :

[1Selon les sources ouïghour du Xinjiang relayées par RFA ou par le Congrès Mondial des Ouïghour au moins 100 000 personnes des ethnies musulmanes kirghizes, kazakhs et tadjiks seraient incarcérées dans des camps dont plusieurs se trouvent dans les régions de Kashgar (喀什- Kasjhi) et Yarkand (莎车- shache) au sud-ouest de la province, anciennes étapes des caravaniers de la route de la soie.

Oasis à l’ouest du désert du Taklamakan dont la mosquée date de 1533, Yarkand aurait en juillet 2014 été, selon Rebya Kadeer, 72 ans, depuis 2006, présidente en exil Congrès Mondial des Ouïghour, le théâtre du massacre de 2000 Ouïghour par une répression policière. Un mois avant la répression une série d’agressions terroristes – dont une attaque à la bombe, le 22 mai qui tua 39 personnes et en blessa 90 autre avaient eu lieu à Urumqi.


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