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Les affirmations de puissance du Cheval et la quête d’apaisement de la Chèvre

Tensions en Asie et contournement de l’hégémonie américaine.

La Chine est en train de rassembler des fonds pour la construction d’infrastructures le long des anciennes routes de la soie. Les vastes projets ne manquent pas d’ambition, mais nombre de problèmes techniques et de sécurité ne sont pas résolus.

Sur la scène mondiale le rêve a révélé une affirmation de puissance contre l’hégémonie américaine au prix d’un rapprochement financier avec les BRICS, à quoi se sont ajoutés un méga-contrat gazier avec Moscou et l’accélération des échanges avec l’Europe. Dans la sphère asiatique, Pékin a embarqué l’ASEAN dans une vaste stratégie de séductions commerciales et d’octrois de prêts pour les infrastructures, tandis que ses revendications de souveraineté en mer de Chine du sud qui piétinent le droit de la mer, ont créé des tensions durables.

Au-dessus de ces aspirations globales dont on voit bien qu’elles contestent la prévalence de Washington, planent la volonté de tenir à distance les aspirations démocratiques de Hong-Kong, l’obsession de réunification avec Taïwan, peut-être porteuse de crispations à venir et l’aspiration à peine dissimulée de prévalence stratégique sur le Japon et l’Inde.

Sur fond de méfiance avec l’Inde que la visite du Président Xi Jinping à New Delhi en septembre n’a pas réussi à éradiquer, à quoi se sont ajoutées de fortes tensions avec Tokyo, Manille et Hanoi, exacerbées au printemps par le saccage d’entreprises chinoises au Vietnam, les nouvelles conceptions de la sécurité en Asie exprimées par le Secrétaire Général du Parti en mai dernier lors de la 4e Conférence sur les mesures de confiance en Asie (CICA) tenue à Shanghai, visent à tenir les États-Unis à distance de la zone d’intérêt stratégique directe de la Chine.

Celle-ci est délimitée au nord-est par la chaîne des archipels qui s’égrènent du sud du Japon à Taïwan et, sur ses marches méridionales, par la « ligne en 9 traits » à l’intérieur de laquelle Pékin augmente le nombre de ses installations fixes pouvant servir de relais logistique à sa marine de guerre, à ses explorations off-shore et à ses campagnes pêches. Le tout transformant peu à peu la mer de Chine du sud une mer intérieure chinoise.

La souplesse chinoise contre le droit des affaires américain.

Faisant écho aux critiques ouvertes ou sous-jacentes qui, presque partout dans le monde, remettent en question l’interventionnisme politique et militaire américain, le raidissement chinois contre Washington a également mis à jour l’aversion du régime contre les influences politiques étrangères à l’œuvre à Taïwan, à Hong Kong et en Chine continentale qui prônent le développement de l’État de droit, le respect des termes de la constitution chinoise et l’avènement de la démocratie dont les conséquences portent en elles une menace mortelle pour le régime.

Mais les rivalités entre la Chine, les États-Unis et leurs alliés occidentaux ne sont pas que politiques ou militaires. Elles s’expriment en Chine même au travers d’une campagne anti-monopole menée contre les groupes étrangers au point qu’à la mi-août même la Chambre de commerce européenne habituellement plus conciliante que celles des États-Unis, s’est cabrée.

En revanche si sur le marché chinois Américains et Européens ont fait cause commune, nombre de pays de la planète ont exprimé les mêmes craintes à l’égard des projets de libre échange américains des Trans Pacific et Trans Atlantic Partnership (TPP-TAP), assortis de nombreuses contraintes juridiques, notamment sur les questions financières, la propriété intellectuelle ou le secteur pharmaceutique, avec un point d’achoppement majeur qui autoriserait les groupes multinationaux à contester les lois nationales des pays signataires, rejeté par nombre de pays engagés dans les négociations.

Par contraste, les projets chinois de libre échange juridiquement moins corsetés que ceux de Washington, capitalisent en Asie sur le regroupement, effectif depuis janvier 2015, des 10 pays de l’ASEAN (6 d’entre eux ayant déjà intégré le marché Chine - ASEAN depuis 2010).

Sur le continent eurasiatique qui fut en 2014 la cible d’une vaste manœuvre de contournement chinoise du « pivot » américain, vers le Pacifique occidental, Pékin, a, en plus du contrat gazier du siècle signé avec Moscou le 21 mai, multiplié les voyages des deux têtes du Régime Xi Jinping et Li Keqiang qui se sont partagés les rôles pour, au printemps, à l’été, et à l’automne visiter Londres, Bruxelles, Paris, Berlin, Athènes, Rome et Belgrade.

Les objectifs chinois restent inchangés : la quête d’influence, de marchés, de ressources et de technologies. En 2015, l’efficacité de la manœuvre sera amplifiée par la décision du Bureau Politique prise lors de la conférence économique de décembre d’augmenter le nombre et la qualité des investissements à l’étranger.

Taïwan et Hong-Kong contre le volontarisme de Pékin

Mais en 2014, le volontarisme tous azimuts du Cheval a produit deux réactions adverses à l’intérieur même du Monde chinois : l’une au printemps à Taïwan où, pour la première fois depuis 2008, la jeunesse étudiante qui occupait l’assemblée nationale a manifesté contre la mise en œuvre sans examen de l’accord cadre sur les services avec Pékin, que nombre d’universitaires considèrent comme dangereux pour le statut de l’Île.

Le raidissement de l’opinion taïwanaise contre les pressions chinoises relayées par le KMT s’est confirmé à l’occasion des élections locales dans l’Île avec un sévère recul des positions du parti nationaliste.

L’autre riposte s’est produite en juin à Hong Kong où la mouvance démocratique de la Région Administrative Spéciale a réussi à mobiliser plusieurs centaines de milliers de personnes pour réclamer la mise en œuvre complète du suffrage universel et protester contre le grignotage des libertés publiques par Pékin. Ces deux foyers de tensions continueront à peser en 2015 sur la direction politique du régime.


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