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Les dictatures du marché et les ambiguïtés de la réforme

Ralentissement de la croissance


Le libéralisme en question et la nécessaire fermeté politique.

Le 8 février, Nouriel Roubini, docteur en économie, professeur à l’université de New York, surnommé « Monsieur catastrophe » et connu pour ses analyses sans concessions, ayant notamment mis en garde dès 2005 contre l’imminence d’une crise globale, résumait la situation chinoise en pointant du doigt l’excès de crédits accordés aux entreprises publiques et aux promoteurs immobiliers pouvant conduire à un accident économique si les mesures correctives publiques étaient trop lentes.

Il récusait cependant la possibilité d’une crise systémique massive dont, dit-il, la Chine est protégée grâce à ses réserves de change et à la solvabilité de ses banque publiques. Il n’évacuait cependant ni les risques de tensions à court terme ni la difficulté des choix auxquels sont confrontés les dirigeants chinois soulignant que les deux solutions du contrôle strict de la masse monétaire ou au contraire de la relance, pourraient avoir des effets adverses importants. La remarque explique amplement les hésitations du régime, tiraillé entre les exigences de la remise en ordre et les effets perturbants des politiques d’assainissement.

Une des raisons du pessimisme ambiant tient à un nouveau ralentissement de la croissance au premier trimestre due à une contraction de 27% des exportations et à un resserrement du crédit qui frappe les promoteurs et les petits exportateurs. Calculée à 7,4%, la hausse du PNB pour les trois premiers mois de 2014 est la plus faible depuis 2012. A quoi s’ajoute une baisse de 11,3% des importations qui signale un ralentissement de l’activité qui fait craindre pour l’emploi.

Le schéma de développement évolue

Il existe cependant des motifs de satisfaction dans le chiffre de la croissance des services maintenue à +7,6%, qui confirme la lente bascule de l’économie vers une prévalence des services déjà apparue dans les statistiques de 2013 où ces derniers comptaient pour 46% du PNB contre 44% pour la production industrielle, tandis que la forte hausse des chiffres de la grande distribution signalait une augmentation de la consommation, indiquant que la Chine modifiait lentement son schéma de croissance.

Le dangereux leurre du marché

et les responsabilités des pouvoirs publics

Au milieu de ces informations pour la plupart inquiètes et alors que nombre d’observateurs commentaient un ralentissement voire un arrêt des réformes, le 2 avril Joseph Stiglitz prix Nobel d’économie en 2001, connu pour ses critiques adressées au FMI et à la Banque Mondiale dont il fut le vice-président, évaluait les chances de l’esprit réformiste en Chine dans un article publié dans fin mars dans Project Syndicate et repris par The Guardian : « Alors que le pouvoir met une nouvelle fois en œuvre une série de réformes fondamentales, face à la montée des obstacles corporatistes, quelles sont les chances de succès des réformateurs ? ».

La réponse est intéressante car elle prend le contrepied des mantras libéraux qui continuent d’argumenter sur la trop faible influence du marché en Chine. Or Stiglitz dit l’inverse : « Nombre de problèmes chinois aujourd’hui viennent non pas de la faiblesse du marché, mais au contraire de l’excès de marché et de l’insuffisance de contrôle de l’État ». Il ajoute « en d’autres termes, le pouvoir fait trop de choses qu’il ne devrait pas et ne fait pas assez de ce qu’il devrait faire ».

Constatant à la suite de la crise de 2008 que le marché ne s’autorégule pas, mais qu’au contraire, il provoque de considérables effets pervers sur la structure de la société par les inégalité qu’il creuse, sur les déficiences des systèmes sociaux qu’il perpétue ou sur l’écologie qu’il détruit, Stiglitz met en garde la direction chinoise contre l’imitation pure et simple du modèle américain, individualiste et matérialiste. Si la Chine adoptait l’exemple américain très inégalitaire, elle ne ferait qu’aggraver les tendances actuelles qui favorisent la corruption massive et la destruction de l’environnement.

Il rappelle que c’est l’obsession américaine pour la dérégulation qui fut à la racine de la crise des subprimes. En 1980, l’absence d’encadrement des intérêts avait déjà conduit les Etats-Unis à la crise de l’épargne et du crédit ; la libéralisation des prêts a encouragé les attitudes prédatrices d’exploitation des pauvres, tandis que la dérégulation bancaire n’a pas conduit à plus de croissance, mais à plus de risques.

Une chose est certaine : la Chine ne pourra pas maintenir une forte croissance et tout à la fois faire face à une demande globale atone, restructurer son économie, réduire le crédit et combattre la corruption. Si elle persistait dans cette voie, elle risquerait la paralysie.

Le chemin du succès passe en revanche par l’augmentation des dépenses d’urbanisation, de santé, d’éducation, d’aides sociales et de lutte contre la pollution, nourries par une politique fiscale efficace sur les revenus, la propriété, les bénéfices des investissements financiers et les émissions de carbone. Il s’agira aussi de distribuer aux ouvriers les bénéfices des entreprises publiques, y compris en réduisant les salaires des PDG.

Tout en reconnaissant que ses conseils ne seront pas simples à appliquer du fait des obstacles corporatistes, Stiglitz estime que si la Chine parvenait à mettre en œuvre ce programme qui tourne le dos aux obsessions du marché, elle-même et le monde s’en porteraient bien mieux.


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